En récompense de quarante-huit ans au service du noble art, Bechelgui Bahi a reçu la médaille d’or de la Fédération française de boxe. Il n’en est pas peu fier. Son mètre quatre-vingt-sept lui a conféré un sobriquet tout trouvé : « Le grand ». Lui préfère qu'on l'appelle plus simplement « Bechel ». C'est mieux pour les intimes, qui sont nombreux selon lui. A peu près 45.000, à la louche. « A Châteauroux, je connais tout le monde et tout le monde me connaît. Je pense être une figure emblématique de la ville ».

Chez le prévôt du Boxing-Club castelroussin, les dernières digues de la modestie ont manifestement cédé avec la médaille d'or que la Fédération française de boxe lui a décernée, samedi dernier, à Vendôme, lors de l'assemblée générale du comité du Centre. « C'est une grande fierté, bien sûr », admet-il. Et c'est donc sans ciller, ni une once de second degré qu'il ajoute : « Si la boxe existe à Châteauroux, c'est grâce à moi. Et tous les entraîneurs qui sont à Déols ou à Saint-Maur aujourd'hui ont tous commencé au BCC ». Ce n'est pas tout à fait vrai, mais ce n'est pas grave. Car, sur le fond, il n'a pas vraiment tort. Il faut bien reconnaître qu'il est la figure tutélaire du noble art dans l'Indre.
"Dans ma tête je suis encore tout neuf"
Le natif d'Ardentes, enfant d'une fratrie de dix frères et sœurs, est incontournable depuis quarante-huit ans et ses 12 ans, âge de ses débuts dans la boxe au CAB, l'ancêtre du BCC actuel. Sans trêve ni repos. « Durant tout ce temps, je n'ai pas eu deux jours d'arrêt. J'ai beaucoup donné de mon temps pour la boxe, mais elle m'a tout donné en retour. Il y a une citation que j'aime bien : " Du poing naît l'espoir, et de l'espoir naît l'histoire ". Elle correspond tout à fait à mon parcours ». Jamais malade, jamais fatigué : le gaillard d'1,87 m pour 85 kg est du genre solide. Du moins dans l'imagerie populaire, car il rappelle que « jusqu'à mes 20 ans, je pesais 57 kg et je boxais en poids plume ». Le gringalet prendra de l'étoffe pour, dix ans plus tard, finir sa longue carrière amateur chez les poids lourds. C'est là qu'un événement tragique va le précipiter de l'autre côté des cordes. « Vingt minutes après l'inauguration du gymnase qui porte aujourd'hui son nom, Pierre Jablonsky, mon entraîneur de l'époque, s'est écroulé d'une crise cardiaque. Il est mort dans mes bras », dit-il aujourd'hui, avec toujours la même émotion dans la voix. Dans l'urgence, il a aussitôt repris le flambeau de son ancien mentor, obtenant rapidement le diplôme indispensable de prévôt. Devenu entraîneur, il poursuivra sa carrière de boxeur par procuration, veillant notamment à la carrière professionnelle de deux de ses deux frères. « Abdelkrim a quand même fait un championnat du monde contre le grand Norbert Ekassi, un championnat d'Afrique et il a été champion de France, rappelle-t-il. Momo, lui, est arrivé en finale de championnat de France en mettant tous ses adversaires KO. C'était la belle époque… ». Mais Bechelgui Bahi ne verse pas outre mesure dans la nostalgie. Car il aura beau fêter ses 60 printemps le 27 décembre prochain, ce jeune retraité regarde toujours droit devant. « Quand est-ce que je vais arrêter ? Je ne sais pas, peut-être jamais… », glisse-t-il, malicieux. En tout cas, ce n'est sûrement pas pour demain. La relève de son club, représentée par Sirak Hakobyan et Islam Mouklouchev, le tient éveillé, aux aguets. « J'ai l'impression de ne pas vieillir. Dans ma tête, je suis encore tout neuf et ma motivation est intacte », assure celui qui est aujourd'hui, le plus ancien entraîneur, toutes disciplines confondues, encore en activité dans l'Indre. Il le restera sans doute encore pour longtemps. « Bechel » se porte comme un charme et l'or lui va comme un gant.
Par Ludovic Lagasse
Source : La Nouvelle République

