Pour Dominique Nato, le Lorrain, ex-directeur technique national, Mohamed Ali est « l’homme qui fait le lien entre l’olympisme, la boxe professionnelle, le sport en général et le monde politique ».

Pourquoi Mohamed Ali était-il le plus grand ? « Parce qu’il avait un rayonnement aussi bien sur le ring qu’en dehors. C’était un grand boxeur, mais c’était surtout une légende du sport mondial. Il a donné un autre visage à la boxe moderne. Il a été champion olympique à 18 ans, à Rome en 1960, et il a converti cette médaille d’or par un titre mondial chez les professionnels. Sa longévité aussi a contribué à sa légende. Il ne peut pas laisser indifférent. Même les jeunes d’aujourd’hui le connaissent ».
• "Je vole comme un papillon et pique comme une abeille" : sa description par lui-même lui correspondait-elle totalement ? « Pour un poids lourd, c’était exceptionnel. Quand on regarde ses combats… Ça m’a pris d’en regarder il y a deux jours quand j’ai appris qu’il était hospitalisé. Ce n’était pas un boxeur comme les autres. Il a innové, fait quelque chose d’exceptionnel. Il avait un coup d’œil et une maîtrise gestuelle, qui lui permettaient de boxer les bras ballants avec la conjugaison de son jeu de jambes et sa notion d’anticipation. Il y a eu quelques pâles copies qui ont essayé de l’imiter, sans succès. Des gens qui arrivent à ce niveau-là en boxant les bras ballants en se servant uniquement de leur coup d’œil, on peut les compter sur les doigts d’une main ».
• C’est une icône qui dépasse le monde de la boxe et même celui du sport… « Il sort de ces contextes. C’était une star planétaire qui a été reçue par des chefs d’Etat. Il avait du charisme, un profil exceptionnel. Ce qui a été triste, c’est voir la dégénérescence de sa maladie. Il a malheureusement terminé affaibli et handicapé. Je préfère garder en mémoire les grands combats qu’il a menés contre Joe Frazier, Ken Norton et George Foreman. Des combats d’anthologie. A l’époque, il nous faisait lever à 5 h du matin pour regarder la boxe. C’était un pionnier en la matière. C’est une grande perte, une grande personnalité du monde tout court qui disparaît ».
• Si vous deviez garder une image de lui, laquelle serait-elle ? « A Atlanta, en 1996 : c’était la première grande olympiade à laquelle j’avais la chance de participer. Il est arrivé dans le stade avec la torche pour allumer la flamme olympique, c’était exceptionnel. Il était déjà bien malade : on se souvient tous de la torche qui tremblait. C’est l’homme qui fait le lien entre l’olympisme, la boxe professionnelle, le sport en général et le monde politique. Il avait une reconnaissance absolue de tous ces gens-là. Tout le monde en parle, ce n’est pas anodin ».
Par Maxime Rodhain
Source : Le Républicain Lorrain

