JO de Tokyo : rendez-vous en 2021

La pression était devenue trop forte et les inconnues trop grandes : après avoir repoussé l’échéance autant de temps qu’il était possible, les autorités japonaises se sont rendues à l’évidence. En l’occurrence, que les Jeux ne pourraient pas avoir lieu comme prévu du 24 juillet au 9 août ni même quelques semaines plus tard, à la rentrée.

La nouvelle est tombée le mardi 24 mars en début d’après-midi et ne constitue pas, à proprement parler, une surprise. Le Japon a en effet fait le choix qui s’imposait en suggérant de décaler d’un an des Jeux olympiques d’été en raison de la pandémie de coronavirus qui sévit actuellement aux quatre coins de la Planète. Une recommandation que le Comité international olympique (CIO) s’est empressé d’entériner. « J’ai proposé de reporter les Jeux d’environ un an et le Président du Comité international olympique, Thomas Bach, a accepté à 100 % », a déclaré le Premier ministre nippon, Shinzo Abe après s’être entretenu au téléphonique avec Thomas Bach. Ce dernier avait déjà préparé le terrain, la veille, en expliquant que le CIO avait « entamé des discussions avec tous les partenaires pour dresser un état des lieux du développement rapide de la situation sanitaire et de son impact sur les Jeux olympiques comprenant un scénario de report des JO ».

« L’urgence est ailleurs, dans les hôpitaux »

Si l’option d’une reprogrammation en 2021 est officiellement approuvée par le CIO, ce qui a toutes les raisons d’être le cas, alors ce sera une première dans l’histoire des Jeux olympiques de l’ère moderne, du moins en temps de paix. En effet, auparavant, seuls les deux conflits mondiaux du XXe siècle avaient entraîné l’annulation de la plus importante manifestation sportive au monde.

Toujours est-il qu’il ne pouvait en être autrement à l’heure où plus de 1,7 milliard d’êtres humains sont confinés pour fuir le Covid-19 qui, à ce jour, a déjà contaminé 350 000 personnes dans 174 pays différents et en a tuées 15 870. Nombre de fédérations sportives et de comités olympiques nationaux faisaient pression pour que le calendrier soit modifié et avaient même menacé plus ou moins explicitement de boycotter les Jeux s’ils étaient maintenus aux dates initiales. En France, les politiques étaient, eux aussi, montés au créneau. Ainsi, la ministre des Sports, Roxana Maracineanu, avait-elle estimé que « l’annonce du CIO qui officialise le travail mené sur un potentiel report était nécessaire » car « l’urgence est ailleurs, dans les hôpitaux, les services publics et les Établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes ». Le ministre de la Santé, Olivier Véran, était sur la même longueur d’ondes : « Est-ce que j’ai vocation à demander la suspension des JO comme ministre de la Santé ? Non. Est-ce que je me vois envoyer des athlètes, aujourd’hui, au Japon ou leur demander de se préparer dans de bonnes conditions? La réponse est non. » Elle aurait été tout autant négative si les Jeux de Tokyo avaient eu lieu en septembre ou en octobre prochain car rien ne dit qu’à ce moment-là, la situation épidémiologique serait définitivement stabilisée et que la virulence du Covid-2019 aurait été définitivement jugulée. Ni que les athlètes auraient eu suffisamment de temps pour s’entraîner pleinement ni que tous les Tournois et autres épreuves de qualification olympique auraient pu avoir lieu normalement.

Un casse-tête à gérer pour la FF Boxe

Directeur technique national (DTN) de la Fédération française de boxe (FF Boxe), Patrick Wincke aurait d’ailleurs été peu enclin, c’est un euphémisme, à prendre le risque de voir des pugilistes tricolores en découdre au Japon d’ici quelques semaines. « Ils auraient mis leur santé en jeu, ce que nous ne voulons pas », justifie-t-il. Reste que le fait de voir les Jeux se dérouler en 2021 va être un casse-tête à gérer pour la FF Boxe comme pour d’autres. Sportivement, les deux boxeurs qui ont déjà décroché leur billet pour le Pays du soleil levant, à savoir Billal Bennama et Samuel Kistohurry, demeureront normalement bel et bien qualifiés dans seize mois. Pour le reste, le TQO de Londres, interrompu, reprendra-t-il au stade où il avait été arrêté comme cela a été évoqué ? Quand aura lieu le TQO mondial censé se dérouler en France ? Comment entrevoir la préparation du groupe olympique une année supplémentaire ? Autant de questions pour l’instant sans réponse. Par plus que concernant les frais engagés par les fédérations sportives qui avaient déjà réservé des hôtels et payé d’avance. Sans compter la perspectives des élections fédérales et d’éventuelles passations de pouvoir. Seule certitude : l’heure est plus que jamais à…l’incertitude.