Imperturbable Tony Yoka

Le 5 mars, à Nantes, le champion olympique (10 v) ne s’est laissé démonter ni par l’enjeu ni par la provocation, la veille, du Belge Joel Tambwe Djeko (17 v, 1 n, 3 d) pour s’emparer, par abandon dans la douzième, de la ceinture vacante de l’Union européenne des lourds. Une première couronne chez les professionnels aux allures de marchepied vers le titre continental.

Les faits sont têtus mais à les examiner avec impartialité, ils sont révélateurs : Tony Yoka dit ce qu’il va faire et fait ce qu’il a dit qu’il ferait. Et ce n’est pas donné à tout le monde. On peut toujours gloser sur le niveau supposé de ses rivaux, il répond invariablement présent. Et non, trois fois non, son contradicteur du soir, en Loire-Atlantique, n’était pas un faire-valoir, loin de là. Il convient de lire autrement le succès indiscutable du Français et de mettre en avant son appréciable faculté à se rendre la tâche plus facile en annihilant les qualités de ses opposants. Ce qu’il a fait admirablement et surtout constamment à l’H Arena, laquelle, contraintes sanitaires obligent, sonnait bien creux.

BOXE – REUNION DE NANTES – 2021 05/03/2021YOKA/TAMBWE DJEKO H ARENA NANTES FRANCE yoka (tony) – (fra) – tambwe djeko (joel) – (bel) –PRESSE SPORTS MOUNIC ALAIN

La vengeance est un plat qui…

Comment l’Artiste s’y est-il pris ? En misant d’abord sur son bras avant télescopique déployé à la fois en directs et en jabs pour mieux enquiller derrière sa droite. Tout au long du duel, il a également été très rigoureux dans ses actions, demeurant extrêmement vigilant défensivement, les mains bien hautes. Il a évité toute fioriture qui eut été inutile pour faire mijoter à feu pas vraiment doux le dur à cuire et solide encaisseur qu’est Joel Tambwe Djeko, alias Big Joe. Si bien qu’au douzième, cela sentait tellement le roussi pour le visiteur et son œuf de pigeon sous l’œil droit, qu’il a préféré tourner ostensiblement le dos à l’Yyelinois pour lui signifier qu’il abandonnait les hostilités. Il était, à ce moment-là, en fâcheuse posture, acculé dans les cordes en encaissant tout ce qui passait, les crochets succédant aux uppercuts. Tony Yoka pouvait alors bien se foutre de lui. C’était de bonne guerre. Souvenir d’une gifle inopportune et puérile administrée par le Bruxellois lors de la pesée. La vengeance est un plat qui…

Dans les médias, Tony Yoka avait expliqué que pour prétendre en découdre dans la cour des plus grands, il lui fallait encore acquérir du vice à la solde de sa technique très nettement supérieure à la moyenne de ses coreligionnaires chez les hommes forts. A Nantes, il n’en a pas eu besoin. D’abord parce qu’il était, pugilistiquement parlant, le meilleur dans le carré magique. Plus complet gestuellement, doté d’une vitesse de bras qui, in fine, n’avait rien à envier à celle du Belge pourtant monté des lourds-légers, il a pu combiner à sa guise en alternant pilonnages au corps et estocades au visage. Les pointilleux et les exigeants noteront un menton parfois un peu à découvert en sortie d’attaque mais ce fut si ponctuel que le défaut n’était pas récurrent. Car ce fut là la vertu du Francilien, de bout en bout : il n’est jamais sorti du game plan pour verser dans le superflu et s’en est strictement tenu au fil d’Ariane tactique élaboré avec son staff. Ses déplacements ciselés, son envie et sa puissance accrue lui ont permis de boucler l’affaire tambour battant. C’est que l’intelligence est une vertu cardinale sur un ring.

« Je veux être le plus complet possible »

Tony Yoka

Nul doute que médaillé d’or de Rio saura tirer parti de celle qui est la sienne pour aller plus vite, plus haut, plus fort afin de se frotter, dans la plénitude de ses immenses moyens, au gratin planétaire dont il se rapproche à grands pas. Plus de variété donc moins de prévisibilité, une capacité à frapper et à toucher dans le mouvement… il reste, bien sûr, à peaufiner la monture pour aller encore plus loin mais avouons que la mécanique est déjà très bien rodée.

L’intéressé pouvait d’ailleurs légitimement s’enorgueillir de sa performance au micro de Canal+ : « Forcément, je le voulais ce KO. C’est mon dixième combat, mon premier douze rounds. On a beaucoup travaillé. On savait que c’était un adversaire contre lequel on allait devoir employer une tactique différente : j’allais devoir avancer, le chasser, le cadrer. Cela m’a permis de travailler des choses pas communes. Je veux être le plus complet possible. Au final, voilà, une victoire avant la limite et une belle ceinture. Ça a chambré à la pesée. C’est la boxe, c’est comme ça. Il y a toujours eu cette adrénaline. Ce petit buzz à la pesée, ce n’était pas fait exprès du tout. Les esprits se sont chauffés. On s’est calmé. Le plus important, c’était de répondre présent sur le ring. Ce combat fait partie de la progression. Si vous regardez, ces dernières années, il y a pas mal de combats de poids lourds qui sont allés à la décision ou loin dans les rounds. Il faut être prêt à faire douze rounds. Il ne faut pas simplement se dire qu’on va descendre son adversaire en quatre ou cinq reprises parce que si l’on n’a pas la caisse, c’est compliqué. »