Ou comment le boxeur oratorien, Michel Mothmora, a vécu des années très compliquées avant de devenir champion du monde WBF des poids moyens.

Avec ses ceintures WBF, Michel Mothmora est aujourd'hui un homme et un boxeur heureux. Photo cor. NR, Nicolas Derré
Quatre jours après (1) ses yeux brillent encore… Alors même qu'il est rentré de Guyane depuis 48 heures, Michel Mothmora semble ne pas avoir vraiment atterri. Le poids de ses différentes ceintures WBF, qu'il balade un peu partout, ne l'ont pas encore fait redescendre de son petit nuage. Lesté de métaux planétaires, chargé de souvenirs impérissables, mais tellement léger. « C'est presque trop beau », confesse-t-il en faisant défiler ses souvenirs guyanais, son combat face à Carvalho, les nombreux messages de félicitations reçus et les sollicitations qui vont arriver ces prochains jours. Beaucoup d'honneurs pour un homme qui a longtemps couru après. « C'est un aboutissement, une consécration. Personne ne me prenait au sérieux ces dernières années. Même quand j'ai décroché la ceinture internationale. On me disait que c'était de la merde. Au moins là, pour tout le monde, la ceinture mondiale ça vaut quelque chose ».
"Dans ma vie de boxeur j'ai souvent eu honte"
Le sourire qui illumine son visage dévoile son bonheur et sa sérénité d'aujourd'hui. Mais masque aussi ses failles et ses douleurs d'hier. Ses cinq premiers combats perdus chez les amateurs, ce petit trophée qu'il a reçu à la fin de cette même saison pour l'encourager à continuer. Ou ses 24 défaites chez les professionnels, depuis ses débuts en 2000, que ses 14 succès lors de ses 17 derniers combats ont du mal à dissimuler. « Dans ma vie de boxeur, j'ai souvent eu honte. Je montais sur le ring et je me demandais ce que je faisais là. J'ai longtemps eu peur du K.-O.. Je n'en ai pas pris beaucoup dans ma carrière, je préférais poser un genou à terre avant. Le lendemain des combats, il fallait que je travaille. J'avais des marchés à faire ». Boxeur le soir, charcutier-traiteur le matin, Michel Mothmora a longtemps erré entre ses deux professions. Avant un déclic en 2010. « Ma femme m'a quitté, se souvient-il. J'ai pleuré toutes les larmes de mon corps, j'ai vraiment sombré. Trois personnes m'ont également dit que je ne serais jamais champion du monde de boxe. Avant, je n'avais jamais eu la prétention de gagner quelque chose. Tout ça a déclenché une réaction chez moi. Je me suis demandé ce que je souhaitais vraiment. Je voulais devenir quelqu'un. Et être avec ma femme. Je ne désirais pas arrêter la boxe sans rien. Je rêvais d'un titre ».
Alors pour se donner une chance, pour effectuer de véritables préparations en vue de ses combats, l'Oratorien a arrêté les marchés, a fermé son commerce pendant plusieurs semaines. Un choix fort. Mais pas sans risque. « Je me suis en danger. On imagine qu'un boxeur professionnel a la belle vie mais c'est faux. Pendant mes préparations, je n'avais plus beaucoup de rentrées d'argent. On m'a coupé l'électricité pendant six mois. Heureusement, j'avais un groupe électrogène, qui me servait pour les marchés, pour alimenter la maison. J'ai été expulsé de mon magasin. J'avais du mal à payer mes loyers. J'avais presque atteint le point de non-retour. Et j'ai imposé tout ça à ma famille ». Michel Mothmora en parle librement aujourd'hui. Non pas pour faire pleurer dans les chaumières, non pas pour en sortir grandi, simplement pour expliquer ce qu'a été son quotidien pendant des années. « La galère », résume-t-il. Son nouvel emploi dans un service de la PJJ (Protection judiciaire de la jeunesse), le soutien retrouvé de sa femme, celui de ses enfants et de ses proches le rassurent. Les victoires et les ceintures WBF qui s'enchaînent le libèrent. Aujourd'hui, à bientôt 36 ans, il a enfin trouvé ce qu'il cherchait. « La reconnaissance. C'est vraiment important pour moi. Je sais que la boxe ne me rendra jamais riche mais la reconnaissance vaut tout l'or du monde. C'est juste magique. J'ai un palmarès pourri, je l'assume. Mais j'ai prouvé aux gens, aux médisants, qui ne croyaient pas en moi que j'étais capable d'aller chercher une ceinture mondiale ». Pour passer de la galère à la lumière…
(1) Michel Mothmora a été sacré champion du monde WBF des poids moyens dans la nuit du 6 au 7 mai. Nous l'avons rencontré à Blois, mercredi 11 en fin de matinée.
Par François Bellot
Source : La Nouvelle République

