Anderson Prestot comme un lion en cage

Le Français (24 v, 2 d) disputera, ce vendredi, devant son public de Massy, le premier championnat d’Europe de sa carrière. Avec l’ambition raisonnable de détrôner l’Italien Matteo Signani (31 v, 3 n, 5 d), détenteur de la ceinture EBU des moyens. A condition de s’y prendre comme il convient.

Histoire de planter le décor, l’icône de la communauté des gens du voyage avoue, en préambule, avoir le feu en lui et être mû par la rage. « Déjà parce qu’il y a l’âge, explique-t-il. Je n’ai plus beaucoup de temps devant moi. Je suis donc forcément devenu plus méchant. J’ai envie de prouver à tout le monde que je peux le faire et viser plus haut. » Avant de raccrocher les gants et de vivre pleinement : « J’ai 31 ans et je n’aspire pas à boxer jusqu’à 35 ans même si je gagne ce championnat d’Europe et que je deviens, par la suite, champion du monde, prévient l’Essonnien. On sacrifie tout pour la boxe. Or, j’ai envie de vivre avec mes enfants et de les entraîner. » Les chiens ne font pas chats…

« Je suis bien, serein et vraiment confiant »

Pas besoin d’être devin pour esquisser le plan de bataille : y aller en force avec… intelligence. « L’Italien, je vais le boxer et voir, dans le premier round, comment il encaisse mes coups, détaille le Francilien. Si je m’aperçois que je lui fais mal, je le finirai tout de suite ; si je vois qu’il les prend bien, je serai prêt pour douze rounds, pour l’avoir à l’usure même si, dans ce cas, il ne pourra pas encaisser pendant plus de huit reprises. J’ai envie de l’éteindre. Je ne le vois pas finir. » Soit mais en procédant en bon ordre. De son propre aveu, l’intéressé a, au demeurant, conscience qu’il lui faudra réfréner ses ardeurs. « Le plus dur sera de boxer quelque peu contre nature et de gérer », sourit-il. L’idée est également d’utiliser le bras avant pour tâter le terrain, en clair, de soigner les approches et d’en découdre à distance en évitant les corps à corps. Surtout que le Transalpin est réputé pour être doté d’une bonne dose de vice pugilistique et d’un style qui prend quelques libertés fragrante avec l’académisme. Ce qui n’effraie nullement Ladoune, pour les intimes : « J’ai boxé plein d’étrangers, lesquels sont là pour pourrir les débats, rappelle-t-il. Ils s’accrochent et ne veulent pas tomber. »

Reste que depuis l’annulation de la première confrontation entre les deux hommes, en mars dernier, pour cause de rage de dent de l’Azzuri, le Tricolore a mis tous les atouts de son côté sous la houlette de son entraîneur, Joseph Germain : « J’ai pris une quinzaine de jours de repos et dès que l’on m’a communiqué la date officielle du combat, je me suis remis au travail raconte-t-il. Cela m’a permis d’être plus fort physiquement. J’ai continué à bosser les mêmes choses sur lesquelles nous avions déjà mis l’accent. En l’occurrence, les moyens de défense et éviter les coups de tête de l’Italien. Joseph m’a appris à me canaliser et à moins aller à la guerre. Je suis bien, serein et vraiment confiant. Je n’ai plus d’appréhension en ce qui concerne mes anciennes blessures à l’épaule. »

« L’émotion ça ne peut me rendre que plus fort »

L’ennemi invisible serait-il, finalement, l’émotion, celle susceptible de submerger le Massicois à l’heure d’enjamber les cordes du ring, ne serait-ce qu’en pensant à ce paternel auquel il voue un amour fou  ? « Non, pas du tout, ça ne peut me rendre que plus fort, assure-t-il. Cela va me galvaniser et non me faire perdre mes moyens même s’il faudra que je fasse attention à ne pas démarrer pied au plancher. »

L’homme sait aussi qu’il joue son ultime carte, qu’en cas d’échec, il tirera sa révérence. « C’est ma dernière chance, c’est un quitte ou double assène-t-il. Néanmoins, je ne pense pas du tout à arrêter car, comme à chaque fois que j’affronte un adversaire, je ne songe pas à la défaite. Si elle doit arriver, j’en tirerai les conséquences mais je ne l’envisage pas. » Il n’est pas le seul.