Le TQO mondial annulé par le CIO !

La décision, officialisée, cette semaine, par le Comité international olympique (CIO), est tombée et c’est peu dire que personne ne s’attendait à un tel cataclysme. Car il est, hélas, désormais acquis que le Tournoi de qualification olympique (TQO) mondial, qui devait se tenir à Villebon-sur-Yvette (Essonne), du 16 au 22 juin prochains, est tout simplement rayé du calendrier. Explications.

Le CIO et sa task force chargée d’organiser les différents TQO de boxe ainsi que le tournoi olympique proprement dit, à Tokyo, n’ont pas eu d’états d’âme : ils ont fait le choix unilatéral de supprimer purement et simplement le TQO mondial. Pourquoi une telle option qui semble un peu radicale malgré de multiples échanges, ces dernières semaines, avec les fédérations nationales et les Comités nationaux olympiques (CNO) des différents pays ? Parce qu’à ce jour, le TQO continental américain n’a toujours pas eu lieu et est programmé mi-mai tandis que le TQO européen, qui avait débuté en mars 2020, à Londres, avant d’être stoppé au bout de trois jours pour cause d’épidémie de Covid-19 galopante, est prévu début juin, le lieu restant encore à déterminer. Il reprendra au stade où il s’est arrêté avec les mêmes participants. Or, les Jeux se déroulant du 23 juillet au 8 août, le CIO s’est livré à un implacable rétroplanning qui aboutit au constat suivant : il ne sera pas possible, faute de temps, d’inclure un TQO mondial entre la fin des TQO continentaux et le début des Jeux sauf à mettre à mal la santé et l’intégrité physique des athlètes qui n’auraient alors pas devant eux une période suffisamment longue pour s’entraîner et récupérer comme il se doit tout en préparant, dans la foulée, des échéances si rapprochées.

« Il est évident que nous sommes lésés »

A cela s’ajoute un paramètre logistique de taille : le fait que c’est à chaque fois le même pool de juges-arbitres internationaux, drastiquement sélectionnés par le CIO, qui doit officier lors des TQO et des JO, en respectant, bien évidemment, la neutralité des officiels. Ce qui rend ardue la tenue simultanée de deux TQO. Bref, les jeux sont déjà faits, sans mauvais… jeu de mots. « On paie le fait de ne pas avoir une fédération internationale susceptible de parler d’une seule voix et de défendre collectivement nos intérêts auprès du CIO », déplore Patrick Wincke, le Directeur technique national de la FF Boxe. L’AIBA est en effet toujours suspendue par le CIO et les relations entre les deux instances ne sont pas encore sur la voie d’un réchauffement durable…

Le CIO justifie en outre cette option par le fait que le TQO mondial n’aurait attribué que 20 % des quotas restants, soit 53. Ceux-ci seront donc ventilés autrement, entre les cinq continents, en fonction du classement (ranking) des prétendants dans chaque catégorie, depuis 2017. Une formule qui n’avantagera pas les Tricolores dont très peu figurent dans le haut du panier de la hiérarchie planétaire. La faute à une absence de résultats probants lors des grands championnats et autres compétitions majeures. « Il est évident que nous sommes lésés par cette modification radicale du parcours de qualification qui est quand même, faut-il le rappeler, la deuxième de cette olympiade puisqu’initialement, la WSB devait permettre de décrocher son billet pour le Japon. Cela induit des réorganisations et des pertes en ligne qui sont loin d’être marginales, regrette Patrick Wincke. Je pense avant tout aux sportifs et à l’investissement de chacun d’eux pour en arriver là… C’est compliqué. Plus largement, notre stratégie consistant à miser autant sur le TQO mondial que sur le TQO européen est battue en brèche. » En effet, il ne sera, par exemple, plus possible d’aligner d’autres pugilistes, notamment professionnels, dans la course à la qualification. Dans ces conditions, le défi est limpide : ceux qui ont été éliminés au TQO de Londres n’ont quasiment plus aucune chance de voir le Japon. Quant à ceux qui sont encore en lice, ils y joueront leur avenir sans espoir d’avoir une autre opportunité, sauf pour les quelques-uns qui font partie du gratin mondial.

« Nous sommes totalement tributaires du CIO »

La Fédération ne baisse pas les bras pour autant et a fait acte de candidature auprès du CIO pour accueillir le TQO européen, lequel pourrait être délocalisé de ce côté-ci de la Manche même si la chose n’a rien d’acquis. Le Comité national olympique et sportif français (CNOSF) doit plaider, auprès du CIO, la cause de la FF Boxe et appuyer sa demande. Quelle que soit l’issue de cette démarche, ce changement de cap cause un préjudice à l’élite de la boxe tricolore et à la Fédération. Ce que regrette amèrement son Président, André Martin : « Même si la Covid-19 a tout bouleversé, ce qui peut, en soi, se comprendre, nous avions mis en œuvre beaucoup de choses, notamment au niveau financier, pour accueillir le TQO et qualifier un maximum d’athlètes en constituant un collectif élargi et en faisant jouer à plein la concurrence en prévision du TQO mondial censé être moins relevé. Là, tout tombe à l’eau pour des raisons que nous ne partageons pas et qui modifient singulièrement la donne sur le strict plan sportif. Je crains fort que nous ne fassions que subir une situation que nous n’avons nullement provoquée dans la mesure où nous sommes totalement tributaires du CIO. »