Les bons points de Tony Yoka

Le champion olympique de Rio (9 v) a été fidèle au rendez-vous. Le 27 novembre, à Nantes, il a remporté la première victoire de sa carrière… aux points (100-89, 100-89, 100-89), en dix reprises, aux dépens de l’Allemand Christian Hammer (25 v, 7d). Les deux protagonistes ont fait ce que l’on attendait d’eux. Ce qui donne un sens et de la valeur au succès du Français.

On ne pourra pas reprocher au médaillé d’or de Rio d’avoir joint le geste à la parole. Sur Canal+, la chaîne qui diffuse ses prestations, il s’était livré à point d’étape sur l’avancée de sa Conquête, sur son degré de maturation pugilistique aussi : « Je sais que j’ai progressé. Le truc, c’est que le public ne le voit pas parce qu’il n’est pas là à l’entraînement, parce qu’il ne voit pas les sparrings. Je veux passer un niveau contre Hammer. Je me dis que si des mecs comme Povetkin et Ortiz ont fait dix ou douze rounds avec lui et que si moi, j’arrive à faire aussi bien, voire mieux, alors je vaux mieux que la dix-huitième place mondiale. » Soit. Un raisonnement d’une logique acceptable, le but de l’Yvelinois étant de flirter avec le Top dix ou douze planétaire d’ici la fin de l’année pour être légitime dans sa volonté de disputer des duels au sommet en 2021.

Sachant qu’un championnat de l’Union européenne est déjà programmé, normalement dès décembre, contre le Croate invaincu Peter Milas (15 v). Avant de monter sur le ring de l’H Arena, la tête d’affiche de la soirée avait pertinemment conscience qu’il lui fallait ne pas mettre la charrue avant le bœuf d’origine roumaine – Hammer a vu le jour sur les bords du Danube – ni se tromper d’objectif : « Dans ma tête, il n’y a que Christian Hammer. Si je me projette et que je me dis que je vais gagner en quelques rounds, je sais que c’est comme ça que l’on peut commettre des erreurs tactiques et se faire surprendre. J’ai ma stratégie. »

« J’avais besoin de me tester dans la dureté et dans la durée »

Dans le carré magique donc, le Francilien a été à la hauteur. Sous-entendre le contraire serait faire preuve de partialité, pire de malhonnêteté intellectuelle. Devant un rival retors et tordu, chargeant comme une mule, le plus souvent tête en avant, loin de tout académisme et enclin à balayer en revue scrupuleusement toute la panoplie des irrégularités, au point d’être sanctionné d’un avertissement dans le sixième opus pour avoir frappé après le coup de gong, Tony Yoka a eu l’immense mérite de systématiquement chercher à boxer, de miser sur sa technique, sur son aisance gestuelle, le tout à distance, histoire de potentialiser son allonge supérieure. Il y a bien eu cet intermède, aux deux tiers de la confrontation, lorsqu’il a sciemment accepté le mano a mano de près pour essayer d’abréger les hostilités et prouver à ceux qui en doutent encore qu’il est, lui aussi, un véritable homme fort capable d’aller à la guerre et de prendre des risques devant des mastodontes. Pour le reste, l’élève de Virgil Hunter a livré une copie plus que probante, faite de droites à répétition, de directs et de jabs du bras avant, de pas de retrait et d’enchaînements ciselés. L’ensemble aurait pu être plus abondant. Cependant, on ne le blâmera pas de ne pas avoir fait encore mieux car la visée initiale était de faire ce qu’il avait à faire sans fioriture. Mission accomplie donc, sans que la chose ne prête à discussion, quand bien même quelques inévitables bémols peuvent être évoqués, en particulier des trous d’air défensifs sporadiques, synonyme de coups encaissés évitables.

J’avais expliqué que ce serait un adversaire qui allait me faire passer un cap. Je sens que c’est le cas.

Tony Yoka

Mais, encore une fois, rien qui ne vienne foncièrement assombrir le tableau. De quoi s’en féliciter au micro de Canal+ : « Je l’avais dit, Hammer est un adversaire avec lequel je sentais que nous ferions beaucoup de rounds. Il a tenu la distance devant Alexander Povetkin et Luis Ortiz. Ce n’est pas rien. Il faut partie de la crème des poids lourds même si l’on ne le connaît pas trop en France. Je suis content de ma performance. J’ai tenu les dix rounds et j’ai su contrôler quand il le fallait. Si ça avait été en douze, il serait peut-être tombé. Cela m’a fait du bien de faire dix rounds. Je sais que je tiens la distance physiquement. J’avais besoin de me tester dans la dureté et dans la durée. C’est quelqu’un qui pourrit le combat mais je suis resté concentré. J’avais expliqué que ce serait un adversaire qui allait me faire passer un cap. Je sens que c’est le cas. » Vrai.