L’heure de vérité pour Victoire Piteau

La Française (9 v, 1 d) tentera, ce samedi, devant son public de Saint-Maur, de relever le défi le plus ardu de sa carrière, en l’occurrence un championnat du monde WBC silver des super-légères. Elle trouvera sur sa route la solide Mexicaine Magali Rodriguez Lopez (20 v, 2 d, 6 n). Un challenge passionnant.

La question qui vient à l’esprit sonne comme une évidence : n’est-il pas prématuré, à vingt-trois printemps, de voir aussi grand sans être, par exemple, préalablement passé par la case européenne ? Assurément non, pour Sébastien Piteau, tout à la fois père et entraîneur. « Jusqu’ici, Victoire a réalisé un bon parcours, insiste-t-il. Là, il s’agit d’un vrai test. Après ce combat, on verra si elle est mesure d’avoir d’autres ambitions et de viser beaucoup plus haut. Mais il faut savoir avancer. Victoire est passée professionnelle en 2019, à dix-neuf ans. Ce choix a été beaucoup critiqué. Nous avons pris un risque. Nous l’avons assumé et je pense que nous avons plutôt réussi. Elle a, en effet, été deux fois championne de France des super-plumes et a remporté le ceinture WBC francophone des légères. Pour moi, cette échéance ne vient pas trop tôt dans la mesure où Victoire a une grosse expérience internationale en amateurs. C’est quelqu’un qui est un peu regardé parce que ce n’est pas anodin de se retrouver à disputer une demi-finale mondiale à vingt-trois ans. Mais pourquoi s’interdire les choses ? Il n’y a que ceux qui ne tentent rien qui ne se plantent pas. »

D’autant que la Tricolore a, selon son paternel, sensiblement étoffé son bagage pugilistique : « Même si elle n’a plus combattu depuis dix mois, nous en avons profité pour beaucoup travailler et inclure davantage de variété dans sa boxe, en particulier en alternant les zones de frappe, au corps et à la face, ce que Victoire n’était pas forcément capable de faire auparavant. De même, elle se remobilise beaucoup mieux après ses attaques et est donc moins vulnérable. Certes, tout n’est pas parfait et nous ne sommes pas encore sur le toit du monde mais elle a fait de gros progrès qu’il lui faudra retranscrire sur le ring. »

« La première fois que Victoire ne se met pas en difficulté pour faire le poids »

Pour cela, le plan de bataille est fin prêt : « Magali Rodriguez Lopez, c’est du latino, c’est guerrier avec une boxe assez agressive, suggère Sébastien Piteau. La Mexicaine est extrêmement physique et délivre principalement des coups circulaires et non, j’insiste, des coups à la volée dans la mesure où elle ne se jette pas. En revanche, elle met vraiment la pression pour détruire son adversaire mais de manière construite. Il faudra au maximum éviter de travailler de près, à mi-distance d’autant que sincèrement, Victoire me semble plus rapide et supérieure techniquement. Elle possède, en outre, des moyens de défense plus développés. Dès lors, le but est qu’elle boxe bien en ligne et à distance pour mettre en difficulté Magali Rodriguez Lopez. »

Et pourquoi tenter l’aventure en super-légères ? « C’est un choix de notre part, assume Sébastien Piteau. Il faut relativiser les choses. Victoire mesure 1,70 mètre, ce qui est très grand en super-plumes. Elle est passée pro extrêmement jeune et n’avait pas encore son corps d’adulte. Son évolution morphologique n’était pas achevée. Je ne l’ai jamais vue aussi forte qu’aujourd’hui car c’est la première fois qu’elle ne se met pas en difficulté pour faire le poids. Sachant que nous n’excluons pas, à l’avenir, de faire l’effort de redescendre en légères si l’enjeu sportif en vaut la peine. » Celui qui s’annonce est, en tout cas, indiscutable.