Sofiane Oumiha, le bonheur aux larmes

 L’Occitan est entré à pas de géant dans l’Histoire de la boxe tricolore en devenant le premier Français à être sacré deux fois champion du monde amateur. Pour cela, il a littéralement mystifié (5-0), en finale, l’Ouzbek Abdumalik Khalokov.

Le duel mettait aux prises deux pugilistes aux profils comparables, deux puristes de la discipline, deux toréadors des rings toujours enclins à planter des banderilles avec la manière, dans la quête d’une perfection gestuelle.

De fait, l’Asiatique faisait le show les bras ballants, le sourire un tantinet narquois aux lèvres et les yeux grands ouverts. Parfois, il simulait des appuis incertains pour décocher un coup à la godille. Il eut fallu que Sofiane Oumiha soit un perdreau de l’année pour être désarçonné par pareil stratagème. D’autant que par-delà son sens du spectacle, Abdumalik Khalokov était pourvu d’un bagage technique loin d’être aussi étoffé que celui du Toulousain. Il avait notamment tendance à ne miser quasiment que sur sa droite pour faire la différence.

Le Français ne faisait jamais dans le superflu et l’inutile

Le Toulousain, lui, faisait feu de tout bois, non seulement avec ses jabs et ses directs du bras avant, délivrés à la hussarde à la pointe du menton adverse. Ses crochets étaient également plus précis et plus explosifs. Sans compter une propension à combiner, ce qui n’était pas le cas de son opposant, lequel avançait en ligne, par à-coups, souvent en se jetant sans réellement chercher à construire ses actions ni à effectuer, en amont, un travail de feinte.

Les débats s’apparentaient à un jeu d’échecs, chacun cherchant à se faufiler dans la moindre faille. A ceci près que le Bleu n’en avait pas et livrait un véritable récital même quand son contradicteur tentait d’accélérer dans l’ultime opus. Là encore, il s’avérait nettement plus imperméable défensivement avec des esquives à profusion, des pas de retrait bienvenus et une capacité à systématiquement tourner au bon moment.

En somme, contrairement à son rival, le Français ne faisait jamais dans le superflu et l’inutile. L’efficacité de chaque instant sublimée par l’esthétique permanente : cela s’appelle le talent et Sofiane Oumiha en est la plus belle incarnation.

« Il a livré sa prestation la plus aboutie du tournoi au cours duquel il n’a cessé de monter en puissance, juge Malik Bouziane, entraîneur national en charge de la filière masculine. Il a fait un combat de folie contre un bon boxeur qui, de surcroît, était beaucoup plus frais puisqu’il avait été exempté de premier tour et avait remporté sa demi-finale par forfait. Sofiane a vraiment fait un super boulot. Il a effacé ce qu’il s’est passé à Tokyo tout en montrant la voie aux jeunes. Il tire le groupe vers le haut. »