Jour de finales à Villebon-sur-Yvette

Le TQO européen a donc livré son verdict en cette cinquième et dernière journée. Des combats de grande qualité, épilogue fastueux d’un événement qui s’est déroulé sans anicroche alors que l’enjeu sanitaire et sportif était majeur.

Hommes

Mouches : Billal Bennama (Fra) bat Galal Yafai (Ang) par disqualification

Galal Yafai, vice-champion d’Europe 2027, ambitionnait de prendre l’ascendant en imposant un pressing étouffant au Toulousain. Hélas pour lui, il en faut bien plus pour déstabiliser l’Occitan qui sait à merveille boxer en reculant. Le fausse-garde britannique attaquait donc sans discontinuer en misant sur un débit de coups élevé et en espérant ainsi trouver la faille dans la garde hermétique du local. En vain dans la mesure où ses enchaînements n’étaient pas assez élaborés et subtils pour qu’il parvienne à ses fins. Le Haut-Garonnais, lui, arrivait à se dépêtrer de l’étau aussi bien en maintenant son rival à distance avec son bras avant que de près par des séries courtes immédiatement ponctuées par un déplacement latéral. De son côté, l’Anglais en décousait la tête en avant, au point d’ouvrir l’arcade gauche du Tricolore à la fin de la deuxième reprise, les saignements nécessitant l’intervention du médecin. Un scénario qui incitait Billal Bennama à durcir les débats dans le round suivant. Il passait à l’offensive et délivrait des combinaisons de grande classe. Le sujet de sa Gracieuse Majesté était dépassé et usait à nouveau de son crâne de manière si irrégulière que l’arbitre le disqualifiait

Plumes : Albert Batyrgaziev (Rus) bat Samuel Kistohurry (Fra) aux points

Le Français avait fort à faire devant le fausse garde Russe qui a parallèlement entamé une carrière chez les professionnels où il compte trois victoires avant la limite. Mais si, sur le papier, il n’y avait pas de quoi impressionner le Girondin, ce dernier peinait à prendre les débats à son compte. Pourtant, pareille épreuve de force correspondait à ses préférences dans le carré magique, lui qui est toujours à son aise quand il faut aller à la bagarre… en bon ordre. Mais on comprit rapidement qu’il manquait de tonus, de ce supplément d’énergie qui est, en temps normal, le sien et qui lui permet de hacher menu ses contradicteurs.

Là, ce n’était, hélas, pas le cas. Non pas qu’il subissait mais il ne dominait pas franchement. En outre, il lui arrivait d’encaisser des gauches de son rival en fin d’échanges. Albert Batyrgaziev, tel un métronome, débitait consciencieusement et ne lâchait pas le morceau. Sa boxe ne confinait pas au génie mais elle était suffisamment efficace et sobre pour engranger les touches synonymes de victoire logique.

Légers : Sofiane Oumiha (Fra) bat Dzmitry Asanau (Blr) par forfait

Welters : Pat McCormack (Ang) bat Andrei Zamkovoi (Rus) aux points

Il s’agissait de l’une des finales les plus attendues entre deux techniciens qui boxent sur la faute de l’adversaire et qui s’étaient affrontés en finale des derniers Mondiaux. Problème : aucun des protagonistes ne commettait pléthore d’erreurs, si bien que les opportunités de faire la différence étaient rares. Pour décanter les débats, Pat McCormack se décidait à avancer par intermittence quand bien même Andrei Zamkovoi, champion du monde 2019, acceptait de reculer légèrement. Les échanges n’étaient pas d’une grande intensité, l’attentisme et la vigilance défensive prenant le dessus. Et ce, d’autant que les duellistes travaillaient, pour l’essentiel, sur un ou deux coups. Cette partie d’échecs était au demeurant plaisante et indécise. Au final, les offensives de l’Anglais étaient un plus plus tranchantes que les remises du fausse garde Russe. Ce dont prenait acte les juges logiquement désireux de privilégier celui qui se montrait le plus entreprenant.

Moyens : Oleksandr Khyzhniak (Ukr) bat Gleb Bakshi (Rus) aux points

Il s’agissait du main event de la soirée entre l’Ukrainien, champion du monde 2017, et le Russe, son successeur au palmarès. Dès le gong libérateur, Oleksandr Khyzhniak, fidèle à lui-même, se ruait à l’attaque et déroulait son implacable pressing. Ne connaissant que la marche avant et ne faisant que délivrer des crochets courts des deux mains, parfois plongeants, il se montrait spectaculaire davantage par le rythme qu’il imprimait que par la diversité de son arsenal pugilistique. Même si c’était plutôt lui qui reculait, Gleb Bakshi, sans doute moins puissant, se révélait plus complet. Il était capable de bloquer avec son épaule, de délivrer des uppercuts sur un pas et des directs et, surtout, de combiner même si ce n’était que sur deux ou trois coups. Pas réellement submergé, il mettait à profit son sens de l’esquive pour remiser finement et précisément. Mais ses habilités se révélaient insuffisantes devant Oleksandr Khyzhniak, insatiable rouleau compresseur dont l’impressionnant débit et la continuité des offensives ne pouvaient qu’emporter la décision des juges.

Mi-lourds : Loren Berto Alfonso Dominguez (Aze) bat Benjamin Whittaker (Ang) par forfait

Lourds  : Muslim Gadzhimagomedov (Rus) bat Emmanuel Reyes Pla (Esp) aux points

Le Russe, champion du monde en titre, savait par où passait la voie du succès : endiguer les charges de buffle et les surpuissants crochets de l’Ibère qui ne connaît qu’un seul chemin, la ligne droite agrémentée de quelques rotations du buste. Pour cela, son rival usait de son allonge, de son sens de l’esquive et, surtout, de sa rapidité de bras supérieure pour prendre de vitesse son adversaire trop prévisible. Plus diversifié, capable d’alterner coups courts et longs et de déclencher en mouvement, même latéral, il prenait l’ascendant au fil des reprises. Sa mobilité dans toutes les directions empêchait l’Espagnol de le cadrer ou, à défaut, de le coincer dans les cordes. Nombre des assauts d’Emmanuel Reyes Pla, certes très actif, arrivaient d’ailleurs en bout de course ou n’atteignaient pas leur cible. Ce qui confortait la victoire de Muslim Gadzhimagomedov.

Super-lourds : Mourad Aliev (Fra) bat Frazer Clarke (Ang) aux points

Le Français faisait le choix de laisser venir – quelque peu – l’Anglais pour le cueillir à mi-distance grâce à sa vitesse de bras. Le plan était pertinent car alors qu’il était dans les cordes, il effectuait un retrait de son immense buste et remisait dans la foulée, touchant le Britannique qui se mettait à reculer. Le Nordiste enchaînait et passait une combinaison direct du gauche au corps – crochet droit au menton qui était un modèle du genre. Le sujet de sa Grâcieuse Majesté était compté debout dès la première reprise !

Pour autant, il récupérait parfaitement et se révélait, de surcroît, plus entreprenant que jusque-là. Il faut dire que le local n’avait pas accéléré pour porter l’estocade fatale. Dès lors, les débats changeaient quelque peu de physionomie dans la mesure où le visiteur était actif. Il rentrait en permanence, visant alternativement le corps et la face. Néanmoins, les répliques du Tricolore ne se faisaient pas attendre. Elles avaient le mérite de la puissance. Il donnait sans cesse le sentiment, au demeurant pleinement fondé, de maîtriser les échanges et d’en découdre de la sorte non pas par contrainte mais par choix.

Femmes

Mouches : Charley-Sian Davison bat Charley-Sian Davison (Ang) aux points

Les deux duellistes entamaient les hostilités dans la prudence, par un travail de feintes destiné à contraindre le camp adverse à déclencher le premier et à se découvrir. Finalement, la fausse garde anglaise se décidait à avancer et à prendre en chasse la Turque. Une idée louable mais qui eut impliqué de se montrer à la fois plus impactante et plus variée dans ses approches. En effet, Charley-Sian Davison ne parvenait quasiment jamais à surprendre Buse Naz Cakiroglu qui, par sa mobilité et la promptitude de ses remises, atteignait le Graal pugilistique : toucher sans se faire toucher. Plus précise et plus rapide, elle endiguait sans peine les assauts constants de la Britannique.

Plumes : Irma Testa (Ita) bat Michaela Walsh (Irl) aux points

Plus petite, Michaela Walsh hésitait entre partir promptement à l’abordage pour surprendre Irma Testa ou laisser avancer la longiligne Transalpine afin de mieux la contrer. Or, sur un ring aussi, lorsqu’elle perdure à l’excès, l’indécision devient stérile. De fait, la Britannique s’évertuait à osciller entre les deux options, quitte à faire un peu tout à moitié plutôt qu’une chose pleinement sans avoir sans cesse le gant sur le frein. D’où un sentiment d’inachevé dans sa prestation qui convenait à sa rivale, laquelle n’avait aucun mal à s’adapter et à moduler ses déplacements en conséquence. Son allonge lui permettait, de surcroît, de gérer les affaires courantes, soit en remisant avec son bras avant, soit en se montrant sciemment plus offensive quand elle délivrait des séries de crochets courts. L’Irlandaise avait beau être vaillante, elle n’était pas suffisamment inspirée ni active pour inverser la tendance en sa faveur.

Légers : Kellie Harrington (Irl) bat Caroline Dubois (Ang) aux points

Cette finale, aux allures de derby d’outre-Manche, s’annonçait prometteuse. Quelque peu crispée, Kellie Harrington tardait à se libérer, contrairement à Caroline Dubois qui débutait le combat à l’unisson de ce qu’elle avait montré jusque-là lors de ce TQO : sans complexe, en jouant crânement sa chance et en tirant tout le parti de son allonge. C’est d’ailleurs elle qui prenait le plus souvent l’initiative en boxant sur deux ou trois coups. En revanche, elle manquait de précision et s’exposait par là même aux contres de l’Irlandaise, plus parcimonieuse dans ses efforts mais plus efficace aussi. Dans le troisième opus, Kellie Harrington prenait davantage la mesure de sa rivale, ses contres prévalant sur les offensives un tantinet désordonnées de la sœur de Daniel Dubois.

Welters : Busenaz Surmeneli (Tur) bat Nadine Apetz (All) aux points

La meilleure des défenses étant, bien souvent, l’attaque, la Turque enclenchait la marche avant et, par là même, un travail de sape. Elle martelait les flancs de l’Allemande et remontait à satiété au visage. Nadine Apetz évoluait sensiblement dans le même registre mais un ton en dessous dans quasiment tous les compartiments. Vaillante et résistante, deux qualités indispensables en la circonstance, elle était en revanche moins puissante, mois hermétique également. Résultat : elle ne pouvait tirer un bénéfice de son allonge supérieure dans la mesure où elle n’était pas en mesure d’enrayer la machine adverse. Au point que Busenaz Surmeneli s’offrait le luxe d’attaquer les mains basses, uniquement en effectuant des rotations du buste avant de lâcher les chevaux à mi-distance, sous tous les angles, tant en crochets qu’en uppercuts.

Moyens : Lauren Price (Ang) bat Zenfira Magomedalieva (Rus) aux points

Bien que nettement plus petite que son opposante, Lauren Price prenait le parti de laisser venir à elle Zenfira Magomedalieva et de boxer en remisant. Sa vitesse de bras et son bagage technique plus complet l’y autorisaient sans nul doute. D’autant que dans cette configuration, la Russe n’était pas du tout à son avantage, elle qui préfère les mano a mano qui font la part belle aux à toi, à moi et à la puissance. Là, il lui fallait courir après la Britannique et déclencher au bon moment pour la toucher. La tâche était trop compliquée pour elle à cause d’un manque de timing et de coordination qui la faisait attaquer soit de trop loin et frapper dans le vide, soit de trop près au risque de s’empaler sur les répliques de son opposante. La Russe avait, en outre, une fâcheuse tendance à appuyer sciemment sur la nuque de la Galloise, ce qui rendait les échanges encore plus confus au bénéfice de sa contradictrice qui l’emportait logiquement.