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ITW Stéphane Raynaud

Handi-boxe
Mardi 17 mai 2011

La boxe au service du handicap. Loin des préjugés. Le témoignage de Stéphane Raynaud, cadre technique national de boxe, prouve une nouvelle fois que le sport et le handicap c’est possible.

La boxe, sport olympique, ne se limite pas aux dimensions compétitives, professionnelles ou amateurs, elle est réservée à des pratiquants entraînés et préparés aux combats. Sous la forme de boxe éducative, elle devient un sport ludique, accessible et praticable par tous. Ces types de pratiques sont le sens même et les fondements de son développement au sein de la Fédération Française de Boxe. Reconnue pour les valeurs qu’elle véhicule, l’engagement physique personnel, la recherche du contrôle, de la violence et de sa propre détermination, la maîtrise de l’émotion dans le combat… La boxe est aussi utilisée comme outil d’insertion et d’intégration dans les politiques mises en place en faveur des quartiers, des prisons et en général avec des « publics dits sensibles ».

 

L’objet de cette publication est de démontrer qu’elle est aussi un merveilleux outil d’éducation au service du public des handicapés physiques, mentaux et des institutions qui les encadrent. Stéphane Raynaud Conseiller Technique National de la F.F. de Boxe (CTN) rattaché à la DRJSCS Aquitaine œuvre depuis 15 années professionnellement pour le développement de ce sport auprès de la F.F. Boxe et du Comité Régional d’Aquitaine de boxe, il nous fait part ici de son engagement, de ses recherches et de ses expériences dans le milieu des handicapés physiques et mentaux.

La boxe, un sport pour tous ?

 

« La boxe n’est-elle pas un sport trop dur physiquement pour une personne handicapée ?

 -6 6 - - Bien au contraire, c’est un atout de notre sport que je valorise. La boxe est un outil pour faire découvrir les limites physiques et psychologiques de chacun. Tester son physique, se tester psychologiquement, renforcer la connaissance de soi est important pour eux. Apprendre à écouter son corps permet de le comprendre. Ne plus écouter son corps, ni même la douleur engendrée par l’engagement physique permet d’en découvrir son étendue.

- Qu’est-ce que la boxe peut apporter aux handicapés physiques et mentaux ?

- Des handicapés qui font de la boxe… vraiment ça bouscule les esprits. Tous ne font pas un "semblant" de boxe. Ils font de la boxe éducative où le but est, exactement comme pour les personnes valides, de toucher son adversaire sans se faire toucher et sans douleur. Ils font un sport d’opposition, un sport de contact, un sport de percussion et ce quel que soit leur handicap. Chacun se prouve et prouve qu’il fait de la boxe sans différence, le tout en s’amusant… Ils peuvent dire « j’en fais » et plus tard, ils en garderont un beau souvenir et de belles images.

- Qu’est-ce qui vous séduit pour vous investir professionnellement au profit d’une diversification des publics ?

- A partir du moment où j’entends dans le discours ambiant les mots "c’est impossible", "ça ne peut pas marcher"… et bien ça m’attire inéluctablement. Moi, j’y crois et j’ai envie de montrer que c’est possible. Vivre son handicap et être valide c’est différent, oui, mais tous peuvent pratiquer et vivre un sport comme la boxe, handicapé ou non. J’en suis convaincu. Avec l’envie et la pédagogie, on peut faire beaucoup de chose.

 

- Avez-vous une approche différente s’il s’agit d’un public handicapé ou de sportifs valides ?

- Je ne fais absolument aucune différence dans la rigueur, le management des situations ou le rapport humain instauré. La bienveillance est un mot qui me parle et dont je me sens constamment investi pour enseigner. J’ai une grande considération pour les handicapés qui pratiquent… et de rigides exigences aussi. Je suis intransigeant sur la volonté de chacun de sécuriser son adversaire et d’instaurer une confiance mutuelle entre pratiquant. Handicapé ou valide, la douleur est ici proscrite. C’est non négociable. C’est le principe essentiel de mon approche pédagogique.

- Aviez-vous déjà des expériences avec des publics handicapés physiques et mentaux ?

- Ma première expérience remonte à l’Handuro de Berk sur Mer il y a plus de 10 ans alors que j’étais Conseiller Technique Régional du Nord-Pas-de-Calais (CTR). Il y avait près de 1 000 handicapés. J’ai fait pratiquer la boxe à cette occasion. J’y ai découvert la réceptivité de ce public, son enthousiasme et l’étendue des possibilités offertes par ce sport comme outil d’éducation. Depuis, j’ai eu l’occasion d’exercer ponctuellement avec des handicaps très divers tantôt physique, tantôt psychologique, ou les 2 aussi : des malvoyants, des sourds et muets, des hémiplégiques, des paraplégiques, des IMC, mais aussi des traumatisés crâniens, des psychopathes… Tous ont fait de la boxe, c’est possible. C’est le sens de mes recherches ».

Une expérience en référence… La boxe dans un Institut d’Education Motrice (IEM - APF).

« Comment la boxe s’est-elle mise en place à l’Institut d’Education Motrice de Talence (IEM) ?

- A l’origine, c’est une rencontre qui en a amené d’autres par la suite… Au cours d’un déplacement en train, j’ai eu l’occasion de croiser M. Philippe Ebrard, directeur de l’IEM de Talence (Association des Paralysés de France). Nous avons échangé sur nos métiers : la boxe, l’IEM et le handicap… A priori, il n’y a pas de lien, c’est ce que nous dicte trop souvent les images collectives et les représentations sociales. Quelques années plus tard, je suis contacté par une équipe de professionnels de cet IEM : Christophe le responsable d’animation, Ronan l’éducateur spécialisé, Yamina une aide soignante et Gaëlle une aide médico-psychologique de l’IEM. Nous nous sommes rencontrés pour envisager la mise en place de l’activité « Boxe à l’IEM ». Nous avons fait une 1ère séance test qui a été couronnée de succès. Depuis un an, plus de 50 personnes différentes ont pratiqué ce sport à l’IEM avec une moyenne d’une quinzaine de participants par séance. Une dizaine d’encadrants professionnels de l’IEM sont venus se joindre pour le plaisir de la pratique et de l’échange avec le groupe. Chacun a pu découvrir l’autre sous un autre aspect et partager de belles émotions.

 

- Comment avez-vous présenté la boxe à l’IEM ?

- Avant tout, j’ai présenté ma démarche pédagogique basée sur l’absence totale de douleur et sur le plaisir de pratiquer ce sport en toute sécurité. Apprendre à maîtriser ses touches et à maîtriser ses émotions sont des bases incontournables pour pratiquer la boxe éducative. Créer un climat de confiance réciproque pour boxer en toute simplicité et en toute sécurité est une affaire de pédagogie et concrètement ça marche. La boxe c’est aussi le plaisir dans une pratique ludique. C’est le jeu dans le combat, le jeu dans l’affrontement et la compétition…

- Comment aidez-vous des handicapés aux troubles moteurs à maîtriser leurs touches ?

- Deux choses : La première, c’est de comprendre la différence entre « peur » et « douleur ». La peur de la violence engendre la violence. Si quelqu’un ne se sent pas en confiance dans l’opposition, il a peur et devient potentiellement dangereux pour son partenaire ou son adversaire. Gérer ses émotions lorsque l’on se fait toucher le visage ou le corps n’est pas un comportement inné. C’est l’apprentissage prioritaire pour pratiquer la boxe en toute sécurité. La seconde, c’est d’apprendre à maîtriser ses touches pour ne pas faire mal à son opposant. S’agissant des infirmes moteurs cérébraux (IMC), la Maîtrise émotionnelle et gestuelle fait partie intégrante de leur pathologie. Avec eux, on fait un gros travail sur l’émotion. Ils progressent et comme tous, ils y arrivent. Réussir à se faire toucher le visage sans fermer les yeux est une étape, toucher précisément une cible immobile en est une autre… on progresse jusqu'à être en opposition sécurisée. Tous le peuvent ici, tous le font. « Toucher sans faire mal à son adversaire et ne pas avoir peur d’une touche… c’est un apprentissage et une affaire de pédagogie »

- Avez-vous des adaptations pédagogiques particulières à l’IEM ?

- Outre l’absence de douleur qui est la règle pour tous, les adaptations pédagogiques se font au gré des handicaps et des situations proposées. Le but reste de conserver la logique même de l’activité Boxe « toucher sans se faire toucher et sans faire mal ». Aussi une personne valide pratiquera sur une chaise face à quelqu’un qui est en fauteuil électrique, un hémiplégique boxera face à un adversaire qui aura pour consigne de boxer uniquement d’un seul bras, un tétraplégique suivant son stade pathologique aura pour consigne d’être attaquant le premier en action, son adversaire, lui, sera pédagogiquement mis contre attaquant second en action… On peut tout envisager, c’est possible.

 

- Concrètement comment faites-vous pour travailler le dépassement de soi et l’image du corps avec ces jeunes de l’IEM ?

- Pour vivre et ressentir du dépassement de soi, je mets les jeunes boxeurs en concurrence et en compétition sur des fractionnés au sac de frappe. Exemple d’une situation : Tout handicap confondu, le vainqueur peut être celui qui a montré la plus grosse détermination dans le regard et l’expression de son corps indépendamment du nombre de coups donnés et de leur puissance. Tout le groupe regarde, encourage et à la fin… on vote pour désigner le vainqueur : celui qui véhicule la meilleure image de « dépassement de soi ». Certains vont loin dans cette volonté… ils le peuvent et se le prouvent. Mon management est basé sur la capacité à repousser les seuils de fatigue et à vouloir se dépasser. On se brusque et on arrête de s’écouter dès que les muscles « piquent » et lorsque la respiration se fait courte… bien sûr qu’ils se testent et se dépassent, ils m’impressionnent ».

Penser l’Avenir

« Les éducateurs du Comité Régional de Boxe sont-ils formés pour accueillir ce public ?

- La F.F. Boxe dispose d’une licence handi-boxe, d’un règlement spécifique et développe même une pratique compétitive réservée. Sur le terrain, force est de constater que les éducateurs sportifs sont encore trop peu sensibilisés à l’accueil de ce public. Aussi, former les entraîneurs à accueillir des publics handicapés m’anime fortement. Concrètement, j’associe et forme depuis le 1er jour une quinzaine d’entraîneurs de clubs aux séances de boxe de l’IEM. J’ai une démarche précise d’intégration avec chacun que j’associe en accord avec le Président du Comité Régional Boxe, Bruno Petracco. Certains entraîneurs sont devenus "accros" et m’accompagnent sur toutes les actions depuis le début comme Mohamed Nouiri (Talence) et Romain Valette (Le Bouscat). Au début, ils se formaient, aujourd’hui ils sont précieux et apportent un plus évident, chacun avec leur sensibilité pédagogique. J’ai pleine confiance en eux et les jeunes boxeurs de l’IEM aussi.

- Comment faites-vous pour intégrer et former un Entraîneur ?

- Ici et là, quand je parle de la boxe et des handicapés, je regarde les entraîneurs qui réagissent, s’interrogent, s’interpellent. Je lance une invitation en tant qu’observateur à qui le souhaite. Quand un Entraîneur me fait part de son intention de venir voir, alors je lui explique et lui décris chaque handicap. Je rassure l’Entraîneur que je Maîtrise à 100 % l’intervention et qu’il sera sur des « rails » à mes côtés. Une fois sur place, je le présente individuellement pour un premier contact, puis l’invite à participer en tant que pratiquant boxeur face aux jeunes handicapés. Je le mets ensuite en situation légère de responsabilité pédagogique tout en restant présent à ses côtés. Puis peu à peu, aux vus de son aisance et de sa compétence, je le responsabilise de plus en plus jusqu'à l’autonomie complète avec un individu ou un groupe. L’intégration n’est pas le fruit du hasard, c’est un travail. A l’unanimité, les entraîneurs sont séduits par ses rencontres uniques. Mon objectif est de contribuer à gommer les différences et de convaincre les éducateurs qu’enseigner la boxe à des handicapés est un savoir faire qu’ils peuvent acquérir et valoriser…

 

- Y a-t-il des limites dans ce que vous proposez ?

- Je ne suis pas médecin, ni même kiné et ne vais pas dire non plus à un tétraplégique « lève-toi et boxe ». Par contre, si je repère et sens qu’un jeune peut arriver à réaliser une action dont il doute de part son handicap ou la confiance en lui, je m’engouffre dans cette opportunité pour trouver des solutions pédagogiques ou motivationnelles pour le faire réussir. Je crois en eux, je le ressens… et parfois c’est de confiance dont ils ont besoin pour se rendre compte que c’est possible. Dans mon champ de compétence exploré et exploité des handicaps, je n’ai à ce jour pas trouvé de critère qui pourrait amener à se dire que les limites sont atteintes. Il appartient maintenant à tous les acteurs des pratiques du combat de tenter de s’ouvrir à ce monde ».

 

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