Et de deux pour Eddy Lacrosse !

Après l’avoir été en mi-lourds, l’Aquitain (13 v, 2 n, 7 d) a été sacré champion de France des lourds-légers, le 20 novembre, en allant battre, par arrêt de l’arbitre (8e), le vaillant Nicolas Salsi (11 v, 1 n, 5 d) qui évoluait à domicile et qui rêvait de terminer en apothéose sa respectable carrière.

Nicolas Salsi, issu de l’ovalie et monté sur le ring à un âge où d’autres en descendent, avait averti qu’à quarante printemps, il disputait devant son public son ultime duel, quelle qu’en fût l’issue. L’objectif était de sortir par la grande porte en se parant de la ceinture vacante de la catégorie. En face de lui, ce rude puncheur râblé et musculeux qu’est Eddy Lacrosse. L’Isérois parvenait à dompter le stress et l’émotion pour entrer d’emblée dans le vif du sujet. Doté d’une allonge supérieure, il s’efforçait de déclencher de loin mais avait tendance à se jeter au moment de l’impact. Si bien que ses coups arrivaient parfois en bout de course et qu’il s’exposait aux remises de son rival. Ce n’est pas pour rien que dès la première minute de repos, le clan grenoblois conseillait au local, pêle-mêle, d’anticiper les attaques adverses, de lever les bras, de soigner les sorties d’échanges et de et se méfier du crochet gauche du Girondin.

Imperturbable, Eddy Lacrosse avançait en veillant à désaxer du buste pour faire parler toute sa puissance. Au bout des deux reprises initiales, il réglait la mire et son travail de sape au corps autant que ses cross dévastateurs au visage commençaient à produire leur effet. Mais Nicolas Salsi est un dur généreux, un courageux au grand cœur, un ouvrier du ring dans le sens le plus noble du terme. Il encaissait et répliquait autant qu’il le pouvait, le plus souvent sur une ou deux techniques mais sans parvenir à enchaîner. Surtout, il donnait des sueurs froides à ses supporters à force d’en découdre les mains ostensiblement basses et de frapper quelque peu à la godille. Il semblait chercher un second souffle, la bouche ouverte.

« J’en surprends plus d’un mais, pour moi, tout commence vraiment maintenant »

Impassible, le visiteur, lui, maintenait son pressing sans se précipiter, débitant sans cesse pour marteler à satiété les flancs et le foie de son contradicteur qui puisait dans ses réserves, histoire de tenir la cadence, et se permettait même de faire le show, comme à la fin du quatrième opus, en n’esquivant qu’avec le tronc. Une manière de montrer qu’il était toujours présent. Il se décidait surtout à privilégier la distance à la mi-distance, ce qui rendait ses actions plus précises et moins brouillonnes. La belle mécanique d’Eddy Lacrosse se trouvait passablement déréglée par cette inflexion stratégique. Néanmoins, il imposait un mano a mano usant, en particulier en multipliant les uppercuts. Et trouvait l’ouverture dans la huitième, sur une droite à la tempe qui envoyait son valeureux opposant au tapis. Ce dernier se relevait mais n’avait pas récupéré. Il encaissait une interminable série qui incitait fort justement l’arbitre à mettre un terme aux débats.

« J’aurais pu continuer. J’avais récupéré. Ce n’est pas grave. C’est lui le champion ce soir », admettait, avec fair-play, le vaincu au micro de Fight Nation. Le vainqueur, lui savourait, sa performance : « Quand j’ai décidé de passer en lourds-légers, on m’a dit que je ne réussirais pas car je suis trop petit et que ce ne serait pas possible. Je suis extrêmement fier. Nicolas a toujours été là. Il rentrait et tapait fort. Cela a été compliqué de bien gérer les choses. Je le félicite. Je suis arrivé tard à la boxe anglaise. J’en surprends plus d’un mais, pour moi, ce n’est que le début. Tout commence vraiment maintenant. Si l’on me propose une opportunité européenne, je la saisirai directement. »