Samir Ziani inarrêtable

L’air de rien, le Français (32 v, 1 n, 3 d) a réalisé une sacrée performance en allant conserver, à huis clos, outre-Manche, son titre européen des super-plumes. Pour cela, il a dominé par arrêt de l’arbitre (12e) la star locale, l’Anglais Alex Dilmaghani (19 v, 1 n, 2 d). De quoi l’inciter à nourrir des ambitions planétaires.

Alex Dilmaghani a beau avoir la réputation d’être un puncheur, cela n’inquiétait pas outre mesure le tenant, lequel avait bien l’intention de prendre son rival à son propre jeu, pas tant avec la foudre de ses poings mais à l’usure, par un travail de de sape de tous les instants mêlant intensité et précision. De fait, dès l’entame, le Tricolore déroulait à la perfection son plan de bataille. Remonté comme une pendule après avoir dû composer avec un report de la confrontation, initialement prévue le 25 avril mais décalée pour cause de confinement, c’est lui qui prenait les commandes des échanges. Le sujet de sa Gracieuse Majesté s’efforçait certes de saisir sa chance en déclenchant des frappes lourdes, en particulier en malmenant les flancs de l’Aquitain, mais c’était lui qui reculait.

Pourquoi ? Parce que le Lot-et-Garonnais avait tout pour lui : la vitesse de bras, la variété des enchaînements et le coup d’œil. C’est lui qui touchait le plus, en particulier à la face, tant en première intention qu’en remises. Et comme en terme de cardio, personne n’est en mesure de lui imposer sa loi, il semblait clair qu’en l’absence de saute de concentration défensive, c’est lui qui repartirait en vainqueur. De fait, les minutes passaient et la donne ne changeait pas. Le fausse garde Britannique se distinguait de manière peu glorieuse par son vice, comme sur ce coup de coude sciemment délivré dans le troisième opus en faisant mine de vouloir asséner un crochet court du droit. Sa garde parfois à la Floyd Mayweather était l’arbre qui cachait la forêt : il n’avait ni l’inspiration ni la panoplie de son auguste modèle. D’autant plus prévisible qu’il était quasiment tout le temps sur le reculoir, il travaillait le plus souvent en force, sur un seule technique. Manquant cruellement de fluidité et de diversité, il était crucifié dès que Samir Ziani, les mains toujours hautes pour mieux bloquer, accélérait.

Le récital virait à la perfection

Un scénario limpide qui n’empêchait pas les juges de placer le local en tête sur leurs bulletins au bout de quatre reprises… Peut-être l’élève de Mohamed Bennama en fut-il été informé. Loin de se décourager, l’homme qui ne s’arrête jamais passait la surmultipliée à compter du sixième round et marchait au pas de charge sur son vis-à-vis étouffé par un tel pressing. Le tout en s’appliquant davantage et en concentrant ses assauts aussi au corps, conformément aux directives de son coach. Le récital virait à la perfection et tout ou presque y passait. Ce n’était que justice. Le gâteau était succulent. La cerise en fut le point d’orgue doucereux sous la forme de deux voyages au tapis d’Alex Dilmaghani, martelé sous tous les angles dans les trois ultimes minutes. Visiblement incapable de reprendre du collier, le challenger, ouvert à la pommette droite et qui avait une fâcheuse tendance à s’accrocher dès qu’il était débordé, était fort logiquement arrêté par l’arbitre… à dix secondes de la fin. Il fallait ça pour empêcher une mascarade : aux deux tiers du duel, c’était en effet… le futur vaincu qui comptait deux points d’avance !

Mission accomplie donc pour le désormais triple champion d’Europe qui, dans l’idée, espère intégrer le top 5 de la WBA et disputer un championnat du monde l’année prochaine.