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ITW Gihade Lagmiry

"Je suis contente de moi"

Boxe olympique
Le 16 Février 2017

 

Sacrée championne de France amateur des -64 kg aux dépens de Mariam Sidibe, le 13 février, au Havre, la Tourangelle a également été désignée meilleure boxeuse des finales. A trente ans, elle signe son grand retour même si des incertitudes subsistent en termes de disponibilité.
 
 
« Dans quelles circonstances avez-vous décidé de revenir ?
 
- Franchement, sur un coup de tête. Cela faisait trois, quatre ans que j’avais arrêté, à la fois suite à une déception, à cause du travail et pour faire un enfant. Je ne m’entretenais pas particulièrement, simplement pour ne pas prendre de poids. Et comme j’ai mon prévôt fédéral, il m’arrivait d’entraîner de temps en temps. Mon mari, Tonio Geraldo, qui est aussi mon entraîneur, regardait la boxe à la télévision, en particulier les filles aux Jeux olympiques. Il m’a demandé si cela me disait de reprendre car il trouvait dommage que j’aie arrêté de la sorte. Il m’a suggéré de m’entraîner et de voir ce que cela donne. C’est ce que j’ai fait car j’en avais envie. C’est parti comme ça. Même si je me suis préparée vraiment sérieusement à partir de septembre dernier, je ne pensais pas arriver jusque-là. J’y suis allée étape par étape car c’est comme cela que je fonctionne. Ce sport vous prend de l’intérieur. C’est pour ça que je me suis donnée à fond avec mon époux qui me soutient. Il m’entraîne à des horaires décalés, la nuit et les week-ends. Dans ces cas-là, ma famille garde mon petit garçon, Farès, pour me permettre d’aller à la salle. Mes collègues m’ont également aidée en échangeant quelques gardes. Je suis en effet médecin urgentiste au Centre hospitalier régional universitaire (CHRU) Trousseau de Tours, à Chambray-Lès-Tours. Les gardes durent vingt-quatre heures puis on a des jours de repos. Néanmoins, il m’arrive de travailler jusqu’à quatre-vingt-quinze heures par semaine. C’est quand même difficile.
 
- Pourquoi avoir raccroché les gants il y a quatre ans ?
 
- En 2010, j’étais dans une phase ascendante sur le plan sportif mais j’étais également interne en médecine. Or, dans ce cas, on est salarié de l’hôpital et il était compliqué d’allier ma carrière professionnelle et l’équipe de France d’autant que je n’ai que cinq semaines de congés par an. Je n’ai pas réussi à avoir un aménagement correct. J’ai néanmoins continué la boxe et j’ai été championne de France en 2011 et 2012. En revanche, je ne disputais que les compétitions nationales. Puis, en 2013, j’ai perdu en finale contre ma meilleure amie, Erika Guerrier, qui était descendue de catégorie. J’ai arrêté la boxe là-dessus. Cela m’a aussi permis d’engager une réflexion sur moi-même. Je me suis dit que je n’avais peut-être plus ma place en équipe de France car être championne chaque année mais sans être en équipe nationale vous fait un peu perdre le fil.
 
- Comment envisagez-vous l’avenir à présent ?
 
- Il faut que je réfléchisse car j’ai passé le concours de Praticien hospitalier (PH) et j’espère l’avoir. Il faudra voir les aménagements horaires qui seront possibles car avec mon planning actuel d’urgentiste, ce sera compliqué. En fait, je suis toujours confrontée au même problème depuis 2010. Je m’entraîne, je remporte la ceinture mais, au final, je n’ai pas d’aménagements qui me permettraient d’entrevoir la suite. Cependant, j’ai montré qu’en m’entraînant quelques mois, en étant sérieuse et en faisant preuve de volonté avec l’appui de mon mari, je pouvais être championne de France. Peut-être qu’avec un peu d’aide extérieure… Je ne sais pas, c’est encore flou dans ma tête. Peut-être aussi pourrais-je bénéficier du statut d’athlète de haut niveau. Le problème avec ce sport, c’est que j’ai l’impression que soit je coupe, soit j’y vais à fond.
 
 
« Il faut que j’arrête de me sous-estimer »
 
- Êtes-vous surprise par la manière dont vous avez maîtrisé cette finale ?
 
- Oui et non. J’ai plutôt été surprise par mon adversaire car je l’avais rencontrée lors d’un match de préparation et, à l’époque, elle avait une autre boxe. Elle rentrait dedans or, là, elle a fait autre chose. Il a donc fallu que je trouve la solution.
 
- Jusque-là, vous aviez été sacrée au niveau national en -69 kg. Qu’est-ce qui vous a incitée à descendre de catégorie ?
 
- Parce que déjà en équipe de France, je ne pesais que 65-66 kilos. Or, je ne voulais pas descendre et perdre un kilo. Cette fois, je l’ai fait.
 
- Au vu de vos prestations lors de ces championnats de France amateurs, pensez-vous être en mesure de retrouver le niveau international ?
 
- Peut-être même s’il reste beaucoup de travail, notamment sur le plan technico-tactique. Certaines choses sont revenues et le cardio, je l’ai. Je me dis qu’en côtoyant des boxeuses de haut niveau et en m’entraînant avec mon mari qui me programme chaque séance de manière intelligente, il y a des possibilités. Je ne peux pas dire que cette ceinture, ce n’est rien sinon, cela reviendrait à discréditer les championnats de France. Certes, il convient de faire preuve d’humilité mais il faut que j’arrête de me sous-estimer. Je peux me féliciter. Je suis contente de moi.
 
Propos recueillis par Alexandre Terrini
 
Mise en ligne par Olivier Monserrat-Robert
 
Crédit photos : Eric Balendent

 

 

 

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