Boxe féminine

Les filles tranquilles du BC Metz

Lundi 27 avril 2009

Elles sont prof, étudiante ou chauffeur de taxi… Brisant les interdits, elles ont choisi ce sport non pas « pour se battre » mais pour son côté noble et artistique.
 
Anne, Rébiha, Mélanie ou Shirley n'ont pas choisi d'apprendre à boxer pour la frime ou pour la castagne. Leurs mobiles sont plus pacifistes. Plus élégants aussi. « J'avais envie de faire quelque chose qui ne corresponde pas à l'image qu'on se fait généralement de moi. La boxe est un sport parfait pour casser les préjugés ».

Mélanie, prof de français, a immédiatement adhéré à ce club un peu hors normes et à l'esprit franchement amical. C'est par anticonformisme qu'elle l'a testé, il y a deux ans. Contre les avis de ses amis étonnés, voire choqués. « La boxe véhicule une image de violence que je ne reconnais pas », confirme Antoine LaLoggia, le président du club de Metz. Pour lui et pour Christian Tisserand-Fresse, l'entraîneur inspiré du lieu : « C'est une discipline artistique et noble ».
 
Leur plus récente audace : monter un ring de démonstration à l'Ecole des beaux-arts pendant la première Nuit Blanche messine. Leur fierté : être le deuxième club de boxe d'Alsace et Lorraine, après celui de Dombasle où a grandi Anne-Sophie Mathis, quatre fois championne du monde des super-légers.
 
Syndrome Mathis ou "Million Dollars Baby" (le film de Clint Eastwood), le club de Metz attire de plus en plus de filles. Trente-quatre sur cent quarantesix licenciés cette année, presque un quart des effectifs. Et chauffeur de taxi ou travailleuse sociale dans des quartiers durs, elles n'ont pas pensé d'abord à la défense. Elles viennent évacuer le stress d'une vie trop contraignante, consolider leur corps, travailler leur souffle et renforcer leur résistance cardiaque, bouger et acquérir une assurance tranquille. D'ailleurs, la plupart ne font pas de combats. Elles alternent, deux fois par semaine, technique et aéroboxe, rythme et efforts. Et aucune ne craint d'y laisser la jolie forme de son se réjouit Mélanie. Tout est affaire de bras et de jambes, pas de poings. Mais, parfois, au simple loisir tonifiant vient s'ajouter la passion. Samia, l'éducatrice qui s'occupe aujourd'hui des enfants, voit un rêve devenir réalité. La boxe, elle s'y sentait destinée depuis des années avant d'oser sauter le pas et bousculer les interdits familiaux. Depuis, elle met les bouchées doubles et suit une formation d'instructrice au Centre régional d'éducation populaire et de sport (CREPS) de Bourges. Son diplôme en poche, elle pourra enfin accompagner les boxeurs amateurs. « C'est une drogue. Quand je dois faire une pause, je suis mal ».

Correction et maîtrise de soi

Victoria et Amélie, 14 et I5 ans, qui viennent de faire leur premier combat en boxe éducative, sont fidèles à la rigueur de cet enseignement qui, comme le dit joliment Shirley, « n'apprend pas la rage au ventre mais la correction et la maîtrise de soi ». Elles ont eu pour modèle les femmes du club, qui n'ont rien à prouver socialement et ne sont pas là pour se battre. Mais attention. Conclut la mince et fine étudiante qui travaille au Luxembourg chez un joaillier, « si l'occasion se présente, je suis sûre de moi ». Et cela même suffit à décourager ceux qui cherchent des noises.

Boxing-club de Metz, 12, rue de I'Abbaye.

Metz, 06 03 19 18 60.

Mail : boxing-cIubdrmetz@wanadoo.fr

Par Sylvie Hamel, Magasine Marie-Claire