L’exploit de Jorick Luisetto

Il y a tout juste un mois à Cologne, Jorick Luisetto (12 v, 4 d) a ravi la ceinture WBC Méditerranée des poids welters à l’allemand Ilhami Aydemir (20 v, 2 d). Retour sur cette grande performance du boxeur d’Echirolles.

Jorick Luisetto venait de connaitre une désillusion en championnat de France face à Moussa Gary quand Frank Haroche Horta lui a fait parvenir cette offre de combat Outre-Rhin. N’écoutant que sa vaillance pour surfer sur son état de forme du moment, il ne lui a pas fallu beaucoup de temps pour dire oui. Au final, Jorick Luisetto a réussi un véritable exploit en allant battre le champion chez lui dans une organisation promue par son père. Aller s’imposer à l’étranger, qui plus est aux points, devant un bon boxeur, n’est pas une mince affaire, l’échirollois l’a fait !

Le combat

Le français a su se faire respecter dès le début des hostilités en donnant sèchement son bras avant, Ilhami Aydemir en faisant de même mais avec moins de conviction et d’impact. Jorik Luisetto est monté en puissance tout au long de l’affrontement, son rival était précédé d’une réputation de frappeur, il n’aura jamais réussi à l’ébranler ni même à le toucher nettement. Le français a adopté une boxe simple mais avec une défense rigoureuse, la garde bien haute et ne restant jamais dans l’axe. L’allemand n’est pas parvenu à le prendre en défaut et comme les enchainements corps/face en crochets des deux mains de Jorik Luisetto faisaient mouche, il a passé une dure soirée. Au 6eme round d’un championnat conclu en 10, Jorik Luisetto a touché durement son adversaire, la précision et la répétition de ses directs du bras avant marquaient l’allemand sous l’œil gauche.

Le local laissait apparaitre quelques signes de fatigue et une certaine lassitude face à ce « frenchie » qui le martyrisait. La maitrise de l’isérois était telle qu’il semblait par instants, comme en état de grâce, impuissant, Ilhami Aydemir encaissait deux uppercuts. Jorick Luisetto était le patron sur le ring, déclenchant le premier et enchainant avec plusieurs coups quand les répliques sporadiques de l’allemand étaient bloquées par les gants adverses. Ilhami Aydemir a tenté de durcir lors de l’ultime round mais c’est encore le français qui a fini le plus fort en délivrant une série de quatre coups. L’allemand a fini le combat au bord de la rupture, fatigué et marqué au visage. La décision majoritaire (96-94, 97-93, 95-95) en faveur du tricolore, récompensa l’activité, la précision et la détermination de Jorik Luisetto.

« Le travail bat le talent quand le talent ne s’entraine pas »

On vous connaissait peu et vous venez de frapper un grand coup…

Je viens du pieds-poings, j’ai failli être amputé d’une jambe en 2012 à cause d’une gangrène. Je me suis tourné vers l’anglaise en 2014, j’ai fait deux saisons en amateurs puis je suis passé en pros. Je suis parvenu à convaincre Saïd Belhadj, mon fidèle entraineur, qui ne voulait pas de boxeurs professionnels, de me faire confiance. Aujourd’hui nous en sommes à 16 combats et 12 victoires et 4 défaites contestables. Je travaille dur, j’ai une devise : « le travail bat le talent quand le talent ne s’entraine pas ». Cette ceinture vient récompenser ce travail d’équipe, cela faisait 20 ans qu’une ceinture n’avait pas été gagnée par un boxeur du club d’Echirolles, sur les murs de notre salle, il y a les photos de ceux qui ont marqué l’histoire de ce club avec des titres, la mienne y figurera aussi, c’était un rêve, je suis fier de l’avoir réalisé.

Comment vous êtes-vous retrouvé dans cette aventure en Allemagne ?

Je venais d’être déclaré battu en championnat de France, j’avais repris l’entrainement fin mai quand Frank m’a proposé ce championnat. Saïd (Belhadj) n’était pas très chaud, vu les délais, mais j’ai bientôt 34 ans et pas de temps à perdre, on a pris le risque et voilà.

Avez-vous conscience d’avoir réussi une grande performance ? Au-delà de la victoire, la manière a été au rendez-vous…

Oui, je doutais jusqu’à ce que l’arbitre lève mon bras, pas de ma victoire mais de la décision. Sincèrement, c’était un bon boxeur, il frappait mais je me suis bien adapté à son style et je pense avoir dominé l’ensemble du combat. Le WBC annonce le pointage après 4 rounds et nous arrivions à une égalité parfaite (37-39, 39-37, 36-36). Mon entraineur m’a demandé de prendre des risques et  durcir, j’étais au-dessus pendant les trois reprises suivantes, ce qu’a confirmé le pointage à la fin du 7eme où je menais d’un point pour les trois juges. Saïd m’a alors demandé de changer de tactique, boxer à distance en une, deux, je réussis de belles esquives et de bonnes remises en allant aussi un peu à la bataille, car c’est un peu ma boxe (rire). Finalement, le juge allemand sera le plus généreux.

C’est une grande satisfaction de gagner une ceinture chez l’adversaire, je savais que j’avais le niveau national, je suis allé en Angleterre rencontrer un dur boxeur, j’ai gagné des fans anglais qui avaient aimé ma prestation.

Et maintenant ?

J’ai reçu deux propositions pour boxer dès le 6 aout aux USA et en Angleterre mais on a décliné, Saïd m’a mis au repos, avec l’objectif de défendre ma ceinture à Echirolles en octobre ou novembre. J’aimerais progresser dans les classements de l’EBU et avoir une chance pour l’EU,  il y a du monde mais personne ne me fait peur, j’aime le challenge.