La renaissance de Sofia Nabet

La Picarde (1 v) a réussi ses débuts chez les professionnelles en dominant aux points, à l’unanimité des juges (60-54, 60-53, 60-54), la Monténégrine Alexandra Ivanovic (1 n, 4 d), le 13 juillet, à Fontenay-sous-Bois. Mais plus que le résultat, c’est le cheminement qui l’a précédé et les perspectives d’avenir qui sont les plus importantes.

C’était donc un combat non d’initiation mais initiatique. Avec toute la symbolique, l’émotion et l’appréhension qui siéent à une première chez les rémunérées. La pugiliste de Chauny a déroulé sa partition avec application et vigilance sans se faire prier pour prendre l’initiative. Sa technique autant que sa puissance supérieures lui ont permis de rester maîtresse des débats et de les mener à sa guise sans prendre de risque susceptible de transformer la beauté du moment en cauchemar. Bien sûr, la prochaine fois, elle sera plus libérée et tentera davantage de choses.

Gageons surtout qu’elle arborera son sourire radieux qui illumine son visage. Quand bien même l’Axonaise a-t-elle une appréciation nuancée et lucide de sa prestation dans la Val-de-Marne : « Les sensations n’ont pas forcément été bonnes. Je suis une éternelle insatisfaite qui cherche la perfection. Cependant, retrouver cette adrénaline est extrêmement bénéfique. On voit qu’il s’agit d’un retour huit mois après une opération chirurgicale, en l’occurrence, une arthrodèse postérieure avec greffe osseuse dans le bas du dos. » Tout est dit quand on sait, pour faire simple, que cette intervention consiste à fusionner des vertèbres. Une option thérapeutique forcément lourde.

« On ne savait pas trop si j’aurais le feu vert pour revenir, raconte Sofia Nabet. Finalement, à force de persévérance et avec l’autorisation du chirurgien, je me suis lancée en me disant que si cela passait, c’est que le Phénix renaîtrait de ses cendres et que si cela ne passait pas, cela aurait été néanmoins bénéfique car je suis revenue d’une grave blessure qui m’a paralysée pendant un an, en 2011. Après mon titre de championne de France en 2017, la blessure m’a rattrapée. D’où le fait que je sois passée sur le billard, le 2 novembre dernier, avec l’aval du staff médical de l’Insep. »

Maïva Hamadouche, un exemple pour moi

Désormais, remise sur pied, Sofia Nabet entend bien croquer la vie et la boxe par les deux bouts en suivant un double cursus pugilistique, à la fois dans les rangs amateurs et professionnels. « Ce n’est pas une suite mais une étape supplémentaire. Je suis toujours en équipe de France et je prépare les Jeux de 2024, avec le collectif féminin senior, dans la catégorie des -60 kg. J’ai envie de faire comme Maïva Hamadouche qui est un exemple pour moi et, comme elle, de me qualifier pour les JO de Paris. En pros, le but est de passer prioritairement par le championnat de France puis, à terme, d’évoluer au niveau mondial. Parallèlement, je m’inscris dans le calendrier de l’équipe de France. Je vais notamment disputer les championnats de France amateurs et suivre le chemin de sélection dans l’espoir d’être retenue pour les Mondiaux. Il va me falloir m’adapter stratégiquement à chaque type de boxe. Ce n’est  pas facile mais cela donne envie d’y croire. »