L’As des as au paradis des boxeurs

Jean-Paul Belmondo s’est éteint le 6 septembre, à quatre-vingt-huit ans. Son visage était en particulier familier aux amoureux du noble art, lui qui assistait régulièrement aux galas. Non pas pour paraître mais pour partager les émotions de ses frères d’armes. Il s’était en effet adonné à cette discipline qui le passionnait.

Dans les colonnes du Parisien, en 2018, Jean-Paul Belmondo narra comment il était tombé dans la marmite du noble art : « J’y suis venu grâce au plus grand champion, pour moi, de tous les temps : Marcel Cerdan. J’aimais sa technique, sa hargne, son courage et sa vie en général. Je lisais tout sur lui. J’étais derrière le poste de radio quand il a battu Tony Zale. J’habitais à Denfert-Rochereau avec mes parents. Dès la matinée suivante, je suis allé m’inscrire à l’Avia Club de la porte Saint-Martin. J’y ai rencontré un entraîneur formidable, Monsieur Dupain, qui m’a enseigné les finesses d’un sport qu’il considérait, à juste titre, comme le noble art. J’ai quinze combats à mon palmarès. Je combattais à Pantin, à l’Élysée-Montmartre. Il y avait une sacrée ambiance, en ce temps-là, pour ce sport. »

Tout au long de sa vie, Bébel ne manqua jamais une occasion de vanter ce sport si cher à son cœur. Il le fit notamment en préfaçant l’ouvrage de Robert Colombini, « Histoires de… boxe », paru en 1968. « Je n’ai jamais pratiqué ce sport pour en faire un métier. Ce fut simplement pour moi un jeu de muscles et de l’esprit, un âpre jeu où il fallait beaucoup payer pour devenir gagnant. Quelqu’un a dit que la boxe était la poésie du pauvre. Peut-être. Mais il faut être riche d’intelligence, de santé et de courage pour être parmi ses élus. Au cour de ma carrière pugilistique, j’ai connu les vestiaires froids (et aussi surchauffés) des petites salles de banlieue. J’ai vu revenir des copains joyeux ou affreusement tristes. Les premiers cachaient leur joie pour venir embrasser et consoler les autres. La boxe, c’est une grande leçon de fraternité humaine. J’ai encore senti cette angoisse au cœur, ce vide soudain lorsqu’il s’agissait de monter dans le ring. Rien alors n’a plus la même dimension, le monde entier vous abandonne. »

Pour autant, l’intéressé avait quelques aptitudes, comme le confia un jour son partenaire d’entraînement, Maurice Auzel, champion de France professionnel des welters en 1963 et qui devînt plus tard sa doublure sur grand écran : « Jean-Paul avait de la classe. Il était très adroit et avait un bon coup d’œil. Surtout, il frappait très fort. »

belmondo (jean paul)

« La boxe m’a apporté un emploi de dur au cinéma »

Si le parcours entre seize cordes de l’ancien sociétaire de l’Avia Club fut de courte durée, il ne fut pas pour autant stérile et trouva un prolongement devant la caméra : « La boxe m’a apporté un emploi de dur au cinéma. Elle m’a donné ce côté hargneux dans la vie pour ne pas se laisser démonter quand ça va mal. La hargne, dans un ring, c’est la volonté de gagner et, hors du ring, c’est celle de s’accrocher quand cela va mal et, quand on est un peu désespéré, de ne pas se laisser aller mais de continuer à lutter. Je crois que j’ai appris ça de la boxe. »

Un héritage à la solde d’une riche carrière qui vit Jean-Paul Belmondo camper notamment un ancien boxeur devenu secrétaire et garde du corps du banquier véreux Charles Vanel dans L’Aîné des Ferchaux, de Jean-Pierre Melville, ou encore, incarner l’entraîneur de l’équipe de France de boxe opposant au nazisme lors des Jeux de Berlin en 1936, dans L’As des as. Un film de Gérard Oury lors duquel il plaida pour que les boxeurs soient joués par de véritables pugilistes. Parmi eux, Stéphane Ferrara se souvient : « C’est Jean-Paul qui m’a fait faire ma première apparition au cinéma. Il avait assisté à mes combats et me connaissait. Un jour, je suis allé de ma propre initiative au casting de L’As des as. Je suis tombé sur lui. Il m’a demandé ce que je faisais là et m’a emmené sur le tournage en Allemagne. Nous nous sommes tellement bien entendus qu’il m’a ensuite envoyé prendre des cours d’art dramatique et de comédie chez Yves Pignot. Puis, il m’a emmené avec lui pour jouer dans Le Marginal. C’est comme ça que cela a commencé. Je n’ai pas raté ce train. »

« Nous avons perdu un membre de la famille de la boxe »

« Jean-Paul était un acteur merveilleux, raconte Stéphane Ferrara qui a épousé la même profession. Et comme homme, c’était le grand frère que l’on aurait aimé avoir. Il fait partie de la famille. On a grandi avec lui. Même ceux qui ne sont pas du métier se sentaient une affinité avec lui. Quand on le voyait dans la rue, on avait envie de sourire, de lui serrer la main. Il restera dans nos mémoires. Sa mort est douloureuse pour moi. J’étais déjà malheureux de le voir diminué par son AVC. Quand j’ai boxé, je n’ai jamais été KO mais lorsque j’ai appris la nouvelle de son décès, c’est comme si j’avais pris une droite et que tout s’était éteint. Là, cela commence à se rallumer. Comme je suis croyant, je me dis qu’il y a tous ses amis, Jean Rochefort, Michel Beaune etc. qui l’attendent. Là-haut, ça va être les quatre-cents coups, cela nous console. J’ai envie de pleurer. C’est aussi un morceau de mon histoire qui part, des nuits passées à parler de boxe, de football. »

Dominique Nato a également été à l’affiche de L’As des as dans lequel il campait Roger Michelot, champion olympique des mi-lourds en 1936. « Nous avions bien rigolé, se remémore l’actuel Président de la FF Boxe. Les championnats du monde amateurs se déroulaient à Munich pendant le tournage. Nous y étions allés avec Jean-Paul. Il avait été ovationné par le public. C’était l’un des nôtres. Nous avons perdu un membre de la famille de la boxe. Il avait une forte sensibilité pour notre sport. Plus largement, il aimait le sport et les sportifs. Il était très proche du terrain. Par-delà la star mondiale qu’il était, tout le monde l’appréciait parce qu’il était à la fois accessible et très simple. »