Dominique Nato fait Chevalier de la Légion d’honneur

Partager cet article sur 
Retour aux actualités

Le 4 novembre, au siège du CNOSF, le Président de la Fédération française de boxe a été récompensé pour l’ensemble de son œuvre à la solde du noble art mais aussi pour une certaine idée dans la manière de servir l’État.

Devant un parterre comprenant de nombreux acteurs majeurs du sport hexagonal, c’est à Amélie Oudéa-Castéra, Présidente du Comité national olympique et sportif et français (CNOSF) et ancienne ministre des Sports, qu’il est revenu de brosser le portrait et de retracer le parcours de l’une des « figures tutélaires avec lesquelles, à la fin, c’est la France qui gagne ». En l’occurrence, pour ce qui est de la chose pugilistique, « Monsieur Nato ». Il s’agissait de rendre « hommage au champion, au bâtisseur, au meneur d’hommes (…) qui a consacré sa force à faire grandir celle des autres ». Et ce, en étant doté d’une « autorité qui n’a pas besoin de longues explications pour se faire entendre ».

L’homme est un grand pudique. « Tu livres rarement ce qui t’a construit », lui a d’ailleurs fait remarquer Amélie Oudéa-Castera avant de prendre le relais et de se lancer, avec une sincérité non feinte, dans le récit d’un itinéraire où, dès le départ, rien n’était acquis d’avance. A trois ans, ce fils de Calabrais a débarqué avec les siens, en Moselle, à l’orée des Sixties, pour fuir la crise qui sévissait alors dans la Botte, dans l’espoir d’une vie meilleure. Et tant pis pour le froid glaçant de la gare de Thionville et la vapeur du train qui venait l’arracher à son Italie natale pour le déraciner dans cette Lorraine marquée au fer rouge de la sidérurgie et dont le jeune garçon ignorait tout. « Rien n’était écrit d’avance et tu as tout compris de la force des valeurs, a souligné Amélie Oudéa-Castera. Ta devise a été : la rigueur dans le travail, le travail dans la rigueur. Il t’a fallu apprendre le Français pour te faire une place, quitte, parfois, à devoir te faire comprendre par le langage universel des mains. »*

« Mettre son talent au service des autres »

Au point d’inciter le paternel à inscrire sa progéniture à la salle de boxe, histoire qu’il se canalise. Le début d’un périple aux multiples exploits, étapes, grands et mauvais moments : quatre titres de champion de France amateur des poids lourds, le premier, en 1976, à dix-huit ans ; une cinquième place aux championnats du monde 1978, à Belgrade, après avoir notamment battu l’épouvantail russe Igor Vyzotsky ; deux victoires aux dépens de l’Italien Francesco Damiani, futur vice-champion olympique à Los Angeles, en 1984 ; une quarantaine de sélections en équipe de France ; une médaille d’argent aux Jeux méditerranéens de Split, en 1979 ; une ceinture de champion de France professionnel des lourds décrochée en 1985. Mais aussi un forfait aux JO de Moscou pour cause de blessure à la main et, le pire du pire, un décollement de la rétine lors d’une séance en tant que moniteur à l’École nationale de police de Paris et une carrière stoppée nette par le destin. Un cataclysme.

Alors Président de la FF Boxe, Bernard Restout eut l’élégance de tendre la main au colosse fragilisé en lui proposant de se reconvertir en intégrant la Direction technique nationale (DTN), alors dirigée par Marcel Bertola, afin de « mettre son talent au service des autres ». Ce qui fut le cas, d’abord au pôle France de l’Insep puis en tant qu’en entraîneur du Bataillon Joinville et enfin ; de l’équipe de France au lendemain des Jeux de Barcelone 1992 pour le moins décevants. C’est lui qui mit en place, en tant que DTN, des stages à Cuba. La consécration arriva aux JO de Sydney avec la médaille d’or de Brahim Asloum et celle de bronze de Jérôme Thomas. Sans compter la féminisation de la discipline avec des championnes de la trempe de Myriam Lamare et de Sarah Ourahmoune.

L’ancien sociétaire du Red Star Audonien, qui a coutume d’affirmer que « c’est la somme des petits détails qui fait la différence », fut, ensuite, huit ans durant, Directeur du Creps de Nancy après avoir obtenu un diplôme de droit du sport à l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne. L’ultime marche fut gravie, comme une suite logique et évidente, avec son élection à la présidence de la Fédération, en mars 2021.

« Cette distinction dépasse ma seule personne »

Et Amélie Oudéa-Castera de conclure : « Le petit ring de la boxe prépare au grand ring de la vie. La République veut remercier un passeur entre ces deux rings, un homme qui accueille un enfant avec l’ambition première d’en faire un champion de la vie. La République veut dire sa reconnaissance et son admiration à cet enfant venu d’Italie, devenu serviteur de la France, gardien de la paix mais aussi gardien des valeurs, à l’homme discret, au taiseux qui a si souvent laissé les autres recevoir les applaudissements. Tu portes les visages, les voix, les espoirs d’un sport français et, au-delà de ça, de conditions humaines qui ne demandent qu’à s’élever par l’effort et le mérite. »

« Recevoir la Légion d’honneur constitue un moment exceptionnel dans une vie, arépondu, le Président de la Fédération française de boxe, contraint, par la solennité du moment, de baisser quelque peu la garde. C’est un honneur immense mais aussi une responsabilité tant cette décoration porte les valeurs du mérite, de l’engagement et du service au bénéfice de la nation. » Sur le plan strictement sportif, « la boxe m’a permis de transmettre et, pour moi, la transmission est quelque chose d’important. J’ai eu le privilège d’accompagner des générations de boxeurs et de boxeuses vers l’excellence. C’est une fierté. Sans compter le combat acharné pour préserver la place de notre discipline aux JO. J’ai porté haut les couleurs de la France, ce pays que j’aime », a certifié Dominique Nato.

Visiblement très touché, il s’est évertué, fidèle à lui-même, à replacer cette distinction sous les auspices du partage avec tous ceux qui y ont préalablement contribué : « Je reçois cette Légion d’honneur avec une profonde émotion et une immense gratitude. Je la reçois au nom de tous celles et ceux qui croient aux valeurs républicaines que le sport, et la boxe en particulier, transmettent et font vivre, chaque jour, sur l’ensemble de notre territoire. Ils sont un vecteur important d’insertion, d’émancipation, de cohésion et de suivi social. Cette distinction dépasse ma seule personne. Elle vient honorer un parcours collectif, celui de la boxe française, de ses femmes et de ses hommes, de ses athlètes, de ses bénévoles, de ses éducateurs et de tous ceux qui font vivre notre sport et forment les citoyens de demain. »

« La boxe est d’abord une école de l’égalité des chances »

Cette distinction est aussi une manière, pour son récipiendaire, de rendre la pareille à un sport a qui a fait de lui l’homme qu’il est devenu. « Elle n’est pas seulement une reconnaissance personnelle. Elle honore le monde du noble art qui m’a tout donné. La boxe est un sport qui m’a forgé, qui m’a appris le respect et la discipline, la persévérance et le courage face à l’adversité », a-t-il insisté.

Et d’évoquer avec beaucoup d’authenticité tout ce que cette discipline pas comme les autres véhicule et autorise. « La boxe est d’abord une école de l’égalité des chances, a assuré Dominique Nato. Elle enseigne que l’on se construit par l’exigence, l’effort et le dépassement de soi. Sur un ring, il n’y a pas d’origine sociale. Seuls comptent la volonté, le travail et la discipline. Chacun peut y trouver sa place et démontrer sa valeur. La boxe apprend aussi l’humilité et le respect des arbitres, des entraîneurs et, surtout, de l’adversaire. Celui qui nous fait face n’est jamais un ennemi mais celui qui permet de progresser et de révéler le meilleur de soi-même. » Un humanisme que déclinent avec abnégation et persévérance les organes déconcentrés de la Fédération, a dit son Président : « La boxe, c’est également un formidable vecteur d’intégration. Nos clubs accueillent sans distinction des hommes et des femmes de toutes générations et de tous horizons. Ils favorisent la rencontre et rappellent que la fraternité est une réalité qui se vit au quotidien. »

A Serge Pautot, ancien vice-Président de la FF Boxe, le mot de la fin, sous forme de vibrant hommage : « Tes parents seraient si fiers de voir leur petit garçon être arrivé au plus haut de la République. Tu es l’incarnation de la méritocratie, du travail et du labeur. Aujourd’hui, la République ne fait pas que saluer tes titres et tes fonctions. Elle salue l’homme, le bâtisseur et le modèle que tu es pour la jeunesse. »

Découvrez aussi
crossmenu
linkedin facebook pinterest youtube rss twitter instagram facebook-blank rss-blank linkedin-blank pinterest youtube twitter instagram