Alain Vastine, au nom du fils

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Le 9 mars 2015, un drame impensable foudroyait le sport français : la navigatrice Florence Arthaud, la nageuse Camille Muffat et le boxeur Alexis Vastine périssaient dans un accident d’hélicoptère, en Argentine. Ils tournaient l’émission de téléréalité Dropped qui devait être diffusée sur TF1. Au deuil est venu s’ajouter un autre combat : celui devant la justice, comme l’explique Alain Vastine, le père d’Alexis.
 
 
« Je me dis que la vie n’est pas belle, non… Il y a des fois, j’ai de la haine même si j’en ai moins qu’avant. Pour nous, c’est fini. La vie n’est plus la même. On vivra avec ça le temps qu’il nous reste à vivre ». La voix d’Alain Vastine est brisée, presque douce. Non pas qu’il soit résigné ou apaisé. Il ne le sera jamais. L’homme est simplement dévasté de l’intérieur. Un père laminé par la perte successive et accidentelle de deux enfants.
 
« Il faudra à chaque fois reparler de l’affaire et rouvrir nos plaies... »
 
Un an déjà que le clan vit le calvaire de cette double disparition. Alain Vastine s’est rendu en Argentine sur les lieux du drame comme pour exorciser l’indicible. Malgré l’infinie douleur et les images funestes sans cesse ressassées, la générosité l’a emporté. Il va en effet reverser l’intégralité des dons qu’il a reçus à la mort d’Alexis, soit 6 000 euros, et mettre 4 000 euros de sa poche pour construire une aire de jeu à l’intention des enfants de Villa Castelli, lieu où s’est produite la catastrophe. « C’est pour les petits car quand nous avons a été là-bas, nous avons été frappés par la gentillesse et la pauvreté des gens. Je pense que mon fils aurait aimé que nous fassions quelque chose pour eux, alors je le fais », explique avec beaucoup d’humilité Alain Vastine.
 
 
Crédits photos : Denis Boulanger (Presse Sports)
 
A présent, une autre bataille, la plus incertaine, se profile : celle contre ALP, la société de production de Dropped, et TF1. Elle se jouera dans les prétoires. La procédure s’annonce longue, forcément. Comme une double peine et une deuxième mort. « En fait, ALP et TF1 ne veulent pas reconnaître leurs torts malgré les faits, regrette Alain Vastine. Ils se servent des gens et se permettent tout. Nous allons aller en justice. C’est grave. Cela va être dur pour nous car il faudra à chaque fois reparler de l’affaire et rouvrir nos plaies... Revoir le drame nous fait du mal mais nous le faisons car, sinon, ils referont la même chose avec d’autres. Et il n’y aura plus dix morts mais vingt ou trente. Il ne faut jamais que l’on oublie ce qu’il s’est passé. Cela peut servir pour d’autres. Quand on réalise des émissions comme celles-là, il faut privilégier la sécurité avant tout. Or, là, rien n’était planifié. Cela a été fait à la va vite. Et tout ça pourquoi ? Pour faire de l’audience et gagner de l’argent ».
 
« Alexis était quelqu’un de droit et d’aimé »
 
Douze mois après, la mémoire d’Alexis, elle, est intacte, immaculée comme si le cruel destin avait finalement contribué à faire mieux connaître un pugiliste talentueux, pudique et sensible. « Alexis était quelqu’un de droit et d’aimé. Il avait son caractère mais c’était un mec super bien. Il n’a pas eu de chance dans sa vie, regrette son père. Après sa mort, on a découvert ses qualités et le fait que c’était un grand champion. S’il ne s’était pas fait voler deux fois aux Jeux olympiques, il n’aurait pas eu besoin de faire cette émission pour gagner deux, trois sous. Tout le monde sportif l’a soutenu. Tout le peuple et tous les athlètes de l’Insep étaient avec lui ».
 
 
Crédits photos : Denis Boulanger (Presse Sports)
 
Par-delà cette tragédie, la boxe demeure un sauve-conduit. Comme en février dernier, lors de la finale des championnats de France amateurs au Cirque d’Hiver, à l’issue de laquelle Adriani s’est paré d’une septième couronne nationale. Adriani qui monte désormais sur le ring en regardant vers le ciel. Un signe adressé à ce frère tant aimé. Chaque victoire lui est dédiée en guise d’hommage éternel. Le paternel, lui, continue d’aller à la salle pour ne pas sombrer : « Il n’y a que ça qui m’aère l’esprit et qui me fait du bien. Cela me fait un peu oublier et penser à autre chose. Quand Adriani raccrochera les gants, je n’arrêterai pas d’entraîner car je pense aux petits qui arrivent derrière. Je me dis que ce serait égoïste de faire ça. Et je pense qu’Alexis ne l’aurait pas voulu ».
 
Des faits accablants
 
Rendu public le 17 décembre dernier, le rapport de la Direction d’enquête des accidents de l’aviation civile argentine (JIAAC), rédigé en collaboration avec des experts du ministère français de l’Intérieur, confirme qu’une erreur humaine est à bien à l’origine de la collision. Plus précisément, les deux pilotes ont mal apprécié la proximité de leur aéronef respectif et n’ont tenté aucune manœuvre évasive ou d’évitement. Il faut dire qu’ils n’avaient pas été formés au pilotage en vue d’effectuer des prises de vue aériennes. En outre, les enquêteurs suggèrent que les nécessités du tournage ont pu les conduire à commettre une imprudence. Par ailleurs, selon la réglementation de l’aviation civile argentine, aucun passager n’avait le droit d’être à bord avec les pilotes.
 

La photo de groupe des sportifs participant à l'émission, postée par Philippe Candeloro sur son compte Facebook au début du tournage. Facebook / P. Candeloro

 
Peut-être parce que les hélicoptères loués par ALP au gouvernement argentin étaient habituellement utilisés pour des missions de transport sanitaire et donc inadaptés au tournage d’une émission comme Dropped. Des accusations d’impréparation et d’anticipation insuffisante des risques que récusent les commanditaires, chacun se renvoyant la balle. TF1 se défausse sur ALP qui en fait de même sur les autorités argentines. Toujours est-il que deux procédures pénales sont actuellement en cours, en Argentine et en France. En outre, bien qu’elle ait été sommée de le faire par la Cour d’appel de Paris, ALP rechigne à fournir des documents réclamés par les parties civiles. Le dossier devrait néanmoins connaître prochainement une avancée importante, en France, avec les conclusions de la commission rogatoire ainsi que le rapport très attendu de Gendarmerie des transports aériens (GTA). Et puis, il y a l’aspect humain. Dans une lettre ouverte adressée à Nonce Paolini, désormais ancien PDG de TF1, et à Franck Firmin-Guion, PDG d’ALP, Cassie Vastine, sœur d’Alexis, dénonce TF1 et ALP qui « sont dans un déni total de responsabilité » ainsi que Nonce Paolini accusé d’être « parti sans un mot, sans un regard, sans un geste de compassion ». Après avoir rappelé que « cette affaire concerne ALP et non TF1 », l’ex-patron de TF1 juge la critique « dure et injuste » et assure « qu’aucune de ces familles ne l’a jamais contacté ». Vraiment ?
 
Par Alexandre Terrini

 

 

 

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