Bonne rentrée pour Carlos Takam

Le 9 juillet, à Las Vegas, l’ex-challenger mondial des poids lourds (39 v, 1 n, 5 d) s’est montré convaincant pour battre aux points, à l’unanimité des jeunes (98-92, 97-93, 96-94), l’Américain Jerry Forrest (26 v, 4 d). En attendant des échéances avec davantage d’enjeu.

Désormais établi dans le Nevada après avoir signé avec le promoteur Joe DeGuardia, Carlos Takam aurait dû initialement en découdre avec un cador, le Colombien Oscar Rivas, et ce, le 14 juillet, toujours à Las Vegas, mais ce dernier a été contraint de déclarer forfait après s’être blessé au coude. Par ailleurs, l’Américain Jarrell Miller, qui était censé recevoir la réplique de Jerry Forrest, le 9 juillet, a subi un contrôle antidopage positif. L’occasion faisant les larrons, il ne restait plus qu’à opposer les deux pugilistes privés d’adversaire au dernier moment. Et voilà comment ce duel franco-américain a eu lieu, quasiment au pied levé, devant les caméras de la chaîne ESPN, ce qui n’est pas anodin dans une discipline où il est toujours de bon ton de se montrer.

Un travail de feintes constant et un jeu de jambes alerte

Visiblement en jambes, le Noiséen prenait les commandes dès le premier coup de gong libérateur avec le bras avant pour débroussailler le terrain, tantôt en direct, tantôt en jab avant de passer sa droite. Classique et simple mais efficace. Au point que son fausse garde de contradicteur, qui s’efforçait d’en faire de même mais avec moins de réussite, avait tendance à s’accrocher. Les débats se déroulaient sur un rythme honorable, a fortiori pour une reprise. A ce jeu-là, c’était néanmoins le Franco-Camerounais qui confortait sans guère de difficulté son avance. Même s’il peinait parfois à déclencher à la bonne distance, c’est lui qui touchait le plus souvent et le plus nettement. Jerry Forrest, lui, faisait mine d’être entreprenant et d’avancer mais sans véritablement se monter actif et incisif.

Même si les échanges étaient trop hachés pour que le spectacle soit de grande qualité, la prestation de Carlos Takam, visiblement affûté, était assez aboutie. Pourquoi ? Parce que lui seul veillait à enchaîner quelque peu, comme dans la sixième reprise. Ses remises étaient en outre nettement plus précises. Très mobile du buste, aussi bien dans les phases offensives que défensives, il faisait fréquemment reculer son contradicteur bien trop sténotypé pour le surprendre. Pourtant un juge ne lui donnait aucun round à partir du sixième… Comme si le fait de boxer parfois délibérément en contre signifiait qu’il était dominé. Erreur car c’est bel et bien lui qui trouvait fréquemment sa cible. Sans compter un travail de feintes constant, des esquives qui lui évitaient de s’exposer et un jeu de jambes alerte.

Un grand pudique… qui ne se défile jamais

Pour le reste, il eut été hors de propos, vu le contexte de déconfinement, d’attendre davantage des deux protagonistes qui, bien partis sur leur lancée, ont eu le mérite de ne pas lever le pied durant les dix rounds. Quelque peu émoussé physiquement sur la fin – on l’eut été à moins -, le natif de Douala encaissait des cross puissants et était touché à la pommette droite. Rien, cependant, qui l’empêchait de l’emporter fort logiquement. Si elles ne disent pas tout, les statistiques ne sont néanmoins pas anodines. Or, Carlos Takam avait fait mouche 106 fois sur les 455 coups (23 %) qu’il avait délivrés alors que son rival n’y était parvenu que 70 fois sur 321 tentatives (22 %).

Mais l’essentiel était ailleurs. On apprenait en effet que l’élève de Joseph Germain avait eu l’immense douleur de perdre son père une semaine auparavant. Il n’en avait rien dit car ce colosse est un grand pudique… qui ne se défile jamais.