Robert Cohen, un Grand de la boxe est parti

L’ancien champion du monde (36 v, 3 n, 4 d) des coqs (1954-1956) est décédé mercredi 2 mars, à Bruxelles, à quatre-vingt-onze ans. Il demeure l’un des plus grands boxeurs français de l’Histoire, lui qui avait tout gagné chez les professionnels

Robert Cohen naquit le 15 novembre 1930, en Algérie, à Bône. Il découvrit la boxe en assistant à une rencontre amateur entre une sélection algérienne et une équipe lyonnaise. Ce fut la naissance d’une vocation. Son paternel tenta pourtant de l’en dissuader. En vain. Il débuta donc à la Jeunesse Bônoise Athletic en 1948 et, moins de deux mois après, il remporta le championnat du Constantinois puis le championnat d’Algérie avant de s’incliner en demi-finale du championnat d’Afrique du Nord devant Jo Ventaja, futur sélectionné olympique et champion d’Europe amateur. Une défaite, à ses yeux imméritée, qui l’incita à vouloir… raccrocher les gants. Son frère aîné Léon ainsi que son patron parvinrent à lui à faire changer d’avis. Bien leur en prit puisqu’en avril 1951, Robert Cohen atteignit la finale des championnats de France amateurs à l’issue de laquelle il fut dominé par Joseph Perez pour avoir été trop attentiste.

Managé par Gaston Charles-Raymond

Un échec en forme de victoire car, dans les tribunes, le manager et ancien boxeur d’avant-Guerre, Gaston Charles-Raymond, fut séduit par le caractère de battant du vaincu et lui proposa de passer professionnel sous sa coupe. Si bien qu’en juin de la même année, le jeune Robert arriva dans la Capitale avec Léon. Dès lors, les succès s’enchaînèrent : une victoire de prestige face au fantasque et vieillissant Théo Medina, le 20 octobre 1952, puis le titre national aux dépens de l’ancien champion d’Europe Maurice Sandeyron, le 6 novembre 1953, et, dans la foulée, le sacre continental en dominant l’Irlandais John Kelley par KO (3e), le 27 février 1954 à Belfast.

L’opportunité de conquérir le monde survint après que l’Australien Jim Carruthers abandonnât son bien. Ses deux poursuivants au classement, Robert Cohen et le Thaïlandais Chamrern Songkitrat, s’affrontèrent pour lui succéder, à Bangkok. C’est sous les yeux du couple royal et de 70 000 spectateurs qu’au terme d’un duel âpre, l’enfant de Bône, qui avait mieux débuté et fini le combat, obtint logiquement les faveurs des juges.

Cette consécration marqua à la fois l’apogée et le début de la fin de sa carrière. Convalescent après avoir notamment eu la mâchoire fracturée lors d’un grave accident de la route, il remit en jeu son titre devant le Sud-Africain Willie Toweel, le 3 septembre 1955, à Johannesburg, devant 30 000 Blancs, Apartheid oblige. Le Français démarra pied au plancher et envoya plusieurs fois son challenger au tapis. Mais ce dernier fut aidé par l’arbitre qui lui permit de récupérer et ne sanctionna pas ses diverses irrégularités. Le tenant s’énerva et se désunit. Cependant, deux juges lui accordèrent le nul tandis que le troisième vit Willie Toweel vainqueur. Seule satisfaction pour le Tricolore, il trouva l’amour en la personne de Zita Hasson qu’il connut lors d’une exhibition sur une plage de Durban.

Entraîneur de l’équipe nationale du Zaïre

Ayant des difficultés à faire le poids, Robert Cohen s’essaya dans la catégorie supérieure, en plumes, et défia, le 10 décembre 1955, le grand espoir Cherif Hamia qui fit parler sa puissance supérieure. Le champion du monde fut arrêté au dixième round après avoir eu l’arcade sourcilière gauche ouverte. Une blessure lourde de conséquences car elle se réveilla, le 29 juin 1956, à Rome, alors que le champion du monde défendait son bien devant le Transalpin sourd-muet Mario d’Agata. A l’appel de la septième, l’arbitre l’arrêta, jugeant la plaie trop profonde. Jamais en mesure de faire la différence, ayant perdu les qualités qui lui avaient permis d’atteindre les sommets, Robert Cohen tira sa révérence.

Il alla s’établir à Lubumbashi, capitale de l’ancien Congo belge où officiait son industriel de beau-père. Il fit profiter les jeunes de son expérience dans la salle qu’il avait ouverte et baptisée Eurafricaine. Au début des années soixante, il devint entraîneur de l’équipe nationale du Zaïre puis, plus tard, au début de sa carrière, du futur champion du monde WBA des moyens, Sumbu Kalembay. Il vécut la fin de sa vie en Belgique.