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Furgoni : une main de velours dans un gant de cuir

Boxe professionnelle
Dimanche 14 mars 2010

Huit ans déjà, que le Rosselangeois Humbert Furgoni administre ses remèdes aux maux du noble art. Le président de la Fédération française de boxe, médecin de son état, est un poids lourd dans le milieu.

Le gong retentit, premier round. Celui où tout se décide, où l’on décoche ses premiers directs. Simplement pour tester, histoire d’évaluer de quel cuir est fait l’assaillant. Face à Humbert Furgoni, nanti d’un palmarès vertigineux du haut de son titre de président de la Fédération française de boxe, de président de la Confédération européenne et de vice-président de l’Association internationale de la boxe amateur (AIBA), le temps de l’observation ne dure pas.

D’une caresse plus que d’un crochet, le Rosselangeois invite à des échanges courtois : « Moi, j’aime les stylistes, les puristes, les techniciens. Des boxeurs comme Boudouani ou Lorcy, racés et fins, pas des bagarreurs ». Ce goût pour le noble art se retranscrit dans la manière d’être du médecin. Sur un ton posé, l’homme ne brille pas par grandiloquence, quand d’autres, dans ce milieu sulfureux, sombrent dans le show et la provocation : « Vous voulez parler de Michel Acariès ? C’est une icône. Mais aujourd’hui, il est victime du propre système qu’il a mis en place. Son divorce avec Canal + laisse la boxe professionnelle dans l’exsangue ». Sobre, élégant et incisif, soit un condensé du style Furgoni.

En débarquant sur le terrain d’Acariès, le promoteur qui a managé (et mangé) les plus grands, le Mosellan étale une certaine forme de courage. En fin d’année, le système de franchises qu’il a contribué à élaborer, baptisé World Séries Tour, fera de l’ombre au pouvoir tutélaire du pieds-noirs. Furgoni en a conscience, mais il ne demandera pas de grand pardon au parrain de la boxe : « Non, je récupère un bébé malade. Il me semble indispensable d’indemniser les fédérations. Un exemple : l’apprentissage de Brahim Asloum a coûté 300 000 €. En établissant un cadre précis, nous lutterons contre le désœuvrement des pros ».

Arbitre : un sacerdoce

Derrière ces propos se devine le passionné. Ses premiers émois pour la chose pugilistique, il les a vécus dans son enfance à la Scala de Moyeuvre-Grande, à une époque où des êtres solides comme le fer extrait des mines du Pays-Haut se toisaient sur le ring : « Des enfants d’immigrés italiens et polonais profitaient de la politique sportive des De Wendel pour s’en sortir ». Lui n’a jamais goûté aux effets douloureux du cuir brûlant les arcades sourcilières. S’il a bien officié vingt ans entre les cordes, ce fut dans la peau du maître de cérémonie : « Arbitre, c’était ma vocation. J’ai débuté dans le foot, puis mes études ne me permettaient plus d’avoir une condition physique suffisante. Sur un ring de cinq mètres, les choses étaient plus simples ». Déterminé, il gravira un à un les échelons menant aux soirées suprêmes, là où se distribuent les plus belles ceintures mondiales. Une anecdote ? « J’ai arbitré Manny Pacquiao à Manille devant 25 000 spectateurs. Là-bas, lorsque ce champion boxe, le monde s’arrête de tourner. » L’arbitrage, son deuxième sacerdoce après le serment d’Hippocrate prêté en 1977 : « Cela vient de mon éducation. Le respect était une valeur chère à mon père, un Italien qui n’avait pas peur de taper du poing sur la table pour se faire entendre».

« Ma mère l’adorait »

Retiré des rings, c’est par curiosité qu’il répondra à l’invitation du comité régional d’Alsace-Lorraine en 2001 : « Il recherchait un délégué fédéral, j’ai levé la main ». Un concours de circonstances qui le mènera, quelques semaines plus tard, à prendre en charge la commission des finances de la Fédération française : « Là, j’ai découvert un nombre incalculable d’erreurs de gestion ». Furgoni fera le ménage, sa probité lui valant le siège de président : « Voilà comment en six mois de vie fédérale, sans rien demander, je me retrouvais à la tête de cet organe». Cet homme « intelligent n’agit pas par ambition mais par conviction », complimente le Florangeois Dominique Nato, ami de longue date et solide allié propulsé par Furgoni à la tête de la Direction technique et nationale (DTN).

« Siéger à l’AIBA me permet simplement de servir les intérêts de la Fédération ». Lui y voit la marque d’un heureux hasard. Nato balaye cette humilité : « Sa reconnaissance internationale, il la doit au respect naturel qu’il inspire. Ma mère l’adorait. Elle disait que c’était un médecin à l’ancienne, à l’écoute de ses patients ». A bientôt 60 ans, le docteur, qui briguera un troisième mandat en 2011, ne se lassera pas de poser son stéthoscope sur le pouls haletant du monde de la boxe : « Je n’imagine plus ma vie sans elle. Grâce à ce sport, j’ai fait le tour du monde. Bientôt, je me rendrai à la Barbade… La boxe, c’est le fun dans ma vie ». Furgoni n’est pas prêt de jeter l’éponge…

Par Jean-Michel CAVALLI

 

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