Beaussire crucifié

Fidèle à lui-même, le Français (29 v, 1 n, 3 d) a payé cash les défauts de ses qualités en se faisant contrer d’entrée par le champion d’Europe des Moyens, l’Italien Matteo Signani (30 v, 3 n , 5 d), vainqueur par KO (2e). Le 10 octobre pourrait bien marquer la fin de sa carrière.

Le coup de gong libérateur lançait un duel dont la physionomie était quelque peu surprenante. En effet, si l’on s’attendait à ce que Maxime Beaussire lâche les chevaux d’emblée et exerce un pressing de tous les instants, on ne pensait pas que le tenant resterait en face sans être mis en danger, quitte à parfois reculer, et répliquerait avec autant de précision. En particulier avec son bras arrière qui trouvait le plus souvent l’oreille gauche du challenger.

C’est que le Normand, monté sur scène affublé de la panoplie du parfait Viking, avançait sans cesse mais, comme trop souvent, de manière désordonnée et en se découvrant. Son excès de générosité assurait certes le spectacle mais en augurait aussi la fin précoce. Et ce n’est pas là une facilité que de l’écrire rétrospectivement car il n’était besoin d’être grand clerc pour comprendre que pareil bras de fer initié sans véritable réflexion stratégique reviendrait trop ou tard à s’offrir en victime sacrificielle. Le Conquérant avait beau s’efforcer d’être digne de son patronyme, il partait à l’assaut sans la moindre réticence, sans la moindre précaution non plus.

Ce qui, à ce niveau et au regard de l’enjeu, s’avérait in fine incompréhensible pour ne pas dire suicidaire. Fonçant tête baissée, de surcroît victime des savants accrochages du visiteur, lequel n’hésitait pas à lui coincer le bras, il collait tellement son rival qu’il ne parvenait pas à exploiter sa puissance ni à le faire vaciller. A cela s’ajoutait une perméabilité défensive pour cause de mains trop basses, rarement relevées à temps en sortie d’échange ou en fin d’action. C’est d’ailleurs dans cette configuration que le Manchot se fit foudroyer par un crochet gauche au menton dans la deuxième reprise. Vaillant comme à son habitude, il tenta bien de se relever mais ses jambes ne le portaient plus vraiment et l’arbitre eut la sagesse d’arrêter là les frais.

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« J’ai plus de talent pour organiser que pour la boxe »

Dans les jours qui avaient précédé la confrontation, le natif de Saint-Lô avait répété dans la presse qu’il « n’avait aucune intention de changer son style ». Sans se muer en fin technicien, il eut été plus sage de le faire évoluer de manière conséquente. Le vaincu avait en outre annoncé qu’un échec serait sans doute synonyme de clap de fin. Il l’a laissé entendre après le verdict en se laissant toutefois le temps de la réflexion. Il envisage de se lancer dans l’organisation, d’abord en association avec son promoteur, Gérard Teysseron, puis en lui succédant une fois que ce dernier raccrochera. Il a également révélé avoir été touché à l’épaule droite dès le round initial, ce qui a mis à mal ses intentions tactiques.

« Cependant, je ne cherche aucune excuse et je n’en ai aucune, a admis Maxime Beaussire. Je suis triste car la ceinture, je la voulais, je la visualisais. C’est un échec. Le plan était de faire la guerre dès le début. La clef était de me servir de ma droite, de mettre des coups au corps et de remonter en uppercuts mais j’étais incapable de le faire à cause de cette blessure qui me faisait extrêmement mal. Matteo Signani a été très bon et je tiens vraiment à le féliciter. Si le combat s’était passé au mois de mars, je peux vous assurer qu’il aurait été différent mais il y a eu le virus, le confinement et j’ai été beaucoup moins prêt que j’aurais dû l’être. Je ne sais pas encore si, pour moi, cela va continuer ou si je vais m’arrêter là. Cela fait un petit moment que l’un et l’autre me trottent dans la tête. C’est très compliqué. J’ai toujours dit que je ne ferai pas de vieux os sur les rings. Je ne sais pas si je reviendrai. Si je ne le fais pas en tant que boxeur, je le ferai en tant qu’organisateur. Je pense que mon avenir est là car je fais ça très bien. J’ai plus de talent pour ça que pour la boxe. Je me dirige vers le fait d’aider Gérard Teysseron et de poursuivre avec lui jusqu’à ce qu’il décide de prendre sa retraite. »

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