Arsen Goulamirian à l’usure

Jusque-là peu à son aise, le Français (26 v) a dû attendre la deuxième partie du combat pour venir à bout, par abandon à l’appel de la dixième reprise, du subtil Moldave Constantin Bejenaru (14 v, 1 d) et ainsi conserver son titre de super champion du monde WBA des lourds-légers, le 28 décembre, à Marseille.

Le Père Noël a fini par passer mais s’est longtemps fait désirer sur le ring du Palais des Sports de la cité phocéenne. Pourtant, Arsen Goulamirian méritait bien quelques offrandes, lui qui avait passé tout le mois de décembre comme un ascète à bosser dur de l’autre côté de l’Atlantique pour être fin prêt à remettre sa ceinture en jeu en cette fin d’année. Soit seulement quarante-trois jours après en avoir fait de même à l’AccorHotels Arena de Paris devant l’Australien Kane Watts.

Le Français devrait d’ici peu obtenir un grand combat…

Un délai manifestement très pour ne pas dire trop court. Dès les premiers instants de la confrontation, on s’aperçut en effet que le natif d’Erevan n’était pas dans son assiette. A l’évidence en manque de jus, une bonne part des qualités qui font de lui l’un, voire le meilleur lourd-léger de la Planète lui faisaient cruellement défaut : sa vivacité, son explosivité, sa réactivité ou encore, sa mobilité tant du buste que des jambes. Seuls son cardio et sa puissance ne l’avaient pas abandonné en rase campagne mais ils ne l’empêchaient pas de s’offrir en cible récurrente au challenger qui appliquait à la lettre la stratégie annoncée. A savoir engager une véritable jeu d’échecs mêlant savamment sens du (dé-)placement et coups ciselés, le plus souvent à la face. Plus petit, le Moldave n’avait d’autre solution que de casser la distance mais il le faisait avec intelligence. En clair, en misant sur sa vitesse de bras pour enchaîner en même temps qu’il avançait et non pas une fois qu’il était sur le Tricolore. Lequel était rapidement marqué à la pommette droite et à l’arcade sourcilière gauche mais également gêné par la fausse garde de son rival qui passait à satiété ses gauches.

Et le visiteur s’effondra physiquement tel un château de cartes

Le champion ne parvenait pas à cadrer son opposant, même en tentant de l’enfermer dans les cordes, et, pire, se faisait parfois contrer, Constantin Bejenaru déclenchant le premier sans, d’ailleurs, négliger le travail au corps. Les premiers opus étaient à l’avantage de ce dernier, en avance au pointage, jusqu’à ce que le visiteur ne s’effondre physiquement, tel un château de cartes, dans la sixième.

Comme par enchantement, Feroz se mit alors à accélérer et à combiner avec une précision chirurgicale. Son pressing et ses lourdes droites tuaient dans l’œuf les velléités de son adversaire contraint d’encaisser et donc, fort logiquement, de reculer. Dans la septième, Constantin Bejenaru, touché, tombait les deux genoux à terre mais n’était pas compté par l’arbitre qui considérait qu’il avait glissé et qu’Arsen Goulamirian s’était un peu trop appuyé sur lui. Finalement, le glas sonna dans le neuvième round sur un crochet gauche synonyme de voyage de tapis. Martelé de toutes parts, le Moldave, en mode survie, renonça ensuite à retourner au front à l’issue d’une minute de repos insuffisante pour lui permettre de récupérer.

« J’ai du mal avec les gauchers, admettait le tenant au micro de Canal+. Je n’arrivais pas à trouver la position pour frapper comme je le sentais. Je n’étais pas à l’aise avec mes crochets. Comme il bougeait beaucoup, qu’il était rapide et réactif, il m’a gêné. J’étais également fatigué par mon précédent combat. Je ne me sentais pas bien mais l’essentiel, c’est la victoire. » Et les perspectives qu’elle augure.