Information sur les obsèques de Jean-Baptiste Mendy

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Jean-Baptiste Mendy, mort d’un seigneur

L’ancien champion du monde des légers (55 v, 3 n, 8 d) est décédé le 31 août, à Paris, foudroyé, à 57 ans, par un cancer du pancréas. Une tragédie d’autant plus cruelle et injuste qu’elle a touché pour le compte un immense champion doublé d’un grand homme.

On ne savait pas ce que l’on aimait le plus chez lui, ses mots ciselés ou ses coups chirurgicaux. Il avait tout pour lui : le talent pour ne pas dire le don, l’élégance, la rigueur, l’intelligence, l’humilité, le courage, bref, l’humanité. On appréciait autant de l’écouter que de le voir à l’œuvre dans le carré magique. Jean-Baptiste Mendy, c’est, entre 1983 et 2000, époque faste et glorieuse pour la boxe hexagonale, un titre national, neuf championnats d’Europe victorieux et deux ceintures mondiales, WBA et WBC. C’est aussi une carrière héroïque, incroyablement romantique, serions-nous tentés d’écrire, avec des hauts faramineux et des bas aux allures de retour à la case départ. Mais ce sacré bonhomme n’était pas fait du bois de ses congénères. Il avait un supplément d’âme, cette denrée rare et suprême qui lui permettait de gravir la pente une fois descendu dans le tréfonds. C’était un inflexible jamais terrassé car toujours enclin à se relever, même après ses quatre échecs planétaires ou ses déconvenues imprévues devant Lofti Ben Sayel ou Christian Merle. Cent fois, il a remis le métier sur l’ouvrage. A la salle non plus, sous la houlette de son mentor, Houari Amri, il ne se défilait jamais quand le programme du jour le poussait dans ses retranchements.

« C’était la classe mondiale »

Droiture et dignité, il ignorait le trash talking. Son phrasé était l’apanage de ceux qui ont vécu et réfléchi, de ceux que l’existence n’a pas forcément épargnés mais a rendu plus forts pour en encaisser sans broncher les à-coups. Julien Lorcy fait partie de ses rares vainqueurs, puisqu’il l’avait battu en avril 1999, au POPB, en championnat du monde WBA. Il dépeint avec admiration et respect ce rival parti bien trop tôt, à un âge encore moins qu’un autre fait pour aller siéger au paradis des pugilistes : « C’était un gentleman sur le ring comme dans la vie en général. Il n’a jamais mis de coup de travers. Ce n’était pas un tordu. Quand j’étais jeune, je le voyais à l’entraînement et il ne parlait pas. Il avait une manière de se préparer que l’on ne comprend qu’une fois que l’on est soi-même adulte. C’était un très bon gaucher, percutant et grand pour la catégorie. C’était un technicien mais aussi un mec qui frappait. Il a disputé de grands combats comme face à Khalid Rahilou ou à Djamel Lifa en ne refusant jamais un adversaire. C’était la classe mondiale. »

Bien que doté de deux enclumes au bout de ses longs segments, l’intéressé ne voulait surtout pas être un bastonneur. Il y avait chez lui un panache suprême, une aspiration intangible : celle de faire lever les foules en étant un esthète certes implacable, lui qui n’avait pas son pareil pour abréger prématurément les débats. « La boxe, c’est aussi la recherche du beau geste, une recherche avec la tête et les jambes. C’est un partage, un amour, expliquait-il, en 2006, dans les colonnes de L’Humanité. C’est se donner entièrement à ce que l’on fait. Sans abnégation, sans envie, il n’y a pas de boxeur. La boxe, c’est un sport tellement noble qui ne doit pas se réduire à deux mecs qui se donnent des coups de poing. Surtout pas. Moi, ce que j’aime, c’est Mohammed Ali, c’est l’escrime des poings, l’art de l’esquive, ce n’est pas important de tabasser le mec en face. La gestuelle et le rythme, c’est-ce qu’il y a de plus beau dans la boxe. La facilité gestuelle est la base de tout. Si tu montes sur le ring avec seulement un état d’esprit de bagarreur, tu n’y arriveras pas. Parce que tu combattras sans intelligence. Monter sur un ring, c’est une trouille intense. Il faut la dépasser par le respect des règles et la confiance que ton travail t’a apportés. Après, en boxe, si tu perds, c’est ta faute. Et ça fait mal pas seulement physiquement. »

« Je reviens d’aussi loin qu’on le peut »

L’enfant de Dakar, dont la première des quêtes intimes était d’être lui-même, savait de quoi il parlait après être passé par toutes les émotions entre seize cordes. Il les racontait si bien, sans emphase mais avec style. Le quotidien fondé par Jean Jaurès s’en était fait l’écho quelques années plus tôt, en 1994. A propos de son premier succès qui compta, celui en Tournoi de France :  « Je me souviens surtout du regard des gens. Froid et chaleureux à la fois. Je n’oublierai jamais cette impression de pouvoir qu’on a sur les autres.» Parfois, il se dévoilait sans fard et là aussi, son récit était d’une puissance phénoménale : «Ce que j’ai connu, on ne l’imagine pas, Je croyais que j’étais arrivé et je me suis retrouvé au plus profond d’un gouffre. Mais, quand même, c’est une grande jubilation de remonter pas à pas. Vous savez, quand je me lève tôt le matin pour aller bosser dans mon supermarché, je ne pense pas forcément à la boxe. Je veux avoir un ancrage, c’est tout. Car je reviens de loin, d’aussi loin qu’on le peut. » Hélas, Jean-Ba pour les intimes est parti encore plus loin, sans espoir de retour. Ultime esquive, la seule que personne n’aurait voulu lui voir faire.