Yoka la foudre

Qui l’aurait cru ? Pas grand monde pour être franc. Le champion olympique n’a eu besoin que de quatre-vingt-sept secondes pour terrasser par KO le valeureux Johann Duhaupas, le 25 septembre, à la Paris La Défense Arena. Et franchement, il n’y a rien à redire sur sa remarquable performance.

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©Karim de la Plaine

Une première droite lourde pour surprendre d’entrée l’Abbevillois et le faire vaciller puis deux uppercuts d’école dont il a le secret histoire de porter l’estocade et l’affaire était pliée. Tony Yoka, qui a visiblement gagné en puissance et en force physique, a été bon pour ne pas dire très bon pour sa rentrée pugilistique en 2020. Et ce n’est pas la très courte durée de la confrontation qui viendra relativiser ce constat. Savoir se faciliter la tâche en étant capable de l’abréger prématurément est un art et tous les lauriers en reviennent à son auteur. « Je voulais commencer le combat très fort. Je sais que c’est un grand champion qui m’attendait dans la deuxième partie de combat. On a beaucoup travaillé à l’entraînement, cela paye aujourd’hui. C’était l’adversaire le plus coriace que j’ai eu à affronter depuis le début de ma carrière. J’avais à cœur de faire ça avec la manière », a commenté le Francilien au micro de Canal+. Démarrer pied au plancher en frappant fort et où il faut dès l’entame pour s’épargner les aléas d’un duel au long cours à l’issue nettement moins certaine : la stratégie a beau sonner comme une évidence, encore fallait-il être en mesure de l’appliquer sans fausse note. Le vainqueur du jour l’a fait avec brio, en prenant soin de ne pas confondre vitesse et précipitation, et il peut s’en vanter.

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©Karim de la Plaine

Briguer un titre mondial fin 2021, début 2022

Le voilà enfin bel et bien (re-)lancé dans sa conquête du Graal planétaire. Ses propos et ses aspirations sont soudainement redevenus plus légitimes et crédibles, lui qui assure prendre confiance au fil de ses sorties, avoir faim d’entraînements impitoyables et vouloir passer à la vitesse supérieure. Laquelle consisterait à disputer entre cinq et six matchs au cours des douze mois qui arrivent et, si tout roule, à briguer un titre mondial fin 2021, début 2022.

Un plan de marche que Raphaël Tronché, ancien champion de France des lourds avec qui les relations sont extrêmement tendues tant sportivement que personnellement à la suite d’échanges verbaux par médias et réseaux sociaux interposés, rêve de contrecarrer. Il était question que les deux hommes forts soldent leurs comptes entre seize cordes en 2019 mais ni l’un ni l’autre n’ont voulu céder aux conditions que le camp d’en face entendait imposer. Le Nordiste a remis le couvert à Nanterre en défiant publiquement son meilleur ennemi : « Personne sur ce ring, ici, n’a peur de toi. Sur WhatsApp, tu as dit des choses qui n’ont rien à voir avec le sport. Tu m’as envoyé des messages où tu m’as insulté. Je ne t’ai jamais insulté. Ici, personne n’a peur de toi. Raphaël Tronché est présent ici. Si tu veux mettre en œuvre ce que tu as mis sur WhatsApp, tu peux le faire. Ce combat, si tu veux le faire, on le fait et tu finis en croix. Moi, je ne rigole pas avec toi. Je suis venu pour toi. » Un mano a mano auquel Tony Yoka ne semble pas opposé sur le principe : « Ce serait cool, c’est sûr. Maintenant, on va voir comment ça s’organise, si les deux parties sont d’accord. Je ne parlerai pas avant d’avoir signé les papiers parce que je sais que ça peut parler beaucoup pour rien. »

« Je pense réellement que j’ai fait mon temps »

Johann Duhaupas

Un dernier mot pour Johann Duhaupas, immense gladiateur qui méritait bien mieux qu’une telle sortie et surtout une toute autre carrière à la mesure de son abnégation et de son courage. Dans un ultime sursaut d’orgueil, le Samarien, qui tutoie la quarantaine, a contesté un arrêt des hostilités qu’il estime prématuré. « Je me suis senti vraiment motivé pour faire un gros combat. Je pense que je me suis fait cueillir à froid en voulant jouer sur la longueur. Mais je vous garantis que j’étais loin d’être KO. J’étais debout très rapidement. » Puis le glorieux vaincu a fait montre de sagesse en annonçant qu’il allait très probablement raccrocher les gants et goûter à une autre vie, d’abord à celle d’un jeune père. « Pour moi, je pense que c’est la fin. Je vais en parler avec mes équipes parce que là, je réagis à chaud. Je pense réellement que j’ai fait mon temps. Je vais m’occuper de ma famille. »

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©Karim de la Plaine