"C'est un excellent contre-exemple de l'idée reçue qui veut que la boxe ne recrute ses champions que dans les cités", dit son entraîneur. Yohann n'est pas noble, mais il aime le noble art ! Son père est gérant de société, la famille habite dans le joli quartier du Mont-Olympe et lui-même est élève du collège Saint-Jean-Baptiste. "A première vue, Yohann est tout le contraire de l'idée reçue selon laquelle la boxe ne pourrait désormais recruter ses meilleurs éléments que parmi les jeunes des quartiers difficiles…", s'amuse à souligner Kamel Djaatit, entraîneur du Charleville-boxe, basé au cosec des Mésanges, à La Ronde-Couture.
Un environnement que connaît bien le technicien, ancien éducateur du SARC, et qui a déjà conduit au plus haut niveau des jeunes Ardennais comme Sofiane Takoucht. Et Kamel d'enfoncer le clou. "Il faut se méfier des caricatures. S'il était aussi facile que cela de trouver des champions dans les cités… La vérité, c'est que la boxe est effectivement un bon outil éducatif, voire d'insertion, qu'il permet (grâce aux entraînements ou compétitions) de sortir des quartiers. La boxe induit des règles, des formes de respect envers soi-même et envers les autres. Mais après, c'est le travail et le talent qui font la différence".
Via le forum des sports
Le parcours de Yohann Amerand n'a donc pas débuté au pied des tours, mais en septembre 2005. A l'occasion du forum des sports organisé par la ville sur la plaine du Mont-Olympe. Avec son père François, le gamin passe de stand en stand. Jusqu'à monter sur le ring installé pour l'occasion par le club carolo. Il met les gants. "Vous me croirez ou pas, j'ai tout de suite senti qu'il avait quelque chose…", se souvient Kamel Djaatit. Pourtant, curieusement, Yohann n'est pas plus emballé que ça. Disons que le déclic se fait attendre. Ce n'est que trois mois plus tard qu'avec son papa, il frappe à la porte du club. Il prend une licence, et commence à s'entraîner. "C'est dur physiquement, mais j'ai aimé. J'ai surtout aimé quand sont venus les premiers assauts…", raconte, timide, l'adolescent.
Assidu, travailleur, Yohann ne nourrit aucun complexe. Ni de classe, cela va sans dire, ni d'ordre sportif quand il côtoie dans la salle des camarades déjà plus aguerris). Lors du « passage de gants » (l'équivalent des grades en arts martiaux), il obtient d'emblée le « blanc » et le « jaune ». Et il remporte son premier duel, en février 2006, à Laon. Depuis, c'est un parcours presque sans faute. Trois fois champion de Champagne, deux fois demi-finaliste interrégional, il obtient son visa pour les championnats de France, au printemps dernier, près d'Orléans. Il efface alors le champion d'Ile de France (la région la plus redoutée), mais s'incline, en demi, face à un solide représentant de Midi-Pyrénées. Dans la défaite comme dans la victoire, Yohann demeure cependant serein. "Un garçon extrêmement maître de lui-même", dixit son entraîneur.
A 13 ans, il totalise une trentaine d'assauts. La saison prochaine, bien que toujours minime, les règlements pourraient l'autoriser à passer de la boxe éducative à la boxe amateur. Il a encore quelque temps pour réfléchir. "L'important est de continuer à progresser et à s'enrichir techniquement", convient aussi son papa François. Qui s'il n'a jamais boxé lui-même, sait pourtant de quoi il parle : son père et son grand-père ont pratiqué le noble art. Yohann a de qui tenir !
Philippe Mellet.
L'Union. |