Tony Yoka, Le Professionnel

Le médaillé d’or de Rio (11 v) n’a pas confondu vitesse et précipitation pour vaincre avant la limite (KO 7e) le Croate Petar Milas (15 v, 1 d), le 10 septembre, à Roland-Garros. Une répétition générale satisfaisante avant de viser le titre continental à la fin de l’année.

Le Français prenait illico presto les commandes mais avec la prudence qui seyait au scénario qui lui était proposé : triompher avec la manière en trouvant la faille et en évitant le contre fatal. C’est donc lui qui occupait logiquement le centre du ring et son vis-à-vis qui se déplaçait dans tous les sens. Le champion olympique distillait son jab et son direct, qu’il ne se privait pas, au demeurant, de doubler, voire de tripler mais il veillait plus que tout à ne pas se découvrir. Il avançait à petits pas, les mains hautes, ne lésinant pas sur les rotations du buste.

Pas besoin d’être grand clerc pour comprendre qu’il cherchait davantage l’ouverture ciselée qu’à laminer son rival en allant au baston. En résultaient des échanges assez parcimonieux à l’avantage du Tricolore. Car si le visiteur s’efforçait de répliquer par des coups secs en séries des deux mains, soient ceux-ci étaient bloqués, soient ils trouvaient fréquemment le vide. Plus fluide et plus rapide de bras, les enchaînements les plus tranchants, les plus élaborés aussi étaient à mettre à l’actif de l’Yvelinois, en particulier en fin de round, histoire de laisser la meilleure impression.

C’était le Croate qui résistait et le Frenchie qui prenait l’initiative

Néanmoins, Petar Milas, sa bougeotte et son art de prendre ses distances à bon escient causaient quelques soucis à la belle mécanique francilienne en lui offrant peu de prise. Tony Yoka peinait en effet à toucher à satiété le natif de Split. Loin d’être franchement malmené, ce dernier encaissait stoïquement quand il était pris en défaut et en redemandait même en faisant signe à son opposant de tenter encore sa chance. En somme, il composait sa partition en faisant avec ce qu’il avait en magasin et c’était là son mérite. Moins fort physiquement, il avait l’intelligence de s’épargner soigneusement tout bras de fer, quitte à tourner à en donner le tournis. En outre, à la longue, ses remises énergiques devenaient prévisibles car toujours en ligne sans jamais désaxer. Bref, il ne fallait pas s’y tromper : c’était le Croate qui résistait et le Frenchie qui prenait l’initiative en variant opportunément les zones de frappe.

Cependant, les reprises se succédaient sans le grand emballement tant attendu. Protégé derrière sa garde, l’élève de Virgil Hunter, le plus entreprenant dans le carré magique, revenait sans cesse à la charge et parvenait à ses fins dans le septième opus. Une première gauche à la tempe sonnait son adversaire qui allait au tapis sur la droite qui suivait. Remis sur pied, il cédait, cette fois pour de bon, après avoir été durement laminé au corps.

« Cela donne des envies de revenir et de faire les JO ici »

Un succès expéditif aux allures de soulagement pour le héros de la soirée : « J’ai pris mon mal en patience. Il fallait attendre. Petar Milas est un boxeur qui a d’énormes qualités. Je savais qu’il allait démarrer fort et attaquer par intermittence, qu’il est rapide et qu’il ne serait pas facile de le cadrer. D’ailleurs, cela s’est vu. Il fallait donc que je joue sur mes qualités. J’ai également été très prudent défensivement car cela faisait six mois que je n’avais pas boxé. Dans ces cas-là, il y a quelques automatismes qui se perdent. Surtout, cela faisait un an que je n’avais pas boxé devant du public. Il y avait donc cette pression supplémentaire. Il y avait le Président de la République, du beau monde venu me voir et cet hommage à Monsieur Jean-Paul Belmondo. Pour toutes ces raisons, je n’avais pas envie de me louper. J’ai pris du plaisir dans la manière car j’ai construit ma victoire. La suite, ce sera, on l’espère un championnat d’Europe, le 17 décembre. On sait que l’Anglais Joe Joyce a refusé le combat et a laissé tomber sa ceinture. Je devrais être désigné cochallenger. »

En attendant un retour sous la bannière olympique dans la Ville lumière, en 2024 ? Ce n’est pas exclu : « Le tournoi de boxe aura lieu à Roland-Garros. Cela donne des envies de revenir et de faire les JO ici. Cela reste dans un coin dans ma tête. Pourquoi ne pas repartir avec de nouveaux gars et aussi avec cette Team Solide ? »