Samedi soir à Puiseux-Pontoise (95), Nadjib Mohammedi (43v-8d) a effectué une rentrée victorieuse en battant le Bulgare Borislav Zankov (14v-28d-1n) par arrêt de l’arbitre au 5eme round.

Pratiquement deux ans que l’ex challenger mondial des mi-lourds n’était plus apparu sur un ring en tant que combattant, une éternité pour ce stakhanoviste de l’entraînement, toujours à la recherche de la performance, que ce soit à la salle ou entre les cordes.

L’heure de la retraite n’est pas encore arrivée pour le Provençal, "beaucoup de gens pensent que je ne suis plus en activité car ils me voient plus dans mes activités de coaching qu’en train de m’occuper de moi ( rires) mais je m’entraîne toujours très bien et je suis bien encore un boxeur professionnel préparé pour combattre dés que l'occasion se présente" confie Nadjib Mohammedi.

Le déroulement du combat

"Le combat de samedi soir était une opportunité de renouer avec le ring, prendre du plaisir à boxer. Mon adversaire n’était pas un grand nom, on ne va pas se mentir mais il fallait être prudent et attentif car il pouvait être un peu dangereux avec ses gros coups donnés en se jetant. Il ne frappait pas mais comme il envoyait la tête en premier (sic), je n’avais pas envie d’une blessure. J’ai mis en place un petit rythme, l’objectif était de faire des rounds, j’aurais pu l’arrêter avant mais ce n’était pas le but essentiel, je voulais retrouver des repères et de bonnes sensations. Je l’ai bien touché au corps au 4eme round, puis à nouveau à la tête au 5eme, l’arbitre l’observait, le Bulgare commençait à être marqué et il l’a logiquement arrêté, c’est bien il a pensé à sa santé. Je suis relativement satisfait de ma prestation, je voulais tenter certaines choses comme les déplacements et des positionnements, cela a bien marché. Maintenant on a envie de reboxer rapidement, avec plus de résistance en face pour monter en puissance."

Prêt à combattre et un projet concret

"Je suis toujours prêt à répondre présent si on m’appelle et on m’a sollicité " poursuit l’ex multiple champion.   Le dernier boxeur que j’avais rencontré en 2019, c’était pour une ceinture, Ensuite c’est devenu compliqué, par deux fois, j’aurais du disputer une demi-finale mondiale IBF face à l'Allemand Adam Deines. Cela a d’abord capoté pour cause de Covid puis il m’a " planté " une seconde fois pour rencontrer le champion du Monde Artur Beterbiev."Je devais ensuite rencontrer un Russe le 22 juillet à Moscou , toujours pour une demie finale mondiale, au même programme que Murat Gassiev, malheureusement le boxeur a fait une chute de cheval et notre combat a été annulé. Je suis loin de la retraite, je sens que j’ai encore de belles choses à faire, je me donne encore quelques années avant de songer à raccrocher les gants. En parallèle de ma carrière pro, je suis en train de monter une salle privée du coté d’Aix En Provence, des sportifs pros se sont déjà déclarés intéressés pour intégrer mes sessions de préparation. J’ai des projets concrets et cela avance positivement."

L’Isérois d’adoption (4 v) est devenu champion de France professionnel des plumes en battant, par arrêt de l’arbitre (2e), Anthony Auffray (5 v, 1 n, 3 d), le 31 juillet, chez lui, à Bourgoin-Jallieu. Assurément un nouveau départ à vingt-quatre ans.

Le championnat de France

« Dans le premier round, je suis resté à distance et je n’ai quasiment pas pris de coups," raconte Jordan Rodriguez. "Dans le deuxième, je suis allé chercher Anthony en bas car je savais que c’était là qu’il était un peu fragile. Sur un uppercut au foie, il s’est plié et j’ai enchaîné par des séries corps-face. Dans la mesure où il était dans l’incapacité de répondre pendant une vingtaine secondes, il a été stoppé par l’arbitre. Comme il a la réputation d’avoir une frappe assez lourde, le but était de le maintenir à distance durant les reprises initiales et, ensuite, de délivrer des coups puissants tout en variant mes attaques. »

Les JO de Tokyo

« La frustration de ne pas être allé aux Jeux de Tokyo est passée depuis un moment. J’étais en concurrence avec Samuel Kistohurry mais je me suis blessé. J’ai eu une élongation de grade 4 du tendon d’Achille et le syndrome de l’essuie-glace au niveau du TFL (muscle tenseur du fascia lata) du genou du droit. Cela a nécessité six mois de repos, de juillet à décembre 2019. En outre, je n’avais pas été performant avec l’équipe de France car j’avais plein de soucis en tête et j’étais confronté à des problèmes personnels et familiaux. Au final, j’avais logiquement perdu ma place et pris vingt-sept kilos. Puis, je me suis relancé en vue des Championnats de France amateurs  (CFA) 2020. Je suis redescendu à cinquante-sept kilos. J’ai remporté les CFA et terminé troisième d’un tournoi international mais, parallèlement, Samuel s’est qualifié au TQO de Londres… C’était mon destin. J’ai accepté la chose comme il se doit. A présent, j’ai tout réglé et je commence vraiment à reprendre du plaisir à boxer. Cela va bien. Je suis bien dans ma tête, je suis bien chez moi, je suis bien entouré. »

Le passage dans les rangs professionnels

« Le coronavirus a tout cassé et m’a contraint à rester inactif pendant près d’un an. J’ai signé ma première licencie pro au début année. Depuis, j’ai disputé quatre combats. C’est mon club, le Ring Berjallien, qui les organisés avec l’aide de mon matchmaker, Frank Haroche Horta. Actuellement, je suis en négociation avec un promoteur. Cela devrait se conclure en septembre prochain.

Je savais que la boxe pro pourrait me faire bien et me permettre de retrouver mes sensations. Même si j’ai effectué un travail d’assise et de puissance, je me suis efforcé de conserver un style amateur dans le sens où, sur le ring, je continue de beaucoup esquiver, de mettre du rythme et de la vitesse dans mes enchaînements et, parfois, de boxer les mains basses sur le coup d’œil. L’idée est d’avoir une boxe qui soit, si je puis dire, pour moitié amateur, et, pour moitié, professionnelle.

Par ailleurs, j’avais passé cinq ans en équipe de France, à l’Insep, et je voulais retourner chez moi, dans ma ville de Bourgoin, pour me ressourcer. Je m’épanouis vraiment en pros. J’ai, en outre, la chance d’avoir un staff qui est focalisé sur moi. Ici, j’ai mon coach, mon préparateur physique, mon kinésithérapeute… Mon entraîneur est toujours Papou Ouajif qui est mon père spirituel. J’ai habité chez lui, il m’a éduqué… Nous avons une relation très fusionnelle. »

L’avenir

« Être champion de France professionnel était une étape obligatoire pour monter dans les classements mais aussi vis-à-vis du public. A présent, le but est de défendre ma ceinture au moins une fois et de faire un dix round et, ensuite, de passer à l’échelon supérieur si j’ai la possibilité de disputer une ceinture internationale francophone où le titre de l’Union européenne. Dans ma tête, j’ai le niveau pour ça. Même si, sur le plan technico-tactique, il y a toujours du travail, je me sens prêt.

Parallèlement, je suis en formation pour devenir cuisinier dans la restauration. Samuel Suissa, le Président de mon club, possède en effet plusieurs restaurants gastronomiques. J’ai ainsi la chance de bénéficier d’horaires aménagés afin de pouvoir préparer comme il faut chaque échéance sportive. »

Jordan Rodriguez (4v) est devenu champion de France des poids plumes en battant Anthony Auffray (5-3-1) par arrêt de l’arbitre au 2eme round hier à Bourgoin-Jallieu (38). Le titre national avait été laissé vacant par Christ Esabe.

Les deux boxeurs se sont observés quelques instants avant de passer à l’action. Le malouin, la garde haute, avançait en bougeant la tête, Jordan Rodriguez, les mains en bas, ne restait pas en face et il contenait son rival à distance avec son bras avant. Au second round, Rodriguez touchait en bas avec un pur crochet gauche, Auffray accusait le coup et il subissait une première rafale de coups qui le laissait sans réaction. Jordan Rodriguez insistait et il délivrait une nouvelle série des deux mains qui incitait Mr Dupas à stopper le combat.

Quatre combats professionnels encadraient le championnat de France

En poids super-welters, l’invaincu et prometteur Yanis Mehah (8v) passait un  test en rencontrant l’expérimenté et rugueux Bernard Follea (7v-11d-2n) pour son premier combat en huit rounds. Le jeune (23 ans) Mehah est parvenu à prendre le meilleur sur son ainé au terme d’un duel disputé. Victoire unanime pour les trois juges : 79-73, 79-73 et 77-73.

En poids coq, le multiple championne de France amateur, Delphine Mancini (3v) a largement battu aux points (60-54, 60,54, 60-54) la Slovaque Claudia Ferenczi (20v-80d-8n).

En poids moyens, Nizar Trimech (8v-1d) a battu par arrêt de l’arbitre au 2eme round Gary Mouhet (0v-1d) qui effectuait ses débuts dans les rangs professionnels.

En poids welter, Nassim Machouechi ( 2v) s’est imposé aux points par décision partagée(39-36, 39-36, 37-38) devant le nordiste Younes Mehidi (1v-1d).

Un sacré poids pesait sur les solides épaules du super-lourd (+91 kg) nordiste. De son résultat en quart de finale, face à l’Anglais Frazer Clarke, dépendait le fait que la boxe tricolore ne reparte pas fanny du Japon. L’arbitre a changé la donne en le disqualifiant abusivement. L’affaire n’en restera pas là

La pression et l’enjeu n’annihilaient en rien les velléités du fausse-garde tricolore qui démarrait comme il le fallait, avec son bras avant en guise de tête chercheuse et sa gauche pour porter l’estocade. Sans jamais se jeter ni se précipiter, sa vitesse gestuelle et sa précision lui permettaient de trouver la faille. Ses enchaînements étaient aussi impeccables qu’imparables pour le Britannique, lequel était littéralement dépassé. Une prestation remarquable toutefois légèrement ternie par deux bémols : un main gauche un peu basse qui l’exposait aux droites du sujet de Sa Gracieuse Majesté et, surtout, des chocs de têtes répétés, au point que Frazer Clarke était ouvert à l’arcade sourcilière gauche à la fin du premier opus attribué de justesse (3-2) au Français. On se demande comment deux juges ont pu voir ce dernier perdant…

Une discussion en coulisses, hors du champ des caméras

Dans le round suivant, le pugiliste de Ronchin, toujours aussi volontaire, continuait à imposer un rythme élevé aux débats même si, à cause de moyens de défense parfois un peu négligés, il se faisait contrer par deux fois. Cependant, pas de doute, il rendait une copie probante, tant à distance que de près où ses séries des deux mains au visage déstabilisaient son rival. Qui, en quête du moment opportun pour déclencher, venait souvent s’empaler sur Mourad Aliev avec, à la clef, ce qui est classique lors d’un duel mettant aux prises un gaucher et un droitier, des crânes qui se télescopent. La responsabilité étant, a minima, imputable aux deux protagonistes. Sauf aux yeux de l’arbitre qui, à quatre secondes du terme de la seconde reprise, décernait un avertissement au Tricolore et, dans la foulée, le disqualifiait purement et simplement, le jugeant unique coupable de la chose, son adversaire ayant été, entre temps, blessé aux deux yeux.

Fou de rage, on le serait à moins, le récent vainqueur du TQO de Villebon hurlait son désespoir, criait au vol - « C'est injuste, tout le monde a vu que j'ai gagné » - et, en guise de protestation, refusait de descendre du ring de longues minutes durant. Il s’y résolvait finalement lorsque des membres du CIO proposaient au staff de l’équipe de France de discuter de l’affaire en coulisses, hors du champ des caméras.

« L’Anglais a été coupé sur des coups de poing réguliers et non de tête »

« L’Anglais a été coupé sur des coups de poing réguliers et non de tête. Mourad a donc écopé d’un avertissement totalement injustifié, insiste John Dovi, manager général des équipes de France seniors masculines. En outre, l’arbitre n’a pas respecté la procédure : au lieu de donner un avertissement à Mourad, s’il estimait que ce dernier était fautif, puis de convoquer ensuite le médecin, il a fait l’inverse comme s’il s’agissait de légitimer sa sanction par un diagnostic ! Quand nous avons fait un setting, le superviseur de la compétition a revisionné le combat avec d’autres officiels. Il est revenu vers nous pour nous dire qu’il y avait effectivement eu une erreur arbitrage mais que, réglementairement, on ne pouvait pas changer le verdict. »

Lésé, Mourad Aliev ne décolérait pas au micro de France Télévisions : « C'est un scandale, c'est n'importe quoi. Ça veut dire que quelqu'un d'innocent, il (l’arbitre, N.D.L.R.) le condamne. Tout le monde sait qu'il est innocent mais il le condamne quand même. Je n'ai pas les mots, franchement. C'est pour ça que j'essaie de rester. Je me suis toujours battu contre les injustices et là, aujourd'hui, je subis une injustice. Tous mes entraîneurs, tous les supporters, tous les gens qui ont vu le combat savent que j'ai gagné. Je me suis fait voler. Vraiment, c'est un vol. C'est une décision vraiment arbitraire et je suis déçu. Il a été ouvert au premier round. Normalement, le règlement stipule que s'il y a un saignement, on arrête. L'arbitre, j'ai vu qu'il faisait des manières et là, j'ai su qu'il allait y avoir une entourloupe. Ça a continué. Au, deuxième round, je lui ouvre l'autre arcade. Là, il saigne à flots. Il arrête le combat et il me disqualifie. Je ne sais même pas pour quelle raison. Alors que ce sont mes poings qui ont fait ça. Ils parlent de valeurs de l'olympisme. Elles ne sont même pas respectées. C'est arbitraire. Il me dégage du ring, il me dit : « Tu perds. Allez, ciao, rentre dans ta chambre, va te laver, fais tes affaires, rentre chez toi. » Je rentre bredouille alors que j'aurais pu au moins ramener une médaille de bronze. »

Un recours auprès de la task force du CIO, voire du TAS

De quoi justifier le recours adressé par la Fédération française de boxe (FF Boxe) auprès de la task force du Comité international olympique (CIO) en charge de l’organisation du tournoi de boxe afin de ne pas léser Mourad Aliev, lequel aurait effectivement dû poursuivre son parcours dans la compétition et, ainsi, avoir l’assurance de figurer sur le podium. Si l’action de la FF Boxe venait à être rejetée, elle saisirait alors le Tribunal arbitral du sport (TAS). « Après m'être entretenu avec Madame Brigitte Henriques, Présidente du Comité national olympique et sportif français (CNOSF), et son prédécesseur, Denis Masseglia, nous déposerons cette réclamation que nous ferons suivre d'un communiqué en expliquant nos arguments qui s'appuient sur les règlements de la boxe amateur olympique. », explique Dominique Nato, Président de la FF Boxe. Et ce, donc, avec le concours logistique du CNOSF, a expliqué sa Présidente au micro de France Télévisions : « On est en train de constituer un dossier avec notre service juridique pour contester la décision et faire ce qui est en notre pouvoir. Le CNOSF travaille ardemment en espérant que l'on puisse faire bouger les choses. Ce n'est pas gagné mais Mourad a tout notre soutien. Qu’il sache que le CNOSF est mobilisé

 

La série noire continue pour les Bleus. Le Blagnacais (-52 kg) a été battu aux points, à l’unanimité des juges, par le Kazakh Saken Bibossinov, en huitième de finale. Un rival qu’il avait dominé en mars dernier… Ce n’est pas être mauvais perdant que de dire qu’encore une fois, le verdict interroge bigrement.

Le Haut-Garonnais entamait les hostilités de la meilleure des manières, de la sienne, oserait-on écrire. Face à un adversaire fausse garde qui avançait, il parvenait aussi bien à déclencher le premier qu’à remiser. A chaque fois, à sa distance, celle de ses longs et si agiles segments. Et dès que ses séries s’achevaient, il désaxait immédiatement pour ne pas subir les foudres de l’Asiatique, certes entreprenant, mais moins fluide et varié dans ses actions.

On se disait benoîtement que la machine était lancée sur de bons rails

A voir le Tricolore multiplier des combinaisons diverses alliant plusieurs zones de frappe, en somme, en le regardant à l’œuvre de toute sa classe, on se disait benoîtement que la machine était lancée sur de bons rails et qu’il suffisait de ne pas en dévier pour se faire une place en quart de finale. Que nenni ! L’annonce du pointage de l’opus initial - 4-1 en faveur de Saken Bibossinov - eut un effet dévastateur et laissait incrédule.

Alors qu’il était persuadé, comme beaucoup, d’avoir fait le nécessaire pour virer en tête, l’Occitan se retrouva subitement dans la position du chasseur et dut donc changer illico presto de stratégie. Son coin l’enjoignit d’ailleurs de durcir les échanges, d’en découdre de près et d’aller au baston dans l’espoir de refaire son retard. En vain car il s’exposait trop dans la deuxième reprise, les contres qu’il encaissait au visage supplantant ses offensives pourtant plus élaborées que celles de son contradicteur qui prenait soin s’accrocher à l’issue de la plupart de ses assauts. Soit.

« Nous ne demandons pas d’être protégés, simplement que l’on soit équitable »

Si bien dans le troisième épisode, les entraîneurs nationaux, conscients qu’il serait quasi-impossible de renverser la vapeur sur les bulletins des officiels, demandaient au médaillé de bronze mondial d’en finir avant la limite en s’appuyant sur sa droite. Il s’y employa et lâcha les chevaux en bon ordre, sans confondre vitesse et précipitation ni être brouillon. La rage au ventre, il attaquait sous tous les angles, inscrivant des touches nettes et sans bavure même si son opposant ne se privait pas de répliquer avec une intensité, une ampleur et une précision notoirement inférieures. Les débats n’étaient pas à sens unique mais menés à sa guise par Billal Bennama. Hélas, le sort en était jeté sans que l’on sache vraiment ce que l’infortuné Tricolore, en larmes tant il estimait le résultat en total décalage avec sa prestation, aurait dû produire pour connaître un sort favorable.

Manager général des équipes de France seniors masculines, John Dovi n’avait pas non plus la réponse : « Sincèrement, je ne comprends pas la décision. Nous sommes sous le choc. Nous ne demandons pas d’être protégés ni avantagés, simplement que l’on soit équitable. Billal gagne le premier et le troisième round. Quand on a vu qu’il avait perdu le premier, on s’est dit que c’était impensable. Cela a tout faussé dans la mesure où il a, dès lors, été obligé de gérer différemment et de modifier sa stratégie en allant à la castagne, ce qui, forcément, l’a contraint à se découvrir. Il a fait ce qu’il fallait faire et a écouté les consignes. »

En huitième de finale du tournoi olympique, le Toulousain (-63 kg) a été arrêté par l’arbitre, dans la deuxième reprise, face à l’Américain Keyshawn Davis, le même qui l’avait déjà battu, de justesse, aux derniers Mondiaux. Une décision que certains jugeront prématurée mais qui, à l’analyse, peut se justifier.

« Si je passe à côté, ce sera dramatique mais il faut savoir l’envisager. Quand on est prêt à gagner, il faut être prêt à perdre », déclarait, avec beaucoup de sagesse, le Haut-Garonnais avant de s’envoler pour le Pays du soleil levant. Mais jamais il n’aurait pensé être victime du scénario qui a cruellement mis fin à son rêve olympique tokyoïte.

Tout avait, au demeurant, moyennement commencé pour lui dans ce match mettant aux prises deux protagonistes extrêmement techniques, aux profils, somme toute, assez comparables. La confrontation promettait d’ailleurs d’être hautement tactique et de s’apparenter à une partie d’échecs indécise.

Les minutes initiales confirmaient ce que, finalement, l’on redoutait. Les duellistes se livraient avec une grande parcimonie et se jaugeaient l’essentiel du temps, le Français n’étant, pas plus que son vis-à-vis, en position de prendre véritablement l’ascendant et de faire la différence. Tout comme lui, l’Américain misait sur sa vitesse de bras et se limitait à des enchaînements de deux ou, au mieux, trois coups. Les actions abouties étaient, de part et d’autre, rares, les moyens de défense, en particulier les esquives d’école de Keyshawn Davis, générant des débats équilibrés mais fermés.

Et Sofiane Oumiha tituba l’espace d’une fraction de seconde…

Néanmoins, à ce jeu étriqué qui consistait à davantage boxer sur la faute de l’adversaire qu’à créer des brèches en passant franchement à l’offensive, c’est le pugiliste originaire de Virginie qui était donné vainqueur, par trois juges à deux, du premier opus. Sûrement parce qu’il avait marqué une maigre poignée de touches supplémentaires plus incisives.

Toujours est-il que ce retard au pointage contraignait l’Occitan à passer la surmultipliée dans la deuxième reprise et à accélérer. De fait, il se montrait beaucoup plus entreprenant et saignant, ses combinaison tranchantes, de près, faisant mouche. C’était sans compter sur son rival qui le guettait patiemment au coin du bois, sans jamais rester passif, et qui contrait le Tricolore d’une lourde droite au menton, au moment où l’on s’y attendait le moins. Sofiane Oumiha titubait l’espace d’une fraction de seconde, le regard quelque peu hagard pendant que l’arbitre le comptait debout. Il faisait signe à ce dernier qu’il était lucide et apte à repartir au front mais, visiblement, avec trop peu de conviction, le directeur du combat estimant que notre représentant n’avait pas retrouvé toutes ses facultés pour continuer à en découdre en toute sécurité. Il optait donc pour un choix lourd de conséquences, celui de le stopper au grand dam du vice-champion olympique de Rio et du camp tricolore.

« Mieux vaut arrêter trop tôt que trop tard »

A froid, la perception des événements était plus nuancée. « Sur le coup, nous n’avons pas compris mais Sofiane a vraiment été touché. Il n’y a pas de doute, admet John Dovi, manager général des équipes de France seniors masculines. De toute façon, peu importe, mieux vaut arrêter trop tôt que trop tard. Nous avions mis en place une tactique qui consistait soit à rester à distance pour ne pas s’exposer aux directs du bras avant de l’Américain, soit à travailler en séries à mi-distance. Ce n’était pas évident pour Sofiane. Même si cela le contraignait à boxer contre-nature, il a appliqué le game plan dans le second round en avançant et en étant plus actif. C’était beaucoup mieux et l’Américain reculait. Et puis, il y a eu cette droite malchanceuse que Keyshawn Davis a sortie quand il le fallait . C’est une question de timing. Ce n’est pas comme si Sofiane était tombé dans un piège devant un gros frappeur. Malheureusement, cela arrive. C’est le sport. »

Le super-lourd tricolore (+91 kg) a signé la première victoire française sur les rings nippons. Pour cela, il a effectué une entrée en matière très appliquée afin de battre à l’unanimité des juges (5-0), en huitième de finale, le solide mais limité Tadjik Siyovush Zukhrurov.

A l’arrivée sur le ring de Siyovush Zukhrurov, on se doutait déjà de la donne de la confrontation. Petit, trapu, pour ne pas dire grassouillet, le Tadjik n’avait d’autre solution que d’avancer sans cesse pour se coller et imposer un bras de fer de près forcément périlleux pour le Français qui, d’entrée, a tout bien fait pour éviter d’en arriver là. A cette fin, le fausse garde nordiste a donné autant qu’il le pouvait son bras avant, en jabs comme en directs, pour maintenir à distance son valeureux adversaire. Courageux, ce dernier ne renonçait point et chargeait droit devant mais de manière très simpliste et téléphonée, tête en avant, en balançant vainement des crochets des deux mains.

Vigilant, Mourad Aliev bloquait aisément ces assauts trop peu élaborés pour être susceptibles de le déstabiliser. Mieux, il remisait en uppercuts et en cross, alliant vitesse d’exécution et précision. Il avait surtout l’intelligence d’en découdre systématiquement sur les jambes, histoire d’empêcher son rival à la fois de le cadrer, de l’accrocher et de l’acculer dans les cordes. Très délié dans sa boxe, il se montrait actif tout au long des trois reprises sans jamais tomber dans la facilité et le relâchement, notamment en sortie d’action, lorsqu’il enchaînait immédiatement alors que son contradicteur cherchait vaille que vaille à récupérer. Bref, la tête de série numéro 4 du tournoi livrait une copie parfaite. En attestaient les injonctions de son coin - « encore ! » - tant sa prestation était d’excellente facture.

« Je suis ici pour gagner »

Il lui faudra la reproduire, dimanche, devant une vieille connaissance, le Britannique Frazer Clarke que le Tricolore avait aisément dominé, aux points (4-1), en finale du récent Tournoi de qualification olympique (TQO) européen de Villebon. En cas de succès, il sera assuré de monter sur le podium même s’il veut plus que ça. « Le but était de faire trois rounds pleins et de me préparer pour le prochain combat, expliquait-il au micro de France Télévisions. Tout a été respecté. Je suis très content. J’ai ouvert le bal et montré la voie à mes frères d’arme. Avec le staff, nous allons travailler en vue du match face à l’Anglais. Nous avons un game plan et je ferai tout pour l’appliquer. Ce sont mes premiers Jeux. Je n’ai donc pas connu les Jeux normaux (avec du public, N.D.L.R.). Pour moi, ce n’est que du bonus et du plaisir mais je suis ici pour gagner et non pas pour profiter du village. »

Un discours qui comble John Dovi, manager général des équipes de France seniors masculines : « Mourad a été tout en maîtrise. C’est très bien. L’emporter par KO au premier round ne l’aurait pas servi. L’important, c’est qu’il n’y ait pas eu de casse et qu’il ne se soit pas blessé. Je ne sais pas s’il a un ascendant psychologique sur Frazer Clarke mais il sera capable de répondre. Il faudra qu’il soit imperméable à la pression. Nous allons mettre en place une tactique. Tous les feux sont verts. Mourad est vraiment prêt tant psychologiquement que physiquement. »

Trois combats professionnels figuraient au programme de la réunion qui s'est déroulée vendredi aux arènes municipales de Boujan-Sur-Libron. Rappelons que lors du combat principal Bastien Ballesta a conservé sa ceinture WBC Francophone des poids plumes.

Dans le principal combat d'encadrement, le champion de France des poids super-coqs, Mike Esteves (8v-1d) a battu aux points (58-57 et 59-55, 55-59) Hamed Agbour (7v-3d-1n) . 

H. Agbour qui effectuait son retour sur les rings après quatre ans d'absence, a donné du fil à retordre au champion local lors du 1er round. Mobile et adroit avec son bras avant, Agbour a gêné Esteves qui a eu besoin de quelques reprises d'adaptation avant de prendre la mesure de son rival puis de le dominer.  

Le jeune (19 ans) poids super-légers Enzo Blanc (4v-0d a montré une étonnante maturité face au chevronné Jean Moraiti (18v-18d-4n) qu'il a largement battu aux points (60-54 trois fois) pour son premier combat disputé en six reprises. Le longiligne Enzo Blanc est parvenu à garder à distance l'imprévisible Moraiti et ses coups lancés à la godille. E. Blanc a construit sa victoire en variant les surfaces de frappe et en alternant le travail au corps et à la face. 

En poids plumes, Tony Kim Batreau (2v-0d-2n) a battu aux points (59-55, 58-56 et 58-57) Lucas Cabeo (4v-8d-3n) 

Le 24 juillet, à Agde, la Normande (2 v) a dû s’employer pour décrocher la ceinture nationale vacante des super-plumes et, pour cela, dominer, à l’issue d’une décision partagée (77-76, 75-77, 78-74), Anaëlle Angerville (1 v, 1 n, 1 d) qui lui a tenu la dragée haute.

La confrontation a été échevelée, la Rhônalpine n’ayant eu de cesse de jouer crânement sa chance en avançant et en cherchant le contact. « Les échanges ont été très engagés car Anaëlle étaient vraiment présente. Elle a joué le jeu, confirme Amina Zidani. Elle donnait énormément de coups même si tous ne touchaient pas forcément. Les débats ont été assez équilibrés. Selon moi, j’ai gagné grâce à ma gestion du match dans son ensemble. J’ai dominé techniquement tout en étant plus précise et en délivrant les touches les plus nettes. Je ne sais pas si j’en ai fait plus qu’elle mais je l’ai, à mon avis, mieux fait. A certains moments, je suis restée en face pour boxer à mi-distance tandis qu’à d’autres, je l’ai laissé venir pour la contrer ou j’ai tourné. J’ai adopté différentes stratégiques pour lui poser un maximum de problèmes. »

Crédit photos Marwen Farhat

Au final, la nouvelle championne de France a de quoi être satisfaite de sa prestation. « Je suis très contente d’autant que c’était une adversaire dure, assure-telle. Il faut être deux pour faire un beau combat et cela a été le cas. La préparation a payé. Je n’ai pas senti passer les huit rounds. La transition avec les professionnelles s’est déroulée comme je le souhaitais et même mieux que ce que je pensais car je l’appréhendais un peu. J’ai su bien m’adapter. Les choses sont venues assez simplement. Étant donné que j’ai des qualités en termes de vitesse gestuelle, je me contentais de ça en amateurs. En professionnelles, j’ai dû me forcer à appuyer davantage les coups et, au fur et à mesure, c’est venu assez naturellement. Si bien que c’est un style de boxe qui me convient parfaitement. Néanmoins, je vais encore insister sur la puissance et le fait d’être plus solide sur les appuis. »

« Défendre ma ceinture afin d’avoir le nombre de combats requis pour disputer un championnat d’Europe »

Et maintenant ? « Ce titre en pros est une fierté et une continuité au regard de ce que j’ai obtenu dans les rangs amateurs. C’est aussi une étape pour pouvoir prétendre à autre chose, répond la sociétaire du BAM L’Héritage et de la Don’t Panik Team. Il était indispensable d’être championne de France avant de viser plus haut. L’objectif était de l’être dès mes débuts pros mais cela n’avait pas pu se faire car nous n’avions pas trouvé d’adversaire. Ce n’est pas plus mal car cela m’a permis de tâter le terrain. A présent, le but est de défendre ma ceinture, ne serait-ce qu’afin d’avoir le nombre minimal de combats requis pour disputer un championnat d’Europe. J’aspire également à me qualifier pour les JO de Paris en 2024.Parallèlement, je vais donc poursuivre en équipe de France et participer aux tournois internationaux. J’espère ainsi être sélectionnée pour les prochains Mondiaux en -57 kilos.»

De son côté, Anaëlle Angerville serait « partante pour une revanche ». « Je suis forcément déçue du résultat, avoue-t-elle. Je laisse les gens qui ont vu le match en juger. Franchement, je ne saurais pas ce qu’il m’a manqué pour l’emporter…  Je me suis sentie très bien car venant du pieds-poings, nous avons fait un gros travail. Quand je vois ce que j’ai accompli, cela m’encourage énormément à continuer. Moi, j’affronte tout le monde. Je sais qu’Amina est la meilleure dans sa catégorie. A aucun moment, je n’ai hésité à la rencontrer. L’objectif est d’avoir une nouvelle chance nationale. » La protégée de Saber Bouzaiane le mérite sans nul doute.

Le 24 juillet, à Agde, la Francilienne (3 v) est devenue championne de France professionnelle des mouches en dominant aux points, à l’unanimité des juges (80-72, 79-73, 79-73), la valeureuse Mélanie Mercier (2 v, 1 n, 11 d). Une première étape franchie de manière probante qui en augure d’autres.

La confrontation s’est résumée à une opposition de styles. La Viennoise, qui était montée de catégorie pour la circonstance, a tenté de faire la différence en avançant sans cesse dans l’espoir que son pressing finisse par désorganiser la belle mécanique de sa rivale. Il n’en a rien été. La Val-d’Oisienne a en effet tiré tout le parti de son bagage pugilistique plus étoffé pour laisser venir à elle son opposante, la contrer et immédiatement désaxer. Dotée d’une allonge supérieure, elle ne s’est pas privée de donner à profusion son direct du bras avant mais aussi des uppercuts. Même s’il lui est arrivé d’occuper le centre du ring, elle a, pour l’essentiel, sciemment beaucoup reculé et tourné afin de travailler en contre-attaque, sa précision lui permettant de marquer les touches qu’il fallait et de creuser l’écart sur les bulletins des juges.

« Johanna une fille très douée qui a du niveau »

« Johanna a été au-dessus tout le combat, admet très sportivement Mélanie Mercier qui avait accepté de relever le défi quasiment au pied levé et n’avait eu qu’un peu moins de deux semaines pour se préparer à cette échéance. Chaque coup qu’elle délivrait passait. Le but était de ne pas la laisser imposer sa boxe car elle boxe vraiment très bien. Il m’a manqué de la technique et de l’entraînement. Il n’y a pas grand-chose à dire si ce n’est que c’est une fille très douée qui a du niveau. Je lui souhaite vraiment d’aller très loin car elle a du mérite. »

« Physiquement, nous n’avons toutes les deux rien lâché, ajoute Johanna Wonyou. C’était mon premier huit rounds et je ne savais pas ce que cela faisait. Je suis partie comme pour un 3x3 ou un 4x2, si bien que sur la fin, j’ai un peu tiré sur la machine et puisé dans mes réserves. Avec la fatigue, il a parfois été un peu difficile de contenir mon adversaire. »

« La ceinture nationale, c’est bien mais la ceinture européenne, c’est mieux »

Mélanie Mercier, dont c’était le cinquième échec pour une ceinture nationale, se donne jusqu’à la fin de l’année avant de décider si elle met un terme à sa carrière pas. D’ici là, elle aspire surtout à avoir l’opportunité de remonter sur le ring. Sa cadette, elle, a donc fait le choix, à vingt-et-un printemps, de passer professionnelle. Une décision confortée par la possibilité, parallèlement, de viser une participation aux prochains Jeux olympiques de Paris en 2024. « Pourquoi ne pas faire d’une pierre deux coups ? », sourit la sociétaire du BC de Garges qui aspire toujours à défendre les couleurs de la Patrie en équipe de France même si les prochains Mondiaux, à la rentrée, ne figurent pas parmi ses objectifs. Toujours est-il que la transition d’avec la boxe amateur s’est bien déroulée : « J’ai essayé de m’étoffer physiquement dans la mesure où il y a davantage de rounds tout en conservant mon explosivité. Pour l’instant, je ne ressens pas le fait d’avoir gagné en puissance et en force physique. Je n’ai pas encore suffisamment d’expérience pour l’affirmer. En fait, je n’ai pas forcément adopté le style pro car, à mon sens, il n’y a pas une boxe pro à assimiler en tant que telle mais plutôt une boxe qui soit la plus complète et la plus aboutie possibles. »

En attendant, ce premier titre national est, à ses yeux, « une petite fierté et un point de passage obligé afin de pouvoir viser plus haut. La ceinture nationale, c’est bien mais la ceinture européenne, c’est mieux. Je vais attendre les propositions et les opportunités qui s’offriront à moi. » En espérant qu’elles seront à la hauteur d’un talent qui ne demande qu’à continuer d’éclore.

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