Samir Ziani a tout bien fait

Le 27 novembre, chez lui, à Villeneuve-sur-Lot, le Français (32 v, 1 n, 3 d) a été brillant de bout en bout pour vaincre avant la limite le rugueux mais limité Serif Gurdijeljac (21 v, 6 d). Le voilà détenteur du titre IBF intercontinental des super-plumes et aux portes d’un championnat du monde.

La confrontation démarrait sur les bases attendues. Samir Ziani enclenchait progressivement la machine à débiter tandis que le visiteur, placide, était moins actif et justifiait cette parcimonie par une recherche systématique de puissance, les pieds bien à plat. Mais sa relative lenteur autant que la prévisibilité de ses intentions ne mettaient pas en danger le héros de la soirée qui veillait à bloquer, les mains bien hautes, et à ne pas s’emballer en faisant montre de largesses défensives qui eurent été périlleuses. Mobile et donc difficile à cadrer, il imposait un rythme à la fois élevé et varié avec des accélérations lors desquelles il mitraillait sous tous les angles le Serbe. Une stratégie pertinente tant elle empêchait ce dernier de s’organiser d’autant, encore une fois, que sa prestation était extrêmement stéréotypée en cherchant uniquement à coincer l’Aquitain pour le crucifier en force.

Un Tricolore aux trois poumons et à l’incomparable cardio

« Applique-toi et sois intelligent », demandait l’entraîneur Mohamed Bennama à son protégé. Le Lot-et-Garonnais l’était avec une constance remarquable. De fait, il maîtrisait sa partition sur le bout des gants grâce à son panel pugilistique notoirement plus complet. Capable de déclencher en reculant, en avançant ou en décalant mais toujours dans le temps, également doté d’une précieuse faculté d’en découdre en délivrant des séries de cinq à six coups précis, sans guère de déperdition, il commençait à rendre chèvre l’ami Gurdijeljac qui ne trouvait ni la solution ni l’ouverture.

A la mi-combat, le Tricolore aux trois poumons et à l’incomparable cardio s’engaillardissait mais toujours lucidement. Non seulement il concluait l’essentiel des échanges à son avantage mais c’est lui qui se mettait à marcher ostensiblement sur le Serbe et lui imposait un bras de fer qui tournait fort logiquement en sa faveur.

« Les portes de la scène mondiale s’ouvrent »

Sa domination était manifeste mais, surtout, attestait de ses progrès et de sa maturation entre seize cordes. Moins chien fou qu’il ne le fut, sa boxe ne comporte quasiment plus de perte en ligne et est marquée du double sceau de l’utile et de l’efficace. Serif Gurdijeljac en faisait les frais. Ne sachant que se battre au forceps, sa main en pâtissait. Vraisemblablement fracturée, il était contraint de renoncer à l’entame du dixième round alors que son retard sur les bulletins des juges était une évidence.

Visiblement très ému, Samir Ziani, pleinement conscient qu’il avait au moins autant à perdre qu’à gagner dans l’histoire, pouvait exulter au micro de Fight Nation : « Les portes de la scène mondiale s’ouvrent. Cette aventure nous allons la commencer tous ensemble. C’est un rêve qui se réalise. J’ai commencé la boxe à l’âge de seize ans. Personne ne croyait en moi. Voir, maintenant, autant de monde qui croit en moi me touche énormément. Si j’ai un message à faire passer à la jeunesse, c’est de croire en ses rêves, de ne rien lâcher et de faire de sa passion un objectif dans sa vie. »