Mehdi Mouhib comme un ouragan

Le 13 juillet, le Nordiste (19 v, 2 d) a créé la surprise en s’emparant de la ceinture de l’Union européenne des welters après s’en être allé battre par KO (4e) Yahya Tlaoutziti (18 v, 3 n, 5 d) qui boxait devant son public de Fontenay-sous-Bois.

Ce choc franco-français démarrait sur un rythme qui laissait d’emblée augurer un scénario abrégé. Plus facile à écrire après qu’avant, certes. Pour autant, la donne initiale de la confrontation portait en elle les germes d’une issue brutale. D’un côté, Mehdi Mouhib avançait lentement mais sûrement, de manière compacte, prêt à faire parler sa puissance. De l’autre, Yahya Tlaoutziti, loin de refuser l’affrontement, ne tirait pas tout le parti de son allonge supérieure en laissant venir son contradicteur mais prenait lui aussi le parti de passer à l’offensive. Cependant, il le faisait en étant moins campé sur ses appuis et donc en délivrant des coups moins appuyés. Surtout, il s’exposait systématiquement à force de négliger les moyens de défense tant en début qu’en sortie d’action. Une faille coupable, a fortiori lorsque l’on a une boxe aussi généreuse que la sienne et… un puncheur en face de soi. On sentait le Fontenaysien indéniablement enclin à bien faire et à forcer son destin en se montrant actif. Désireux de prendre les commandes des échanges, il était, dans le même temps, hésitant au moment d’opter pour la bonne distance, celle qui lui eut permis de marquer des points sans pour autant partir à l’abordage.

Du pain béni pour le Nordiste qui n’attendait que l’ouverture…. qu’il trouva au bout de deux minutes sur une droite plongeante qui envoya le Francilien au sol. Compté, ce dernier se relevait sans peine et repartait gaillardement  au front. Bis et triple repetita dans le deuxième opus, cette fois sur une gauche puis sur une droite derrière l’oreille. Là encore, le Val-de-Marnais, visiblement en excellente condition physique, se remettait prestement sur pied et, mieux, inversait immédiatement la vapeur. Formidable de courage et d’envie, c’est lui qui devenait subitement dominant en misant sur un débit de coups supérieur et une précision accrue. Au point que le visiteur faisait l’ascenseur et était contraint de tourner pour laisser passer l’orage. On crut la résurrection de Yahya Tlaoutziti durable à l’entame de la troisième reprise tant il était mû par les mêmes intentions, celle d’asseoir son emprise sans se découvrir. Jusqu’à ce qu’une nouvelle droite en contre encaissée de plein fouet sonne le glas de sa quête, l’arbitre arrêtant immédiatement les hostilités.

« Honnêtement, j’avais peur de Yahya Tlaoutziti »

« J’ai fait un combat tactique, expliquait le nouveau champion de l’Union européenne. J’ai été touché dans le deuxième et le troisième rounds. J’étais un peu dans le gaz et j’ ai écouté mes coachs. Ce sont eux qui m’ont mis dans le droit chemin. Ils m’ont dit de garder mes distances, de ne pas aller à la bagarre, de faire attention aux coups à la godille. Je remercie Mohamed Kani contre qui je me suis incliné en championnat de France. Cette défaite m’a en effet transformé. J’ai beaucoup appris de cet échec et d’abord qu’il faut que je sois beaucoup plus incisif et technique sur le ring. Je voulais absolument affronter Yahya qui, pour moi, est le meilleur champion de France de la catégorie de ces dernières années. C’était vraiment un défi à relever car, honnêtement, j’avais peur de lui. Je le remercie d’avoir accepté de me donner ma chance. Il a été un homme jusqu’au bout. A présent, j’aimerais que le Maire de Douai nous octroie les fonds pour défendre cette belle ceinture à domicile, ce dont je serais fier. »

Pour Mehdi Labdouni, coentraîneur avec son fils Rachid du vaincu, le premier voyage au tapis de son protégé a décidé de la suite. « Pourtant, les choses étaient bien engagées, soupire-t-il. Cela arrive… Parfois, Yahya s’oublie et ne lève pas assez les mains. C’est son défaut. Et quand il a touché Mehdi Mouhib, il n’a pas su finir alors que d’habitude, il y parvient. A mon sens, il a été un peu pris par l’enjeu. »