Beijing-2008

Entretien avec Dominique Nato

Lundi 21 juillet 2008

Le directeur technique national estime que tous les Français possèdent les qualités pour monter sur le podium à Pékin, mais que tous, bien sûr, n'y parviendront pas.

"Qu'attendez vous des Jeux Olympiques de Pékin ?

- Que chaque Français soit à son meilleur niveau. C'est ma préoccupation première. Après, tout devient possible, selon le tirage au sort. En effet, même si nous sommes bien préparés, le tirage va jouer. Il est évident que si le Cubain et le Russe s'affrontent au premier tour, ça fait une tête de série en moins. Cala dit, je ne compte pas que sur le tirage au sort comme pas le passé. En effet, pour être champion olympique, il faut fairecomme Brahim Asloum en 2000 a Sydney, battre aussi le champion du monde que le champion olympique sortant. C'est pourquoi je dis qu'il n'y a pas de bon ou de mauvais tirage, d'où la nécessité d'arriver à son meilleur niveau.

- Combien de médailles espérez-vous ?

- Avec huit boxeurs à Sydney, nous avions obtenu deux médailles. On pourrait donc dire que, avec neuf à Pékin, on pourrait faire mieux. Mais je veux désamorcer ce raisonnement et rappeler que, en Australie, les dix Turcs n'ont remporté aucune médaille, alors que l'unique Espagnol (Rafael Lozano, finaliste contre Brahim Asloum), en a décroché une d'argent. Avoir des qualifiés ne signifie pas automatiquement obtenir des médailles. Le premier objectif, qui était de qualifier de six à huit Français à Pékin, est donc atteint, mais il reste le principal : avoir des médailles. Aux Jeux, on ne fait pas de médaille sans se surpasser. Pour cela, il faut le vouloir et le pouvoir. Tout le monde le veut, mais il reste à voir qui pourra. Les neuf Français peuvent être médaillé, mais tous ne le seront pas. En tout cas, lors de notre match contre les Cubains, le 20 juin à la Havane, tous les athlètes tricolores n'ont pas gagné, mais ils se sont situés. Ceux qui pensaient être bien, ont vu qu'il leur faut encore travailler, tandis que ceux qui se croyaient loin, ont vu qu'ils ne l'étaient pas tant que ça.

- Pourquoi Aldo Cosentino ne sera-t-il pas en Chine ?

- A cause de certains problèmes d'ordre physique, il a dû un peu s'éloigner des rings.

- L'encadrement sera jeune, puisque vous serez le seul à avoir déjà participé aux Jeux Olympiques ?

- Avec Kevinn Rabaud, John Dovi et Médhi Nichane, lequel est plus particulièrement axé sur le physique, l'encadrement veut prouver. Cela a marché pendant les qualifications et il n'y a pas de raisons que ça ne marche pas à Pékin. A ce jeune encadrement, j'ajouterai le psychologue Meriem Salmi qui apporte beaucoup à chaque athlète pour qu'il exploite à 100%ses qualités.

- En juin à la Havane, vous avez côtoyé les Cubains lors d'un stage et les avez même rencontrés. Comment les avez-vous trouvés ? Que peuvent-ils attendre à Pékin ?

- Ils ne pourront pas avoir leur niveau habituel, car leur équipe olympique a été pillée. Sur leurs cinq médailles d'or d'Athènes (sur sept Cubains en finales), un a arrêté, atteint par la limite d'âge, le légers Kindelan, trois se sont enfuis, le mi-mouche Barthalemy, le mouche Gamboa et le lourd Solis, tandis que le coq Rigondeaux, rentré à la Havane, après avoir tenté de fuir, n'a plus le droit de boxer. Même s'ils possèdent un réservoir exceptionnel, ils ne pourront pas, en un an, rendre leur équipe opérationnelle. Ce n'est qu'au fil des compétitions que l'expérience s'acquiert. Or, aucun des qualifiés pour Pékin n'a jamais participé aux Jeux. Ils seront donc outsiders dans chaque catégorie. On a du mal à les situer, car ils n'ont pas disputé le dernier Mondial. Ils se sont d'ailleurs posé la question de se rendre ou non à Pékin. Lors de leurs participations aux Jeux, ils ont obtenu entre trois médailles d'or, en 1972, et huit, en 1988, mais je pense qu'ils n'en gagneront aucune à Pékin. Il y a quelques années en arrière, il n'aurait pas été possible, à moins de deux mois des JO, d'opposer la France à Cuba, tant il existait une différence de niveau. Or, cette fois, non seulement nous les avons chatouillés, mais nous en avons battu certains, même si les juges ne nous ont accordé qu'une victoire, à Khedafi Djelkhir. Les spectateurs cubains ne s'y sont pas trompés en nous applaudissant. Les matches ont été plus équilibrés que le score de huit défaites pour une victoire ne l'indique. Je pense donc que le fait marquant à Pékin sera la non-domination des Cubains.

- Les Russes devraient donc êtres les grands dominateurs ?

- Dans chaque catégorie, ils ont un homme de valeur et, dans certaines, ils sont imbattables. Tout comme Cuba, ils possèdent un gros réservoir. Et, contrairement aux Cubain cette fois, les Russes ont disputé toutes les compétitions et sont donc très expérimentés.

- Que a été votre programme depuis votre retour de la Havane, le 28 juin ?

- Après quelques jours chez eux, les neuf qualifiés se sont regroupés le 5 juillet à la gare d'Austerlitz, à paris, pour le stage à Bugeat (Corrèze), où nous devions disputer des tests matches contre les huit qualifiés anglais, les cinq irlandais, les trois grecs, les deux suédois, les deux bulgares, les quatre allemands et le gambien (un Suédois en fait !). A bugeat, les entraîneurs de club des qualifiés tricolores ont été invités. Pour leur rendre hommage, mais aussi que leur présence soit motivante pour leur boxeur. Le 17 juillet, les neuf Français sont rentrés chez eux, avant de se retrouver le 22 à l'INSP. Le 25, nous partirons pour la Thaïlande, dernier stage où nous nous acclimaterons au décalage horaire et à la chaleur, avant de gagner directement le village olympique. Début de notre aventure…"