Tony Yoka, quand le sort s’acharne

Alors que le champion olympique de Rio (7 v) devait faire ses grands débuts outre-Atlantique, le 14 mars prochain, il a été contraint de décaler sa rentrée faute… de combattant. Un scénario ubuesque eu égard à son statut et à ses ambitions.

C’est désormais sur les réseaux sociaux que l’info circule plus ou moins en continu, au gré des faits et gestes de ceux qui la font. Il suffit de lire trois messages postés, ces dernières semaines, par Tony Yoka pour comprendre la désillusion à laquelle il est aujourd’hui confronté.

Premier post, le 21 février, celui des réjouissances attendues : « Il est temps d’écrire une nouvelle page de ma carrière. Celle-ci se fera désormais sur deux continents. Mon prochain combat est prévu pour le 14 mars au Madison Square Garden de New York. Comme promis, deux voyages seront à gagner très prochainement. Restez connectés. » Deuxième post, le 3 mars, celui du doute savamment orchestré : « Pour ceux qui me posent et reposent la question sur l’adversaire, sachez que je le connais depuis plusieurs semaines mais c’est à Top Rank de l’annoncer pas à moi donc désolé, je ne peux pas vous en dire plus. » Troisième envoi, le 8 mars, celui de la triste confirmation : « Combat du 14 mars annulé. Désolé pour ceux qui avaient prévu de faire le déplacement et ceux qui attendaient mon retour sur le ring. Cette décision ne vient pas de moi, comme pour le combat de décembre. Je suis prêt et je n’attends qu’une seule chose, c’est de monter sur le ring. Malheureusement, certaines choses sont gérées par des incapables qui n’ont pas conscience de l’importance de rester actif. Je ne sais quoi vous dire tellement ça me désole de voir tous les prospects monter sans moi ».

Ses rivaux, eux, n’ont pas perdu de temps

Que s’est-il donc passé ? Qui sont les incapables ? Rien n’est précisé officiellement sur le sujet. Une chose est sûre, le Francilien était censé être à l’affiche de la réunion qui se tiendra le 14 mars, dans la petite salle du Madison Square Garden de New-York. Non pas comme tête d’affiche mais dans le cadre un combat d’encadrement, le duel vedette étant le championnat du monde WBO des plumes entre la pépite US, Shakur Stevenson, et le Colombien Miguel Marriaga. L’idée était aussi que le Tricolore, dont la dernière sortie remonte au 28 septembre, à Nantes, avec, à la clef, une victoire expéditive aux dépens de l’Allemand Michael Wallisch, affronte un adversaire de qualité à la fois pour attester de ses progrès mais également pour monter dans la hiérarchie planétaire et enfin, souffrir la comparaison avec ses rivaux qui, à l’image de Filip Hrgovic (actuel champion WBC international) ou de l’Anglais Joe Joyce (champion WBA continental et qui s’apprête à disputer le titre continental), eux, n’ont pas perdu de temps. On pensait c’était serait dans la poche et que la chose serait rondement menée depuis que le Francilien s’était engagé, en début d’année, avec le promoteur Bob Arum et sa société Top Rank. Sans compter un nouveau manager en la personne de James Prince.

Seulement six rounds depuis juin 2018

Et voilà qu’au dernier moment, l’affaire a capoté. Il semblerait pour une affaire de gros sous, les sommes proposées aux adversaires potentiels du Français étant bien inférieures au prix du marché quand l’objectif est d’en découdre avec un membre a minima du top cinquante mondial. Voilà comment à force de tergiverser, de marchander et de refuser de mettre la main au porte-monnaie, on se retrouve le bec dans l’eau. Seul problème, la première et principale victime est le boxeur lui-même qui voit, pêle-mêle, ses homologues lui passer devant, sa marche en avant – peut-on encore parler de conquête ? – entravée et son image écornée alors qu’il clame son envie sincère d’en découdre avec les meilleurs et d’avoir une opportunité mondiale d’ici deux ans.

On jurerait que la collaboration avec Bob Arum n’a pas débuté sous les meilleurs auspices. Surtout, on a du mal à comprendre comment un champion du monde et olympique des super-lourds, qui a beaucoup pour plaire, le talent autant que le charisme, soit prisonnier d’une configuration destinée à le mener vers le firmament. Depuis juin 2018 et le début de sa suspension d’un an pour trois no-show, Tony Yoka n’est monté que deux fois sur un ring pour disputer à chaque fois seulement trois rounds… Tout est dit. En espérant que la messe, elle, ne le soit pas déjà.