Le coup de gueule des associations de quartier

Lasses d’être, estiment-ils, le parent pauvre de la politique sportive en France, un panel de plus de quatre-vingts acteurs officiant dans les clubs amateurs mais également des champions, des dirigeants ou encore, des élus locaux ont paraphé une tribune parue dans la presse pour que le Gouvernement soutienne comme il le mérite la promotion du sport dans les quartiers.

Parmi les signataires de ce texte, figurent le champion du monde WBC Nordine Oubaali, le vice-champion olympique 2008 des légers Daouda Saw, le boxeur Djibril Coupé, l’entraîneur du BC Roubaix Foudil Hamdoud, son homologue de l’ABC Roubaix Karim Djemmal ou encore, Madjid Hsaini du Boxing club Madjid.

« Des métiers essentiels pour tisser du lien social sur nos territoires »

« Nous sommes au bord du gouffre, peu reconnus par les acteurs institutionnels, à l’exception notable des maires qui sont nos interlocuteurs privilégiés sur le terrain, et jamais associés aux prises de décision nous concernant au premier plan. La suppression de plusieurs dizaines de milliers d’emplois aidés initiée depuis 2017 a cassé les dynamiques déjà très fragiles portées par des milliers d’acteurs sur le terrain », rappellent les auteurs.

Et de réitérer que l’action des uns et des autres, en particulier dans les zones sensibles, est essentielle pour promouvoir le vivre ensemble et consolider la citoyenneté, la scolarisation ainsi que l’insertion sociale et économique : « Quel meilleur impact que de prendre en charge des jeunes accueillis nulle part, en décrochage scolaire, à la recherche d’un emploi, ou encore sortant de prison ? À l’instar des métiers de la santé, nous sommes des métiers essentiels pour tisser du lien social sur nos territoires. Nous ne sommes pas opposés au soutien du sport de haut niveau, beaucoup d’entre nous en sont d’ailleurs issus, mais les moyens ne peuvent être uniquement dirigés vers la haute compétition ; le travail d’éducation que nous menons est indispensable pour le pays. » Les clubs de boxe en savent quelque chose, la FF Boxe ayant fait des Quartiers prioritaires de la politique de la Ville (QPV) un public privilégié dans le cadre de sa politique de développement.

Pour un Grenelle de l’éducation et de l’inclusion par le sport

Pour autant, déplorent les intéressés, on ne leur octroie pas les moyens requis par leur mission pourtant incontournable car refondatrice : « Nos projets mis en œuvre dans les quartiers les plus sensibles de notre pays, malgré leur efficacité et leur utilité sociale, sont trop peu soutenus et pas assez reconnus. Ils sont sans doute une des grandes priorités du sport de demain tant l’éducation, le vivre ensemble et l’insertion des jeunes sont essentiels. Il est grand temps de construire une politique publique forte qui considère les acteurs que nous sommes à leur juste titre. » Or, « la rencontre du monde du sport qui annonce 400 millions d’euros, cette semaine, ne cible pas les territoires les plus en difficulté de notre pays ! »

Pour changer la donne, deux recommandations sont formulées. D’une part, la tenue d’un Grenelle de l’éducation et de l’inclusion par le sport regroupant l’ensemble des acteurs impliqués (associations, collectivités, fédérations et entreprises). Un «temps d’échanges (qui) portera à connaissance les bienfaits de nos actions et proposera de nouveaux axes urgents de politiques publiques autour de la performance sociale du sport, déjà en place dans de nombreuses villes ». D’autre part, la création d’un « fonds pérenne de 50 millions d’euros, simple d’utilisation, pour assurer la survie des associations sportives impliquées dans les quartiers de notre pays ». La balle est désormais dans le camp des tutelles.