Nordine Oubaali est grand

Le Français (17 v) n’a, une nouvelle fois, pas failli en allant en Extrême-Orient conserver sa ceinture WBC des coqs. Pour ce faire, il a dominé, chez lui, à Saitama, dans la banlieue de Tokyo, le Japonais Takuma Inoue (13 v, 1 d), vaincu aux points, à l’unanimité des juges (121-107, 117-110, 115-112). Mais ce ne fut pas si simple.

©Sumio Yamada

Les Japonais ont beau avoir le sens de l’honneur, ils n’ont pas toujours celui de la bienséance. En effet, contrairement aux règles du protocole, le Tricolore, pourtant champion du monde en titre, est arrivé le premier sur le ring alors que c’est normalement au challenger de faire d’abord son apparition. Mais il en fallait bien plus pour déstabiliser le tenant tant il est hermétique à la pression. Rien ne l’ébranle, pas même le fait d’évoluer en terre étrangère et donc forcément hostile.

Une fois dans le carré magique, il était tentant de se livrer à une comparaison morphologique entre les deux hommes, quand bien même ne faut-il jamais ne se fier qu’aux apparences. Reste que là, elles auguraient bel et bien de la donne. D’un côté, Nordine Oubaali, légèrement plus petit mais tellement plus puissant, râblé et musculeux ; de l’autre, Takuma Inoue, longiligne, plus fin et doté d’une allonge légèrement supérieure. Il était donc dit que le premier avancerait et entreprendrait un travail de sape pour porter l’estocade au moment voulu. Le second, lui, ne pouvait miser que sur sa vitesse d’exécution, sa mobilité et l’incertaine ambition de l’emporter sur la longueur à force de contre-attaquer.

Le direct du bras arrière, l’arme fatale

Le scénario fut effectivement celui-là. Le Nordiste démarrait sans attendre et prenait l’ascendant. Cependant, à notre sens, sa partition avait beau être, comme toujours, d’excellente facture, elle n’était pas parfaite. La faute à quelques petits détails qui, à y regarder de plus près, n’en étaient pas tant que ça. En l’occurrence, une trop grande propension à ne pas rester à mi-distance pour laminer l’Asiatique mais, au contraire, à repartir à l’assaut à distance. A la clef, quelques coups donnés dans le vide, une tendance à parfois se jeter et surtout, une possibilité offerte au Nippon de récupérer quelque peu après avoir été sous l’éteignoir.

On pinaille car celui qui caracolait en tête sur les bulletins des juges était le sociétaire du Top Rank de Bagnolet. Il faut dire qu’il avait sérieusement envoyé son opposant sur les talons dès la troisième reprise, sur une combinaison crochet gauche – uppercut droit, avant de l’expédier au tapis dans la suivante sur un direct du bras arrière, l’arme fatale du Lensois.

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Une frayeur abyssale à tout l’Hexagone

Mais il en eut fallu plus pour mettre hors d’état de nuire le local de l’étape qui réussit à récupérer et même à donner l’impression, illusoire, d’être entreprenant. Néanmoins, il ne pouvait rivaliser en terme d’efficacité avec Nino One, lequel accentuait son avance à partir du huitième round, accélérant quand il le fallait, histoire de continuer de se faire respecter. Il conservait les commandes des opérations. Pour cela, la recette était simple, oserait-on écrire : acculer son adversaire dans un petit périmètre, le cadrer et lui faire souffrir le martyr en travaillant en séries. Au demeurant, même si sa domination ne souffrait pas la moindre contestation, il ne parvenait pas à enchaîner durablement pour pousser le Japonais au bord du précipice.

©Sumio Yamada

Dans les trois derniers opus, Nordine Oubaali accepta en outre d’inverser les rôles et de boxer en tournant pour gérer les assauts de l’ami Inoue qui procédait contre nature en battant bagarreur qu’il n’est pas. Il n’empêche, à quelques secondes de l’ultime coup de gong, le Français chancela sur une succession de droites dont l’effet tint davantage à leur succession qu’à la dureté de leur impact. Il causa, l’espace d’une poignée de secondes, une frayeur abyssale à tout l’Hexagone avant de se ressaisir à l’heure où une victoire amplement méritée s’offrait à lui. « Je n’ai jamais été vraiment dans mon rythme », avoua-t-il immédiatement à son coin. C’est parfois un peu le sentiment que l’on a aussi eu. Mais quel panache et quel talent quand même !