Dibombé répond présent

Le Français (19 v, 1 d) n’a pas failli à l’heure de briguer la ceinture de l’Union européenne des mi-lourds, le 23 novembre, à Saint-Nazaire. Pour cela, il a détrôné le solide mais limité Serhiy Demchenko (22 v, 1 n, 15 d), logiquement battu aux points, à l’unanimité des juges (117-109, 115-111, 116-110).

Les hostilités démarraient quelque peu sur un rythme de sénateur. Doté d’une allonge supérieure, l’Italien d’origine ukrainienne, très placide, attaquait en ligne sans se désunir, le bras avant en guise de débroussailleur. Une tactique simple, simpliste, oserait-on écrire tant elle était stéréotypée et prévisible. Unique atout du tenant, la lourdeur de sa droite.

Déclencher le premier et enchaîner davantage

Bref, pas de quoi inquiéter outre mesure le Nantais qui prenait le parti de tourner en veillant à conserver les mains bien hautes. A l’entame de la deuxième reprise, il commençait déjà à faire la différence grâce à son coup d’œil à la solde de sa vitesse d’exécution. Il trouvait régulièrement l’ouverture, soit sur des crochets uniques, soit des deux mains à la face. Solide sur les appuis, le champion encaissait sans broncher, une habitude, lui que l’on avait déjà vu plusieurs fois à l’œuvre contre des Frenchies, qu’il s’agisse de Patrick Bois, de Mehdi Amar et d’Hakim Zoulikha. Toujours est-il qu’il poursuivait imperturbablement sa marche en avant mis sans jamais imprimer de variations de rythme dans ses offensives.

Concentré et la garde haute

Seul bémol dans le camp de Pierre-Hubert Dibombé : il était très nettement le plus efficace mais pas forcément le plus entreprenant. Pour éviter toute mauvaise surprise sur les bulletins des juges, son coin l’enjoignait donc, à la fin du cinquième opus, d’être « plus actif », de ne pas « se laisser endormir » et de ne point « rester en face ». En somme, c’était à lui de déclencher le premier et d’enchaîner davantage. C’est que son explosivité avait beau faire merveille, elle n’était pas, à elle seule, un gage de succès pas plus que sa capacité avérée à bloquer la majorité des initiatives adverses.

« Ce n’est pas rêve mais juste une étape »

Il s’employa donc à appliquer les consignes et toucha son opposant sur une droite, lequel alla au sol et fut compté au septième round. Ce qui suscita de vives protestations de la part du visiteur qui plaida, en vain, le déséquilibre. Piqué au vif, ce dernier profita d’une erreur d’inattention du Tricolore pour lui faire subir le même sort dans le neuvième, en le cueillant à la pointe du mention sur une banale combinaison gauche-droite. Deux faits de combat qui n’en modifièrent nullement la donne.

Pierre Dibombé (nouveau champion de l’Union Européenne)

Pierre-Hubert Dibombé, bien protégé par sa garde d’école, repartait à l’assaut sans dommage et creusait l’écart en veillant à suivre les judicieuses directives de son entraîneur, Francis Perrot : en l’occurrence, continuer de travailler en séries et en uppercuts mais également ne pas tourner sur le bras arrière de Serhiy Demchenko, lequel en usait abondamment dans l’espoir d’abréger les débats et d’inverser la tendance. Heureusement, les remises incisives du pugiliste local faisaient toujours mouche et lui assuraient une succès indiscutable tant ils s’était montré plus saignant que son rival dont la dureté au mal l’avait empêché d’être plus souvent en plus fâcheuse posture. Maître de son sujet, fin tacticien, certes parfois un peu dépourvu de puissance, le Français l’emportait fort logiquement et avec brio. « Ce n’est pas rêve mais juste une étape pour aller encore plus loin, commentait-il au micro de RMC Sport. C’était un super adversaire comme je m’y attendais. Je savais qu’il était fort et qu’il avait de l’expérience. Je m’en méfiais car il frappait vraiment assez dur. Je suis satisfait du résultat. » Il y a de quoi.

Article : Alexandre Terrini
Photos : Jérôme Fouache