Le Français s’est aisément défait (5-0) du Nigérian Abdul-Fawaz Aborode en huitième de finale des Mondiaux. Plus que le résultat, c’est la manière qui est prometteuse dans l’optique du podium.
Le Tricolore abordait le combat dans un style qui n’est pas franchement celui qu’on lui connaît habituellement. A savoir, boxer quasiment en styliste, les mains parfois basses pour faire déclencher son contradicteur et remiser en anticipant avant de désaxer et ou de reculer immédiatement. Le Girondin, en règle générale adepte du bras de fer dans lequel il excelle grâce à sa puissance, se révélait tout aussi à son aise dans cette configuration. Le buste sans cesse en mouvement pour effectuer soit des rotations, soit des retraits, délivrant des jabs et des uppercuts avant à profusion, il partait pour un cavalier seul plein de plein maestria.
Abdul-Fawaz Aborode tentait bien de durcir les échanges pour empêche le Bleu d’en découdre à sa guise. Sauf que dès que les débats duraient, la précision et la force physique de l’Aquitain, de même que sa plus grande variété technique, lui permettaient de prendre aisément le dessus. Et ce, d’autant que son rival partait de trop loin pour le cadrer et donc le toucher.
Bref, on assistait à une démonstration de Samuel Kistohurry qui n’avait guère à puiser dans son talent pour s’adjuger les trois rounds et faire le show dans le dernier opus en laissant délibérément venir son opposant pour mieux porter l’estocade après avoir sciemment consenti à être sur la défensive plus que de raison.
« Même s’il est tombé sur un boxeur qui n’a pas trop d’expérience, Samuel a pu revoir toutes ses gammes en alternant travail en puissance à mi-distance et de vitesse en mobilité, explique l’entraîneur national, Malik Bouziane. Il a emmagasiné de la confiance pour aborder son quart de finale dans les meilleures dispositions. »
Le Français s’est incliné (5-0) face à l’Italien Salvatore Cavallaro, en huitième de finale des Mondiaux. Malgré sa débauche d’énergie, il n’a pas trouvé la solution tactiquement.
Le Chartrain ne temporisait pas dès le coup de gong initial libérateur. Il prenait les devants et avançait en essayant de trouver la brèche. Sauf que le Transalpin ne lui en laissait guère le temps et répliquait avec une vitesse de bras supérieure qui lui faisait immédiatement retourner la situation à son avantage. En totale confiance, l’Azzuri variait les plaisirs en prenant lui aussi les devants. Et là encore, ses jaillissements faisaient merveille.
Le Français semblait quelque peu désemparé quant à la ligne de conduite à tenir. Il avait certes les mains bien hautes mais il restait trop en face de son rival, a fortiori en n’étant ni suffisamment mobile du buste ni suffisamment actif pour ne pas se faire surprendre et parfois reculer, quitte à s’exposer davantage. Et quand il passait aux choses sérieuses, il déclenchait de trop loin ou peinait à cadrer son opposant. Sans compter un déficit d’explosivité.
Conscient qu’il était mené, il accélérait dans la deuxième reprise mais tombait dans les mêmes écueils, Salvatore Cavallaro n’éprouvant guère de difficultés à lire ses intentions et à esquiver les crochets larges que le Bleu tentait de lui asséner. Au contraire, lorsque le Transalpin attaquait, son allonge supérieure s’avérait un précieux atout et était synonyme de touches que les juges comptabilisaient volontiers sur leurs bulletins.
Toujours aussi vaillant, Moreno Fendero ne se résignait cependant pas dans l’ultime opus mais en dépit de son entrain et de son courage, il ne donnait pas le sentiment d’avoir les armes pour inverser le cours des débats qui avaient déjà choisi leur vainqueur.
« L’Italien était sans doute moins dangereux mais il s’est montré beaucoup plus actif, mobile et précis, admet l’entraîneur national, Malik Bouziane. Pourtant, il était largement à la portée de Moreno qui, d’ailleurs, l’avait déjà battu. C’est d’autant plus frustrant. Cela s’est joué sur le plan mental car tout avait été fait en amont, que ce soient le travail à la leçon ou la formalisation des consignes. »
Un peu plus à son aise que lors de son premier combat de ces Mondiaux, le Français a dominé le Congolais Jerry Katamba Kabango (5-0), en huitième de finale. Mais il lui faudra être plus percutant au tour suivant pour monter sur le podium.
Face à un rival qui démarrait pied au plancher, parfois en se ruant tête en avant, le Toulousain faisait le choix judicieux de reculer et de tourner pour être en position de remiser sereinement et en bon ordre. Toutefois, il y parvenait mais de manière sporadique. A la fois de son fait parce qu’il ne réussissait pas à anticiper avec sa vivacité habituelle et donc à déclencher dans le temps ; mais aussi à cause de son contradicteur qui, très brouillon dans ses offensives, venait souvent s’empaler sur l’Occitan pour aussitôt passer les bras et s’accrocher. Ce qui avait pour effet de hacher les débats.
Néanmoins, le Tricolore arrivait à exploiter suffisamment son allonge et sa supériorité technique pour inscrire les touches les plus nettes. De quoi prendre l’avantage sur les bulletins des juges mais pas de quoi véritablement marquer les esprits. En effet, il avait trop tendance à se laisser embarquer dans des échanges guère académiques qui ne le mettaient pas vraiment en valeur. Ceci dit, il ne fallait pas s’y tromper, c’était bel et bien le Blagnaçais qui, en en décousant sur ses acquis, faisait logiquement la course en tête. Il était en effet le seul à désaxer, à esquiver et à contrer quand son adversaire ne misait quasiment que sur sa droite que, de surcroît, il délivrait à la godille, voire avec l’intérieur du poing.
La confrontation n’était pas franchement alléchante, Billal Bennama ayant du mal à se défaire de l’étreinte du Conglolais qui, certes, était très actif mais incapable de construire la moindre de ses offensives. Du pain béni pour le Français qui, même s’il éprouvait quelques problèmes de cadrage, se montrait le plus tranchant et le moins imprécis.
A la clef, une victoire indiscutable, les trois reprises lui étant attribuées. En revanche, la forme laissait à désirer, comme en convenait l’entraîneur national, Malik Bouziane : « On attend encore plus de Billal. Il n’a pas retrouvé tous ses repères. Il a manqué de timing, en somme de ce qui fait sa force en temps normal. En outre, quand il frappe, il manque d’appuis et, au lieu de travailler en uppercuts, il délivrait des crochets qui avaient tendance à arriver derrière la tête de Jerry Katamba Kabango. Ces coups ne partaient pas alors qu’il se sentait pourtant bien. »
Le Français s’est imposé par arrêt sur blessure à la main (3e) de l’Arménien Karen Tonakayan, en huitième de finale des Mondiaux. Un succès qui n’a pourtant rien d’étriqué dans la mesure où il avait, jusque-là, dominé les hostilités.
Le Toulousain est visiblement en passe de se retrouver après sa déconvenue olympique. Serein et sûr de ses qualités, il abordait le match de manière placide. Devant un adversaire râblé qui avançait sans cesse en ligne et sans génie créatif, il utilisait à bon escient son bras avant en première intention, tantôt en directs, tantôt en crochets. Le tout sans, bien sûr, négliger son bras arrière pour clore les échanges à son avantage.
L’Arménien n’avait rien d’extraordinaire ni d’imprévisible. Il travaillait en force, sans réellement rechercher à feinter ni à créer de l’incertitude. Néanmoins, le fait de miser exclusivement sur sa puissance lui permettait de toucher de rares fois le Tricolore derrière la tête en contournant la garde de ce dernier ou en exploitant un main droite un peu lente à remonter en sortie d’action. De surcroît, Sofiane Oumiha prenait trop souvent le risque de travailler dans le même temps que son opposant, ce qui, inévitablement, le contraignait à s’exposer.
Pour autant, il arrivait suffisamment à s’extraire des mano a mano pour remiser en cross et marquer de précieux points. Cependant, on pouvait regretter sa propension à trop accepter l’affrontement de près alors qu’on le sait si emballant à distance. Mais la chose était plus aisée à dire qu’à faire devant un contradicteur qui exerçait un pressing intense et continu. Victime de sa fougue, Karen Tonakayan se blessait d’ailleurs au poing droit à trente secondes du terme du duel. La douleur était si violente qu’elle le contraignait à abandonner le bras ballant.
« Sofiane a géré, convient l’entraîneur national, Malik Bouziane. Il a été un peu moins précis et en jambes parce qu’il a manqué de réactivité. Il a été plus dans l’attente mais globalement, sa prestation est satisfaisante. »
Le Français (10 v) a été à la hauteur de l’évènement pour relever le défi le plus important de sa jeune carrière. Le 30 octobre, aux Mureaux, il s’est emparé de la ceinture WBC francophone des plumes en dominant aux points, à l’unanimité des juges (99-91, 96-94, 100-90), le Mexicain Lamberto Macias (16 v, 1 n, 3 d).
Il faut toujours se méfier de l’eau qui dort. Le visiteur avait beau être taillé comme une allumette, passez-nous l’expression, il n’avait rien d’une victime expiatoire et était, au contraire, doté d’une boxe explosive, notamment sa droite qui sortait du bois au moment où l’on s’y attendait le moins. Au point qu’il fallait deux rounds pour que l’Yvelinois commence à entrer lentement mais sûrement dans le duel. Sa vitesse gestuelle, en particulier ses jabs et ses directs supersoniques qui annonçaient des uppercuts du même acabit ou des séries de crochets courts ciselés, lui permettait de marquer son territoire avec autorité.
Pour autant, le Mexicain ne s’en laissait pas compter et répliquait avec vigueur. Certes avec moins de classe et d’inspiration mais avec tout autant de volonté, cherchant coûte que coûte à conclure avec son bras arrière. « Reste calme et continue ton travail. Laisse le venir et avancer », enjoignait Abadila Hallab à son élève surdoué, lequel faisait la différence grâce à son évidente supériorité technique, à sa vista et à la précision de chacun de ses coups. « Magnifique petit ! C’est trop beau », l’encourageait son entraîneur et mentor.
Lamberto Macias ne lambinait pas et ne s’avouait pas pour autant vaincu. Il tentait bien d’imposer une pressing au Tricolore qui, même de près, faisait, là encore, montre de lucidité en esquivant et en répliquant dans le temps. Toutefois, le Latino demeurait dangereux jusqu’au bout par son imprévisibilité, son style atypique et ses combinassions jaillissantes. Prudent, ne se jetant pas, le Muriautin finissait en trombe avec des gestes qui attestaient d’une maturité pugilistique rarement vue pour son jeune âge (21 pas). « Tu nous a fait une master class », le félicitait Abadilla Hallab.
« Je me suis plutôt bien senti mais ça n’a pas été un combat facile, avouait le prodige de la catégorie. Il fallait être au-dessus techniquement et tactiquement. Mes perspectives pour la suite ? Je ne sais pas encore. Je pense que dans pas longtemps, nous irons chercher l’Europe. »
La Française (6 v) a brillé afin de conserver avec panache, le 30 octobre, aux Mureaux, son titre WBA continental des super-plumes. Pour cela, elle a dominé aux points, à l’unanimité des juges (99-90, 100-89, 98-91), la solide Vénézuélienne Ana Maria Lozano (20 v, 1 n, 11 d) qui compte cinq championnats du monde à son actif.
La locale entamait le duel comme il le fallait. Dominant son sujet et sereine, elle cherchait d’emblée à construire pour mieux combiner. Bien campée sur ses jambes, son jab et son direct du bras avant sans cesse en action, la fausse garde francilienne trouvait fréquemment l’ouverture avec son bras arrière, d’abord au corps puis au visage. Impressionnante de maîtrise, soignant systématiquement sa gestuelle et sa posture, elle livrait une copie très propre. Son entraîneur Abadila Hallab appréciait : « L’attitude est magnifique ! », s’exclamait-il.
Bien qu’ayant prestement pris l’ascendant, son élève ne s’emballait pas et jamais ne se jetait. Sa gauche, donnée tantôt les appuis bien campés au sol, tantôt en mouvement, faisait systématiquement mouche. Seul bémol, des mains légèrement basses qui, parfois, lui faisaient encaisser les coups lourds de la Sud-Américaine, laquelle recherchait exclusivement l’épreuve de force.
La Française s’offrait le luxe et le plaisir de l’accepter dans la quatrième reprise. Et là encore, c’est elle qui inscrivait les touches les plus nettes. Consciente que ce registre était tout de même aléatoire, elle reprenait le fil de son game plan qui privilégiait les enchaînements à distance. Cependant, dans la septième, la Vénézuélienne durcissait franchement les débats et se ruait à l’attaque. Rima Ayadi ne bronchait pas même si elle goûtait ponctuellement aux crochets et aux uppercuts de son opposante dans les échanges de près. Et, soudain, elle contrait la visiteuse d’une énième gauche en ligne. Cette dernière vacillait puis était envoyée au tapis de la même manière avant d’être sauvée in extremis par le gong.
D’une formidable résistance, Ana Maria Lozano repartait à l’assaut et initiait un à toi à moi qui n’était pas pour déplaire à la Tricolore. Elle montrait que dans ce domaine aussi, elle a désormais du répondant en ne reculant pas et en ne commettant aucune erreur sur le plan défensif. Une facette supplémentaire remarquable quand on sait que ce n’était là que son sixième combat. Sans aucun doute son plus beau par son intensité, la qualité palpitante des actions et la vaillance des deux protagonistes.
« Je voulais montrer que j’ai énormément progressé et que maintenant, je suis au niveau mondial », commentait, au micro de Fight Nation, l’héroïne de la soirée. « Nous sommes allé chercher une Sud-Américaine qui a été fidèle au style de ses compatriotes. Elle n’a rien lâché mais Rima a été à la hauteur de ce que j’attendais d’elle, se félicitait Abadila Hallab. Elle a livré une prestation presque parfaite. Donc, on continue. Rendez-vous en mars pour son championnat d’Europe. »
A l’issue d’un duel qui s’est résumé à une opposition de styles, le Français (11 v) a brillamment conservé, le 30 octobre, aux Mureaux, son titre WBA intercontinental des coqs. Et ce, en battant aux points, à l’unanimité des juges (98-92, 98-92, 96-94), le dur Nicaraguayen Ricardo Blandon (15 v, 4 d).
Le visiteur n’est pas du genre à faire dans la dentelle. Dès les premiers opus, ses coups délivrés avec la volonté évidente d’en finir prestement par KO claquaient. Rien qui n’impressionnait l’Yvelinois, lequel déployait sa boxe léchée et subtile, toujours bien pensée. Conscient qu’il n’est pas un puncheur, Spider était d’emblée le plus actif et inscrivait les touches qui comptaient. Sa technique aussi complète que flamboyante empêchait le Nicaraguayen de le cadrer et d’imposer sa puissance supérieure. Le Francilien proposait des combinaisons d’école, d’une extrême variété. Mobile, tant en ligne que latéralement, il offrait un spectacle d’une grande qualité.
« Reprends les feintes et martèle-le ! Range bien la tête et ne travaille pas en même temps que lui », lui conseillait son coach, Abadila Hallab. De fait, tout y passait et d’abord de splendides contres avec sa droite, le Nicaraguayen se jetant car frustré de ne pas réussir à cibler le Tricolore. Beaucoup plus limité sur le plan tactique, il ne trouvait pas la solution alors qu’Élie Konki s’en donnait à cœur joie avec ses jabs, ses cross et ses uppercuts. Sa rapidité gestuelle et sa vigilance défensive de chaque instant pour bloquer, esquiver ou accompagner les assauts, lui permettaient d’accepter sciemment le bras de fer dans le cinquième round. Et même là, c’est lui qui s’en sortait à son avantage.
Dans les sixième et septième reprises, le sociétaire du BAM L’Héritage donnait l’impression de vouloir quelque peu souffler. Sans cesse sur les jambes, il était légèrement moins actif dans ses répliques. Ce qui faisait dire à son coach que « les rounds, il faut les gagner ». Son élève s’y évertuait et mystifiait, par ses déplacements multidirectionnels, son adversaire qui se ruait et chargeait encore et encore. Ce qui le rendait ponctuellement dangereux et donc imprévisible en particulier quand il lâchait son crochet droit. Le tenant le savait et ne se laissait pas embringuer dans des actions périlleuses car incertaines. Il soignait systématiquement ses sorties pour ne pas s’exposer et concluait sa démonstration par une ultime remise du bras arrière au buzzer pour acter le triomphe de l’intelligence aux dépens de la force.
« On n’a pas voulu mentir au public : on a pris un adversaire de taille. C’est un palier que j’ai passé, commentait le vainqueur au micro de Fight Nation, en s’adressant au public. J’espère que vous serez à mes côtés pour le prochain. On va essayer de s’attaquer l’Europe et on ira chercher n’importe qui. »
Le Français a aisément dominé (5-0) le Slovaque Nick Veber Nikolov, en seizième de finale des Mondiaux, au terme d’une prestation qui a viré à la démonstration. De bon augure pour la suite de la compétition.
Lounes Hamraoui entamait ce duel de fausses gardes en gardant quelque peu ses distances alors qu’il était plus petit que son rival. La stratégie était la bonne car en forçant son adversaire à déclencher le premier, il le contrait en passant, en cross, son bras arrière sur le bras avant du Slovène qui n’avait pas fini de donner son direct. Virevoltant du buste, le Normand alternait savamment offensives à distance et à mi-distance sans jamais se laisser engluer dans des corps-à-corps et des accrochages.
Échaudé après avoir perdu le premier round, Nick Veber Nikolov se montrait moins téméraire et laissait un peu l’initiative au Rouennais. Mais même dans cette configuration, il était pris de vitesse par le Tricolore dont la rapidité d’exécution était un plaisir pour les yeux.
Les débats n’étaient pas d’une formidable intensité mais c’était systématiquement le Français qui les menait à sa guise et en imprimait le tempo. Son jab débroussaillait le terrain pour, ensuite, combiner avec classe et précision. De quoi remporter les trois rounds à l’unanimité des juges.
Un carton plein qu’a forcément apprécié Malik Bouziane : « Lounes a été plus actif qu’à son habitude. Nous lui avons demandé d’attaquer et de ne pas rester dans la zone de contact. Défensivement, même s’il avait un peu les mains basses, il a effectué de bons retraits et de bons décalages. Il boxe au feeling, en misant beaucoup sur l’anticipation et la contre-attaque. Pour le moment, il réalise un beau parcours lors de ces championnats du monde. Il prend confiance et pourra aborder le prochain tour avec sérénité. »
Le Français a offert aux Bleus leur première victoire avant la limite (KO 1er) lors des championnats du monde. En seizième de finale, l’infortuné Chypriote Andréa Kokinos, submergé d’emblée, a fait les frais de sa fougue toute en maîtrise.
Comme souvent, le médaillé de bronze des derniers Mondiaux militaires n’avait d’autre choix que d’avancer pour casser la distance face à un pugiliste plus grand que lui. Il le faisait intelligemment, sans se ruer, en étant mobile du buste mais avec le souci de cibler ses coups et de faire déclencher son contradicteur pour mieux s’engouffrer dans la faille.
Résultat : Andréa Kokinos était compté au bout de trente-cinq secondes après avoir encaissé un crochet gauche qui l’avait fait vaciller. Bis repetita quelques instants plus tard. Le Français était reparti dans sa marche en avant aux allures de marche triomphale. Il délivrait des coups lourds qui martelaient les flancs de son valeur rival, lequel finissait par baisser quelques peu les mains pour protéger son buste. Le Chartrain trouvait aussitôt l’ouverture et assénait un nouveau crochet gauche au visage qui, cette fois, étendait pour plus que compte son contradicteur.
Pendant les stages de préparation, le staff de l’équipe de France l’avait fermement invité à être plus incisif et à rentrer immédiatement dans le vif du sujet pour tirer tout le parti de sa force physique et, ainsi, empêcher de s’installer dans le combat. Il a manifestement retenu la leçon.
« Moreno est monté déterminé sur le ring en étant bien concentré, analyse l’entraîneur national, Malik Bouziane. Il ne s’est pas précipité et a pris son temps. Nous lui avions demandé de cadrer en étant bien sur les appuis, de débuter ses actions en bas et avec son bras avant et non pas de commencer en décochant des crochets au visage. C’est ce qu’il a fait. Il a été tout à la fois précis, propre et organisé. C’est de bon augure pour la suite. Moreno a tendance à manquer un peu de confiance en lui. Là, il s’est rendu compte qu’il frappe, qu’il est explosif, rapide et puissant. » Un cocktail qui pourrait le mener loin.
Le Toulousain s’est totalement retrouvé pour étriller avec brio (5-0) le Slovaque Viliam Tango, en seizième de finale des championnats du monde. La machine est définitivement et bien lancée.
Une poignée de secondes ont suffi pour comprendre que l’on allait assister à un récital neuf minutes durant. L’Occitan a été magistral de bout en bout, dans toutes les configurations. Lorsqu’il déclenchait le premier avec fulgurance en volant comme un papillon et en piquant comme une abeille mais également quand il laissait sciemment l’initiative à son contradicteur pour le crucifier en contre.
Toute la gamme des fondamentaux du noble art y passait en étant revisitée avec une créativité emplie d’inspiration. Le Tricolore sait tout faire et faisait tout : rester statique et esquiver rien qu’avec le buste, distribuer des jabs et des bras arrière en étant en mouvement, tourner pour jaillir en avançant avant de prendre aussitôt la poudre d’escampette après avoir planté ses banderilles... Le matador du Sud-Ouest infligeait mille maux au pugiliste venu de l’Est qui n’avait que sa vaillance et son abnégation à opposer. Ce qui, vu les circonstances et le chemin de croix qui lui était imposé, était déjà fort louable.
Les spectateurs en prenaient plein les mirettes d’autant que l’absence de déchet dans les phases offensives s’accompagnait d’une opportune imperméabilité protectrice garantie par des mains qui descendaient moins qu’à leur habitude. Les enchaînements du Tricolore étaient d’une extrême diversité et son aisance dans l’exécution ne le faisait pas tomber dans la facilité, encore moins dans la suffisance. En un mot, la copie était parfaite.
L’entraîneur national Malik Bouziane en convenait aisément : « Sofiane a réalisé un festival, se félicitait On ne peut qu’être fier de lui. Entre l’anticipation et la contre-attaque, il a été extrêmement intuitif. Il était toujours là au bon moment, dans le bon timing tout en commettant moins de fautes défensives qu’au tour précédent. Il monte en puissance. C’est très bien et rassurant. »