Et si tout avait débuté ici ?

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Michel Thoraud, actuel président du Tir olympique issoldunois, n'a pas perdu une miette des jeux Olympiques. Plus précisément, son attention s'est concentrée sur les épreuves de tir, bien sûr, mais également sur la boxe. Et pour cause : il fut entraîneur, dans les années 1960, du club issoldunois, avant d'en devenir son président, de 1976 à 1990.
 
 
Michel Thoraud présente une photo des boxeurs de 1971, année précédant l'entrée des jeunes femmes au club car, hélas, aucun instant de cette année-là ne fut immortalisé
 
Et, cette année, il a été aux anges avec la moisson de médailles en boxe féminine. Une discipline encore récente aux JO puisque celle-ci a connu ses premiers rounds à Londres en 2012, soit quatre-vingt-douze ans après la gent masculine. Il est vrai que lorsqu'il a vu Estelle Mossely devenir première française championne olympique (elle a vaincu la Chinoise Yin Junhua dans la catégorie des moins de 60 kg), il n'a pu s'empêcher de penser à Martine, Christine et Patricia, qu'il avait initiées à ce sport en… 1972. « En réalité, elles étaient quatre filles âgées d'une douzaine d'années, mais j'ai oublié un des prénoms, se souvient-il. Elles avaient l'habitude d'accompagner leur grand frère à la boxe. Et, un jour, elles m'ont demandé si elles ne pourraient pas elles aussi monter sur le ring. J'avoue que cela m'avait à la fois surpris et enchanté. Mais voilà, la boxe féminine n'existait pas… ».
 
L'expérience ne dura qu'une année
 
Tout était alors à inventer. Profitant de ses responsabilités nationales à la commission de boxe amateurs à la Fédération nationale de boxe, il en informa le président de l'époque, Bernard Restout, et le directeur technique national, Jean Letessier. « Ils m'ont alors juste dit : " Nous sommes très contents que tu fasses cette expérience. Tu nous feras un rapport en fin d'année, mais nous te prévenons, il n'est pas question de te couvrir s'il arrive un problème car les statuts actuels ne concernent que les hommes et les assurances ne marcheraient pas " ». Michel Thoraud savait à quoi s'en tenir, mais l'idée de faire faire les premiers pas sur un ring à des jeunes filles lui plaisait bien. C'est ainsi que Martine Huguet, Christine et Patricia Blaszka, et une de leur copine, ont fait leur entrée au centre Jardon. « J'avais aménagé les vestiaires avec un rideau, afin qu'il y ait le coin pour les garçons et un autre pour les filles. Sinon, nous faisions beaucoup d'entraînements physiques. Elles mettaient également les gants, mais c'était uniquement pour le punching-ball ou pour combattre contre moi. Je ne voulais pas qu'il y ait le moindre risque ». Sexagénaire, Martine Huguet n'a pas oublié cette année de boxe, même si elle ne se souvient pas d'avoir mis les gants : « En tout cas, on aimait bien toutes les quatre. On habitait aux Terres-Rouges et on y venait avec nos frères ». L'expérience ne dura qu'une année. « J'ai fait mon rapport et, à Paris, ils ont compris qu'il y avait là un potentiel. Mais après, il a fallu plusieurs années pour modifier les statuts. Ils ont dû être changés entre 1978 et 1980. Je ne pouvais pas prendre le risque de poursuivre l'aventure ». Une aventure dont l'ex-président du Boxing-Club Issoldunois assure qu'elle fut unique en France. Quarante-quatre ans plus tard, elle aura participé, à sa manière, à hisser une première femme boxeuse sur la plus haute marche du podium olympique.
 
Par Emmanuel Bédu
 
Source : La Nouvelle République

 

 

 

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