Examen de passage réussi pour Elie Konki

L’Yvelinois (10 v) est décidément imperturbable : il franchit chaque nouveau palier sans faillir, en se montrant pleinement à la hauteur de l’enjeu. Cette fois, c’est le titre WBA international des coqs qui est tombé dans son escarcelle grâce à sa probante victoire à l’unanimité des juges (98-92, 98-92, 97-93) aux dépens du solide Colombien Anuar Salas (20 v, 1 n, 8 d), le 17 octobre, à Levallois.

Disons-le, avant que les hostilités ne débutent, on avait un peu peur pour l’ancien membre de la Team solide. Non pas qu’il n’ait pas le niveau pour relever un tel défi – ce qui eut été lui faire injure – mais parce qu’il sortait de dix mois d’inactivité entrecoupés d’une très lourde opération pour soigner une épaule en vrac qui l’avait déjà contraint, en décembre dernier, à ne boxer quasiment qu’avec un bras devant l’Espagnol Sebastian Perez, ceinture de l’Union européenne en jeu.

Le Colombien, lui, entrait dans le vif du sujet sans état d’âme avec la volonté évidente de durcir d’emblée les débats. Pour cela, il avançait sans cesse et s’efforçait de délivrer des coups lourds. Cependant, il en fallait plus pour impressionner le Francilien qui trouvait rapidement la parade : donner son bras avant en piston et en le dédoublant, frapper en reculant sans se désunir et asséner des uppercuts le moment voulu. En somme, miser sur sa rapidité d’exécution et sur sa belle technique façonnée tout au long de ses saisons en équipe de France amateur. Résultat, le Sud-Américain commença rapidement à être à cours d’idées et frustré à force de ne pas trouver la solution. Il n’avait en effet rien d’autre en magasin à proposer, si ce n’est attaquer de trop loin pour compenser son déficit d’allonge et voir ses assauts arriver en bout de course.

Seul bémol, le sociétaire du BAM L’Héritage se faisait très ponctuellement surprendre par les crochets du visiteur qui, on l’a dit, n’aspirait qu’à une chose : engager une guerre de tranchées de près et aller à la castagne. Néanmoins, le Tricolore ne tombait pas dans le piège du mano a mano au long cours. Mieux, il enfonçait le clou dans la deuxième partie de la confrontation et prenait définitivement l’ascendant grâce à sa maîtrise tactique. Tantôt il tournait à bon escient, tantôt il maintenait son rival à distance en déclenchant le premier avec son jab d’école sans négliger les sorties d’échanges qu’il concluait en sa faveur.

Des conseils qui viraient à la mécanique de précision

Si bien que dans son coin, on se bornait à régler quelques petits détails, histoire de fignoler la chose. « Fais ton petit pas retrait. Recule un tout petit peu. Sois un peu plus fin si tu as besoin. S’il te manque quelques centimètres, gère avec ta jambe gauche. Quand tu donnes ton bras arrière, tu as tendance à te jeter un peu. Tu cherches trop le coup dur et tu armes trop » : les conseils viraient à la mécanique de précision. Il fallait ça tant la prestation d’Elie Konki était déjà aboutie.

Au point que dans les ultimes reprises, ses coachs lui demandaient de passer la surmultipliée afin de triompher avant la limite : « Durcis le rythme et il n’assumera pas. Il n’y a plus personne en face. Il ne suivra plus ton rythme. Il faut plus de continuité dans tes actions. Si tu travailles sur un coup, tu ne vas pas le faire tomber. Il faut que tu le dévores. Il y en a marre des victoires aux points. Comporte toi comme un père de famille. On sait pourquoi on monte sur le ring. »

Le Français avait beau s’employer, son succès aux points, au demeurant acquis avec la manière, avait valeur de passeport pour des challenges encore plus ardus. Par exemple, un championnat d’Europe face au tenant, Karim Guerfi, qui remettra en jeu son sceptre continental, le 11 novembre prochain, outre-Manche, contre l’Écossais Lee McGregor. Si ce duel franco-français n’avait pas lieu, l’alternative serait de viser la ceinture WBA gold, synonyme de place dans le Top 5 pour son détenteur, puis d’avoir une chance mondiale dans le courant de l’année 2021. Un itinéraire tout tracé vers une consécration qui n’a rien d’utopique.