L'ancien champion Brahim Asloum revient pour nous sur l'aventure olympique des boxeurs français aux Jeux de Rio.

Symbolisé par Tony Yoka et Estelle Mossely savourant leurs médailles d'or enlacés dans le drapeau tricolore, le triomphe des boxeurs a été le temps fort du sport français pendant les derniers jeux Olympiques de Rio. Avec six médailles (deux d'or, deux d'argent, deux de bronze), sept millions de téléspectateurs pour la finale de Tony Yoka, 5,5 millions pour celle d'Estelle Mossely… la boxe tricolore a pulvérisé les records, y compris pour le nombre de licenciés : + 14,4 % par rapport à l'an dernier, soit près de 55.000 licenciés dont 6.864 femmes).

S'il en est un qui savoure ce succès en forme de résurrection, c'est bien Brahim Asloum. Il a fait vivre avec passion les exploits de Rio aux téléspectateurs de France Télévisions. Dirigeant, serviteur passionné du noble art, le médaillé d'or de Sydney était présent à Paris, fin octobre, pour l'hommage rendu à la « team solide »… qui doit sans doute un peu de sa réussite à cet inlassable défenseur de la boxe et des boxeurs.
« Un travail de fond ou une génération exceptionnelle, à quoi attribuez-vous d'abord le succès des boxeurs français à Rio ?
Brahim Asloum : Je dirais que c'est un amalgame très réussi entre les deux. Les boxeuses et les boxeurs ont été placés dans les conditions les meilleures possibles pour préparer ces Jeux, grâce à une équipe d'encadrement très performante. Il y a eu un outil de valeur mis à la disposition de l'équipe, c'est vrai, mais cette équipe a été formidable. Nos dix sélectionnés, et parmi eux nos six médaillés, ont été plus qu'à la hauteur de ce que l'on attendait d'eux. Sur le ring, et en dehors.
- Y avait-il une « communication » préparée, pour donner la meilleure image possible de la boxe ?
- Lorsque l'on porte les couleurs de l'équipe de France, on porte aussi une responsabilité, à laquelle les athlètes sélectionnés sont évidemment sensibilisés. Mais je peux vous dire que tout ce que l'on a vu sur France Télévisions après les combats, ces déclarations très lucides, très belles, ces moments de fraternité, dont certains que j'ai partagés avec eux… tout cela était parfaitement spontané. Nos champions m'ont ému aux larmes, parce qu'ils sont tout simplement des garçons et des filles formidables.
- Cette belle mentalité affichée est-elle un élément du regain d'intérêt pour la boxe en France, notamment l'accroissement du nombre des licenciés ?
Tout à fait. La boxe est un beau sport qui s'adresse à toute la jeunesse, à la condition de montrer qu'il ne s'agit pas d'un sport de brutes. Tous nos boxeurs ont été à la hauteur sur ce plan. Souleymane, Sofiane, Mathieu, Sarah, Estelle, Tony… ils ont été exemplaires, jusque sur le plan de la citoyenneté. Dans les temps que nous traversons, c'était particulièrement important.

- Il y a quelques mois, vous dénonciez le manque d'aides octroyées à la boxe. Est-ce toujours le cas ?
- Oui, j'affirme que l'on a ramené le meilleur bilan olympique de toute la délégation française en se débrouillant avec trois bouts de ficelles ! Si on doit saluer la qualité humaine de l'encadrement fédéral, force est de constater que les moyens matériels sont trop souvent insuffisants. Je ne dis pas que la boxe doit être aidée plus qu'un autre sport, mais je dis qu'elle a aujourd'hui une place importante dans le mouvement sportif, qui doit être défendue. Je considère aussi que, dans certains quartiers où des enfants de la République risquent de se perdre, la boxe peut être une réponse et un outil pour éviter les dérives. Ce n'est pas la seule réponse certes, mais elle mérite d'être encouragée.
- Il y a six ans, vous lanciez une équipe en franchise, Paris United, engagée dans un championnat. Estimez-vous que l'on récolte aussi les fruits de ce travail aujourd'hui ?
- Je pense en effet qu'avec Paris United, on était dans le vrai. Pour progresser, les boxeurs doivent avoir des combats crédibles, dans un championnat de haut niveau qui leur permet de monter en puissance, tout en cultivant l'esprit d'équipe. Aujourd'hui, personne ne le conteste. En cela, c'est vrai, je suis assez fier d'avoir initié cette aventure avec Paris United.
- On l'a vu à Rio, les barrières tombent entre la boxe professionnelle et amateur. Est-ce une bonne chose selon vous ?
- Oui, cela va permettre à la discipline de gagner en lisibilité. En termes de niveau, on l'a vu à Rio, les différences n'existent plus. Le tournoi olympique gagne en qualité et en intérêt pour le public. Je suis certain que nous aurons encore un très beau tournoi de boxe à Tokyo, en 2020. Et que nos boxeurs répondront présents ! »
Entretien : Éric Richard
Source : La Nouvelle République
Crédit images - AIBA - Karim de la Plaine

