Le film "Soul Power" qui sort mercredi en salles, fait revivre l'ambiance de braise de "Zaïre 74", un festival de musiques noires dont l'affiche de légende réunissait James Brown, BB King ou Celia Cruz, dans un stade de Kinshasa. A l'automne 1974, ces trois jours de concerts devaient lancer un autre évènement : le match de boxe qui mit aux prises les Américains Cassius Marcellus Clay, alias Muhammad Ali, avec George Foreman, pour le titre de champion du monde poids lourds. 
"Big George", le champion en titre, étant blessé, ce combat passé à la postérité sous le nom de "Rumble in the jungle" et remporté par Ali n'aura finalement lieu que six semaines plus tard, comme le raconte un autre documentaire lauréat d'un Oscar : "When we were kings" réalisé par Leon Gast en 1996.
Alors monteur sur le film, Jeffrey Levy-Hinte a décidé de relater les coulisses et les moments forts de "Zaïre 74" à partir des images inédites, inutilisées pour "When we were kings" et restées enfermées dans la cave d'un studio depuis un quart de siècle. "Soul Power" retrace ainsi les préparatifs fébriles, dans le stade de Kinshasa transformé en scène géante pour douze heures de musique traditionnelle africaine, nord-américaine, caribéenne, funk, soul, salsa, R'n'B.
Autorisée par le président Mobutu Sese Seko et financée par un groupe d'investissement du Libéria, l'organisation de l'évènement s'avèrera quelque peu chaotique. Dans un avion parti de New York s'entassent des musiciens mythiques, dont les groupes The Spinners et The Crusaders, Bill Withers, BB King, Sister Sledge, Ray Baretto, Celia Cruz entourée des salseros Fania-All-Stars et James Brown, salué à son arrivée comme
"L'Américain le plus respecté en Afrique".
Un mini-concert improvisé dans l'avion, un autre sur la piste d'atterrissage dès l'arrivée à Kinshasa: l'ambiance de complicité et de liesse de ces retrouvailles entre "frères" africains et américains durera trois jours. "Pour moi, le Congo c'était la jungle et des bestioles qui vous attaquent... en fait il y a des petits hôtels, des boîtes de nuit, ce n'est pas si mal !" Lance Muhammad Ali alors qu'en coulisses James Brown semble bouleversé. "Nous sommes de retour chez nous !", répètent des musiciens venus de New York ou de Chicago, émus à la pensée de leurs ancêtres esclaves, mais aussi des discriminations infligées aux Noirs aux Etats-Unis au début des années 1970.
"Blancs et Noirs, nous ne sommes pas frères. Est-ce qu'on lynche, est-ce qu'on émascule son frère, est-ce qu'on tue sa femme enceinte, comme on l'a fait depuis 400 ans ? Aujourd'hui encore, on arrête un Noir qui roule au volant d'une voiture neuve !" Dit Ali, dont le militantisme scande le film. Filmée au détour d'une rue, la propagande de la dictature mobutiste égrenée sur des panneaux géants - "Le pouvoir noir se cherche partout, mais il s'exerce effectivement au Zaïre" - résonne en écho funeste à ces rêves d'émancipation.
Basé sur les rushes d'époque, "Soul power" n'évoque toutefois pas ce régime. Filmé à l'épaule par plusieurs cameramen présents sur scène, le film fait vivre le concert et réserve d'innombrables moments forts, tels que l'arrivée de la diva sud-africaine et militante anti-apartheid Miriam Makeba. "Les colonisateurs disent « Comment faites-vous ces bruits ? » Ce ne sont pas des bruits, c'est ma langue !" Lance-t-elle à un public surchauffé avant d'entonner "The click song". |