Le sport belge est en deuil. En particulier la boxe, au moment où elle n'a paradoxalement jamais été aussi titrée, avec trois champions d'Europe (Jackson Osei Bonsu, Carmelo Ballone et Nathalie Toro). Le corps sans vie de Jean-Marc Renard, champion d'Europe en 1984, a été retrouvé par son épouse. Le décès est dû à deux blessures par balles dans la région de la tête. Aux côtés de l'homme, les enquêteurs ont retrouvé plusieurs lettres d'adieux dans lesquelles Jean-Marc Renard expliquait son acte par des raisons conjugales. Avec Jean-Marc Renard disparaît un des plus grands, sinon le plus grand boxeur belge de tous les temps. Certainement le meilleur depuis un demi-siècle, et la retraite du Bruxellois Pierre Cossemyns en 1963. Son palmarès ? 40 victoires (dont 24 avant la limite), 1 nul et 4 défaites en 45 combats, dont 8 championnats d'Europe, la plupart (5) à l'étranger.
Il était en effet devenu champion d'Europe des super-plume (- 58,967 kg) en battant l'Italien Alfredi Raininger aux points le 12 avril 1984 à Casavatore. Un titre qu'il perdit ensuite de façon douteuse contre l'Anglais Pat Cowdell, trois mois plus tard à Birmingham. Mais qu'il allait définitivement récupérer le 29 janvier 1986 à Catanzaro, en Calabre, aux dépens de l'Italien Marco Gallo, arrêt au 8e round. Renard était alors le maître européen de la catégorie, et allait successivement le prouver contre l'Espagnol Fernando Rodriguez (K.-O. 8e le 18/4/1986 à Brustem) ; le Britannique d'origine marocaine Najib Daho (arrêt 5e le 31/10/1986 à Courtrai) ; le Français Daniel Londas qui réalisa toutefois un nul héroïque le 20 décembre 1986 à Saint-Ouen ; l'Italien Antonio Renzo (arrêt 8e), le 11/3/1987 à Cosenza ; le Français Farid Benredjeb face auquel il se brisa les deux mains, mais gagna quand même aux points le 26/6/1988 à Compiègne, et enfin l'Italien Vincenzo Limatola (K.-O. 3e), le 16/11/1988 à Salerne.
Œuvre inachevée
Gamin, Jean-Rarc Renard rêvait de devenir un jour champion du monde de moto-cross. Trentenaire, il n'avait pas changé d'objectif, mais de sport. Il était toutefois déjà trop tard, et cette consécration lui fut refusée. Pour plusieurs raisons, dont la principale était que ses mains de verre ne lui permettaient plus, à son 45e combat, le 2 juin 1989 au Palais des Expositions de Namur, de mener une vraie bataille de gladiateur comme toutes les précédentes. Il lui fallait au contraire miser sur un miracle, c'est-à-dire une victoire rapide, qu'il faillit d'ailleurs obtenir. L'autre raison, outre le fait qu'il n'avait jamais été possible d'organiser un championnat du monde à l'époque où il était en pleine possession de ses moyens, c'était la qualité de l'adversaire. Les trois champions des trois grandes fédérations, l'Américain Tony Lopez (IBF), le Ghanéen Azumah Nelson (WBC) et le Vénézuélien Antonio Esparragoza (WBA), étaient en effet, les deux derniers en tout cas, des champions d'exception. Renard choisit en outre d'affronter le meilleur des trois : Esparragoza.
Il joua sa chance à fond, espéra même à un moment donné, comme toute la salle, que le médecin ordonne l'arrêt du combat après avoir touché son adversaire, qui bénéficia au contraire d'un répit salutaire. Il tomba finalement avec tous les honneurs - il menait d'ailleurs aux points - au 6e round. Etre Belge aura été son grand handicap. Il méritait en effet largement Las Vegas et les millions de dollars de Don King et la télévision. Jean-Marc Renard a rejoint Fernand Roelands, autre surdoué de la deuxième moitié du siècle dans les années'70, mais plus fantasque, et surtout moins sérieux, qui a dû se contenter d'un seul titre européen des légers (- 61,235 kg), le 6 février 1976 à Bruges. Il est décédé à 44 ans, le 10 février 1990. |